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La Grande Guerre: Reportages et Témoignages


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cool, la box remarche....

 

4è poste

 

 

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DRIANT

 

Certes oui ! une contre-attaque, mais avec quoi ? La compagnie Héry (9e) du 165e est déjà partie et les trois compagnies restantes du bataillon Maugras sont indispensables pour constituer un repli, en cas d'événement. Le général Bapst, à qui le colonel téléphone immédiatement, ne dispose, à Bras, que du bataillon Goachet (5e) qu'il doit donner au colonel Parés gravement menacé sur Haumont. Il appelle à lui le 365e qui est à Belleville, mais pour le moment, il n'a rien sous la main, lui non plus.

 

 

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« Que voulez-vous que j 'y fasse ? répond le colonel au capitaine Vantroys qui disait la situation terrible des chasseurs. Je n 'ai rien à lui envoyer ».

Or, jusqu'au petit jour, le télégraphe optique signala sans relâche le tragique appel « Le bois des Caures demande des secours ».

 

Ne pouvant rien faire d'autre, le colonel Vaulet a profité des rares accalmies du bombardement pour renforcer la ligne intermédiaire des C. E. et la deuxième position ; il a fait chercher des outils et des cartouches à Vacherauville ; il a prescrit au capitaine Vogt, commandant la compagnie de mitrailleuses, d'envoyer dans l'ouvrage E5, à l'intersection des chemins de Ville et de Beaumont, pour garder la droite de la ligne des C. E. une section de mitrailleuses qui remplacera celle du 59e bataillon, poussée en avant dans le bois des Caures. Si les chasseurs > n succombent, au moins le désastre sera limité.

 

 

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Les contre-attaques dans le bois des Caures.

 

Mais les chasseurs se battaient. Dans la nuit glacée, qu'un brouillard de neige commence à tamiser, l'artillerie allemande ne tire plus sur le bois que par ses canons de campagne. Ces coups espacés gênent le ravitaillement sans entraver les initiatives hardies.

Dès 20 heures, ayant en main tout ce qui restait de sa compagnie, le lieutenant Robin a résolu de reprendre ses tranchées perdues.

 

 

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Voici ses dispositions :

 

La section Auguste Robin restera à son saillant ; la section Plisson gardera S6 ; les sections Pagnon et Poquerusse se tiendront prêtes à étayer la ligne et Robin, secondé par le sous lieutenant Pagnon, débouchant de S6 avec une vingtaine de volontaires pris dans la compagnie, attaquera S'7.

 

 

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L'affaire réussit. Surpris par ce vigoureux retour offensif d'une troupe qu'il croyait hors de combat, l'ennemi s'enfuit, allant jeter la panique dans les fractions qui organisaient la défense deS7.

 

Les nôtres, courant aussi vite que le permet le terrain défoncé et jonché de débris, de troncs d'arbre, de fils de fer, de trous béants et de cadavres, arrivent en ce point en même temps que les fuyards, la baïonnette haute. Sans tirer un coup de fusil, les Allemands évacuent S7, dont ils n'ont pas détruit les abris, comptant les conserver, et où ils abandonnent une dizaine de chasseurs prisonniers, que les vainqueurs ont l'immense joie de délivrer.

 

Les communications ainsi rétablies avec R2, Robin, tandis que son détachement un peu disloqué se regroupe, griffonne un compte rendu sommaire au commandant Renouard. Puis, on repart. Les tranchées 12 et 12' ne sont pas mieux défendues que les S. Ici, les occupants, croyant leur œuvre accomplie, dormaient.

 

 

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La brusque apparition de leurs camarades vivement ramenés par les chasseurs, les réveille désagréablement et leur ôte leurs moyens.

Un officier énergique tente pourtant un simulacre de résistance, mais rien ne tient devant une furieuse charge à la baïonnette. La plupart des Allemands s'enfuient sans amies ; quelques-uns se rendent. L'un d'eux, qui parle le français, déclare que le bombardement reprendra demain matin à 7 heures et qu'à midi se produira un nouvel assaut général.

 

Le lieutenant transmet ce renseignement au commandant Renouard et demande des renforts. Il a surtout besoin de grenades, car son approvisionnement est épuisé. Mais en réoccupant leurs positions du matin, les sections de la compagnie Robin peuvent constater que les Allemands ont perdu du monde, eux aussi le sol est jonché de cadavres feldgrau.

 

Le capitaine Seguin, que l'immobilité, inexplicable pour lui, du peloton Dandauw, réduit à deux faibles sections, n'a pu que rester sur la défensive. Il a même dû, tandis que Robin nettoyait la lisière nord du bois, repousser quatre attaques, que les feux des sections Gosse et Bouvier ont empêché d'arriver jusqu'au corps à corps.

 

 

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A minuit, des cartouches et des fusées signaux lui sont parvenues, mais au même moment, un servant de la pièce de 58mm qui l'appuyait, venait lui rendre compte que cette pièce n'ayant plus de munitions, allait être ramenée en arrière. De toute évidence, si des renforts n'arrivent pas très vite, ce faible peloton sera submergé.

 

Cependant, vers minuit 30, un ordre du commandant Renouard porte une lueur d'espoir. Le peloton Dandauw est à R2 ; il attaquera S9 à 5 heures du matin. Une section du 56e bataillon va rejoindre le capitaine Seguin à S'8, pour participer, de là, à l'attaque de S9.

 

A minuit, le colonel Driant est à la grand'garde n° 2. Il félicite le lieutenant Robin, et en gros, lui dit la situation. A gauche, l'ennemi tient le bois d'Haumont, le bois Carré, S9 et la lisière du bois des Caures devant Seguin qu'il serre de près. A droite, il progresse dans le bois de Ville. Les chasseurs sont en flèche. Les Allemands ont des effectifs énormes.

 

 

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« Mais alors, demande Robin, qu'est-ce que je fais là avec mes 80 hommes ? ». Le colonel le regarde longuement, comme s'il voulait peser l'âme de ce très jeune officier. « Mon pauvre Robin, la consigne est de rester là ». Robin s'incline. « Peut-être nous retrouverons-nous » a ajouté le vieux chef. Une vigoureuse poignée de main, et il disparaît dans la nuit.

 

Vers 2 heures du matin, le lieutenant Pluntz, de la 9e compagnie du 56e bataillon se présentait au lieutenant Robin, précédant son peloton. Une section est répartie entre les tranchées 12 et 12' ; l'autre, avec l'officier, s'installe dans S'7. La section Pagnon reste à S7 et Robin garde auprès de lui à S6 la section du sergent Plisson et celle de l'adjudant Poquerusse, privée de son chef. Puis, ces dispositions prises, en dépit de l'extrême fatigue qui assoupit les plus robustes, et pour ne pas se laisser engourdir par le froid, chacun travaille de son mieux à la réparation des tranchées, en attendant le jour et le choc annoncé.

 

 

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La section du sergent Six, de la 9e compagnie du 56e bataillon, est venue, pendant ce temps, renforcer le peloton du capitaine Seguin. Comme cette section ne connaît pas le terrain, le capitaine la garde auprès de lui, bien qu'elle soit intacte, et confie la contre-attaque prévue sur S9 à la section Bouvier et à ses pionniers-grenadiers.

 

L'artillerie était prévenue. A 5 heures, le groupe Chappat, du 18e d'artillerie, couvrait de mitraille le bois Carrée. Est-ce une erreur ? Le journal de marche du groupement Gillier signale que 600 coups furent tirés sur S'9, dont 200 dans les cinq dernières minutes, pendant que la contre-attaque du peloton Dandauw et de la section Bouvier se déclenchait concentriquement sur S9.

 

 

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Le terrain était bouleversé et jonché d'obstacles. Les Allemands étaient en forces et sur leurs gardes ; ils avaient des mitrailleuses. L'opération échoua, et la section Bouvier, pour avoir été conduite très vigoureusement, subit de fortes pertes.

Driant ne s'obstina pas. Il décida de ne recommencer cette attaque que dans la soirée du 22 et en attendant, il demande à l'artillerie de prendre les mitrailleuses allemandes sous son feu.

 

Seguin, pendant ce temps, s'employait de son mieux à améliorer les défenses de S8 S'8, ainsi que celle de la tranchée de retour ébauchée dans le boyau de communication pour protéger son flanc gauche. La section Six fut installée dans cette nouvelle tranchée ; toutes les cartouches et toutes les grenades furent distribuées. Puis, tandis que lentement le jour se levait, embu d'un brouillard glacé, gris et sale, le capitaine brûla ses notes personnelles, ses cartes et les documents qui se trouvaient dans son P.C. Il était prêt.

 

 

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La contre-attaque manquée sur le bois d'Haumont.

 

Dès que le lieutenant-colonel Bonviolle a été averti, à Haumont, qu'il allait pouvoir disposer $9 des deux dernières compagnies du bataillon de Fourcroy (6e), il a décidé d'employer ce renfort à une contre-attaque sur la corne sud-ouest du bois. Le bois est à moins de 500 m et bien que la section Dauvois et le peloton Groff aient échoué dans la même entreprise, on peut espérer qu'à la faveur de l'obscurité, une troupe vigoureusement conduite réussira mieux avant que l'ennemi n'ait le temps de s'installer.

 

 

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Cependant, encore à minuit, non seulement les 21e et 24e compagnies du bataillon de Fourcroy ne sont pas annoncées, mais même les 22e et 23e compagnies du groupe Clapon, de ce bataillon, dont la tête s'est présentée à Haumont à 20 h, ne sont pas là en entier.

C'est homme par homme, avec une lenteur désespérante, qu'elles débouchent de l'unique boyau par où l'on vient de Samogneux.

 

Ce fossé, bouleversé par les obus, est un affreux cloaque qu'obstruent des cadavres et des débris sans nom et le fait seul d'être engagés dans une pareille voie impressionne péniblement les hommes âgés et non aguerris du 362e.

 

Les tirs de barrage de l'artillerie ennemie sont serrés. A chaque projectile qui éclate à proximité et fait souvent des victimes, les soldats, cheminant à la file indienne, se couchent instinctivement. Recrus de fatigue, alourdis par leur chargement, ils tardent à se relever, dans l'attente d'un nouvel éclair. Quelquefois, vaincus par la fatigue et à bout de nerfs, si l'arrêt a été un peu trop long, ils s'endorment. Alors rien ne passe plus dans l'étroit défilé, ni de l'avant ni de l'arrière : blessés, estafettes ou renforts.

 

 

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Donc à minuit, les trois quarts du bataillon de Fourcroy ne sont pas encore à Haumont. La section Dauvois y a reflué. Le peloton Groff s'est replié sur l'ouvrage B, d'où il surveille le bois par des patrouilles. Le village est de nouveau écrasé par les obus de gros calibre et l'incendie le dévore. L'air est infecté de chlore. Les maisons s'écroulent les unes après les autres ; à chaque instant quelque escouade est ensevelie. Les effectifs sont à peine suffisants pour déblayer les tranchées, dégager les blessés des décombres et surveiller l'ennemi dont les patrouilles se rapprochent.

 

Il est déjà 1 heure du matin quand les derniers hommes de la 23e compagnie, du détachement Clapon, débouchent du boyau de Samogneux.

 

Lentement, non sans pertes, les 22e et 23e compagnies du 362e sont disposées dans les tranchées et dans les abris de Hl et de H2. Des passages sont pratiqués dans les réseaux de fil de fer et à 3 heures, le lieutenant colonel Bonviolle entrevoit pour 5 heures, la possibilité d'une contre-attaque contre la corne sud-ouest du bois. Il faudrait, pour faciliter ce mouvement, que l'artillerie puisse battre S4 et S5. On entend toujours des coups de fusil du côté des postes 28 et 29, ce qui semble prouver que ces postes tiennent encore et que l'ennemi n'est pas tout à fait installé.

 

 

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A 4 heures, le capitaine Clapon rendait compte que tout était prêt et que la contre-attaque pourrait se déclencher à 5 heures, quand un planton remit au lieutenant-colonel Bonviolle l'ordre rédigé à 23 heures par le général Bapst, prescrivant une attaque pour 6 heures, contre toute la lisière sud du bois, avec les 4 compagnies du bataillon de Fourcroy, un bataillon du 324e et deux compagnies de mitrailleuses.

 

Pour quelques minutes, le téléphone avait été remis à peu près en état. Le colonel s'y précipite. L'ordre de la division a mis cinq heures à lui parvenir de Vacherauville quand 6 km à peine séparent Vacherauville d'Haumont.

 

 

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Les deux premières compagnies du bataillon de Fourcroy, parties de Samogneux à 23 heures ne fX sont parvenues au complet à Haumont qu'à 1 heure du matin, ayant parcouru à peine 2 km, et les deux dernières compagnies de ce bataillon ne sont pas encore là. Le bataillon du 324e et les compagnies de mitrailleuses venant de Champneuville ne pourront donc en aucune manière être à pied d'oeuvre pour 6 heures. Le colonel parle de son projet d'attaque réduite pour 5 heures, projet exécutable et préparé. La communication est difficile ; on entend mal ; par moments on n'entend pas du tout.

 

Pour en finir, l'ordre est donné de reporter la contre-attaque générale sur toute la lisière du bois de 6 heures à 8 h 30. Ce sera le plein jour, mais il faut contre-attaquer à tout prix ; la volonté du commandement est formelle. D'ailleurs, l'artillerie interviendra et préparera l'opération.

 

 

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A 4h45, les deux dernières compagnies du bataillon de Fourcroy arrivent enfin, la compagnie Derome (21e) en tête, poussant devant elle les retardataires du groupe Clapon. Sans arrêt, la compagnie Derome continue sa marche vers le bois. Déployée derrière la crête, face à SI, cette compagnie sera aussi en sûreté que dans Haumont bombardé et elle sera prête à bondir.

 

Lentement, le jour se lève, et il est déjà plus de 7 heures quand le commandant Mazin, commandant le 6e bataillon du 324e vient se présenter au lieutenant-colonel Bonviolle. Il dit la difficulté qu'il y a, à cheminer dans les boyaux bouleversés, sous les tirs de barrage. En hâte, à l'abri de la crête, mais tout de même sous des rafales de fer, les sections du 324e sont acheminées vers les ouvrages A et B, au fur et à mesure de leur arrivée.

 

 

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Au total, il est beaucoup plus de 8 heures quand toutes les mesures peuvent être considérées comme prises à Haumont. A peu près tout le bataillon Mazin (6e) du 324e occupe les ouvrages A et B. Les unités plus ou moins réduites du bataillon Huet (5e), du 362e, tiennent les ouvrages Hl, H2, H3 et l'abri en U. Le bataillon de Fourcroy (6e) du 362e est massé à la lisière nord du village, prêt pour la contre-attaque, ayant la compagnie Derome (21e) en avant, dans un fossé face à S6.

 

 

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La situation le 22 février, au matin.

 

En somme, quand, dans le jour gris qui se levait, on commença à entendre, sans que la canonnade se fût interrompue, les premiers vrombissements des avions allemands, la situation restait trouble sur le front de la 72e division.

Dans le bois des Caures, les chasseurs avaient reconquis les tranchées de première ligne perdus la veille, mais partout, ils étaient à portée de grenade de l'ennemi.

 

Le lieutenant-colonel Driant tient la ligne des R avec le 56e bataillon, la compagnie Simon (8e) du 59e bataillon et le peloton de mitrailleuses Masson, du 59e, appelé à R2. Il a placé en réserve : à Joli-Cœur le peloton de mitrailleuses Grasset, du 56e bataillon ; à l'embranchement de la route de Ville, la compagnie Héry (9e) du 165e.

Du bataillon Delaplace (1e1) du 165e, seule la section Babillotte, de la compagnie Derome (3e) est demeurée cramponnée dans le boqueteau 307.8. Entièrement cernée, attaquée à la baïonnette, à la grenade, au lance-flammes, elle continue d'opposer à un ennemi vingt fois supérieur, une résistance héroïque.

 

 

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Le gros du bataillon Delaplace et la compagnie Quaegebeur (10e) du 56e bataillon de chasseurs tient la ligne R4, R5, A et B, que l'ennemi presse déjà. Les débris de la compagnie Mauduit (4e) qui ont pu échapper à l'enveloppement de l'ennemi maître de tout le bois d'Haumont, constituent avec une section de la compagnie Vauquelin (2e) la seule réserve du capitaine Delaplace.

 

De la lere compagnie de mitrailleuses du 165e, 2 pièces, sur les 3 placées en première ligne à la lisière du bois d'Haurnont ont été ensevelies. La pièce sauvée a été transportée dans l'ouvrage R5, où est aussi la 2e section de cette compagnie ; la 3e section est dans l'ouvrage A.

 

 

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Le bois d'Haumont est perdu et d'Haumont, avec les bataillons de Fourcroy (6e) du 362e et Mazin (6e) du 324e, le lieutenant colonel Bonviolle s'apprête à le contre-attaquer.

Ni Consenvoye ni Brabant n'ont été attaqués et la situation dans cette région est demeurée la même que la veille au soir.

 

La ligne intermédiaire Cl C2 est tenue par le peloton Boyer, de la 2e compagnie de mitrailleuses de la 143e brigade. Jusqu'à 2 heures du matin, une compagnie du 60e qui travaillait à C2 a servi de soutien aux mitrailleuses.

Puis, cette compagnie déjà rappelée, c'est la compagnie Bauer (24e) du 44e territorial, que le lieutenant-colonel Bernard a envoyée de Samogneux et qui a été répartie avant le jour, un peloton dans Cl et un peloton dans C2.

 

Une escouade a été détachée dans l'ouvrage E2 pour surveiller le ravin, à droite. Mission difficile, au-dessus des forces de territoriaux âgés. Le passage de nombreux blessés refluant d'Haumont ou des Caures, avec des nouvelles terrifiantes, soumettait à une épreuve insupportable les nerfs de ces pauvres gens isolés dans la nuit et ne sachant rien. Le lieutenant Boyer devra intervenir plusieurs fois avec vigueur pour maintenir à son poste, l'escouade placée à E2, laquelle, sans panique, se retirait.

 

 

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Le bataillon Maugras (3e) du 165e occupe par ses 10e et 12e compagnies la ligne intermédiaire C4, C5, E5, ainsi que les tranchées au nord et au nord-est de Mormont. La compagnie Héry (9e) est avec Driant ; la 11e reste disponible à Mormont, où est la compagnie hors rang avec le drapeau du régiment.

 

Le bataillon Bertrand (2e) du 165e occupe les ouvrages de la cote 338 (344). A 7h20, le colonel Vaulet l'appelle à la ferme d'Anglemont pour participer à la contre-attaque projetée pour 8 h 30 contre le bois d'Haumont. Le commandant ignore tout de cette contre-attaque.

 

Il voit seulement que l'artillerie ennemie exécute des barrages serrés au sud d'Anglemont et il juge impossible de traverser cette zone en plein jour. Il demande des éclaircissements et en attendant d'en recevoir, lui-même se porte en avant, de sa personne, pour tâcher, à la jumelle, de se faire une idée de la situation.

 

 

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La 107e brigade.

 

Enfin, à partir de 7 heures du matin, les deux régiments de la 107e brigade, le 324e et le 365e, sont sur le champ de bataille. Le colonel Clédat de Lavigerie, qui commande cette brigade, a établi son P. C. à Vacherauville, auprès du général commandant la 72e division. Le 324e est même H£ià rlislnmié et snn chef le lieutenant-colonel Bureau est sans commandement.

 

 

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Nous avons vu le bataillon Mazin (6e) s'installer dans l'ouvrage B, en première ligne. Le b bataillon Goachet (5e) est arrivé à Champneuville à 7hl5. Sous les obus, 3 de ses compagnies s'y sont entassées dans les abris de bombardement et la 19e compagnie, ne pouvant s'abriter, a été poussée jusqu'à Samogneux où le chef de bataillon a jugé qu'elle serait plus en sûreté.

 

Le 365e, qu'un ordre de 22h35, du général Chrétien, a mis à la disposition du général Bapst, a été alerté à Belleville, à minuit 5. A 2h35, il quittait son cantonnement pour le camp Flamme, où le lieutenant-colonel Bigot, renforcé de la compagnie de mitrailleuses de brigade, recevait l'ordre de s'engager dans le bois des Caures.

 

 

 

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Donc, à 6h30, ce régiment, longeant le pied du massif de la côte du Poivre, allait s'enfoncer dans le ravin de la Cage, quand un nouvel ordre lui parvint, d'occuper la 2e position de résistance, entre la route de Ville et les pentes orientales du massif 338 (344), en se reliant à Samogneux et en tenant les réduits de Mormont et de la cote 300.

A la batterie C, le lieutenant-colonel Bigot prend les instructions du colonel Vaulet.

 

Le P.C. du 365e sera à Mormont. Du bataillon Savary (6e), les 21e et 23e compagnies occuperont les abris à l'est de la ferme de Mormont, où le commandant s'installera. Les 22e et 24e compagnies seront en réserve dans le ravin boisé au sud de la ferme. Le bataillon Le Villain (5e) et la compagnie de mitrailleuses du régiment occuperont sur le mamelon 338 (344), les positions que le bataillon Bertrand (2e) du 165e, appelé à Anglemont, va laisser libres.

 

 

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Mais quand nos unités gravissent la hauteur, le jour est levé. Les avions de l'ennemi ont repéré les mouvements du bataillon Bertrand et des obus de gros calibre pleuvent sur le plateau. Aucune reconnaissance, aucune relève ne sont possibles dans ces conditions. Elles coûteraient plus cher qu'un assaut et rien n'indique que l'occupation de la 2e position soit urgente. Le commandant Le Villain installe donc son détachement à peu près à l'abri, à contre-pente dans le ravin de la Cage, laissant quelques observateurs sur la hauteur et se tenant prêt à prendre position si la situation l'exigeait.

 

 

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Modifications dans le commandement de l'artillerie.

 

Le groupement Gillier a beaucoup souffert dans la journée du 21. Il va commencer la deuxième journée de bataille, affaibli des quatre pièces de la 25e batterie du 18e perdues dans les batteries bl et b2. En outre, la 24e batterie a subi des pertes graves en personnel.

Le groupement Roumeguère, beaucoup moins éprouvé, a en outre été renforcé pendant la nuit, par la lere batterie du 2e groupe d'Afrique qui est venu prendre position au sud de 338 (344).

 

 

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Quant à l'artillerie lourde, son commandement a achevé de s'organiser dans la nuit. A minuit, un ordre du 30e corps mettait toute l'artillerie lourde longue du corps d'armée sous les ordres d'un chef unique : le colonel Marin, Malheureusement, cette disposition, bien nécessaire pour assurer l'unité de commandement de l'artillerie lourde sur tout le front vigoureusement attaqué du coips d'armée, allait présenter de graves inconvénients sur le front de la 72e division.

 

Jusque-là, par le commandant Gros, commandant l'artillerie lourde, longue et courte, de la division, dont le P.C. était à Vacherauville, le général Bapst pouvait faire actionner au gré des circonstances les trois groupes Neltner, Augustin et Lauterbecq, constituant le groupement du commandant Blanck.

 

 

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Les nouvelles dispositions coupaient le groupement Blanck de la 72e division et en outre, l'organisation inachevée des communications avec le colonel Marin, allait rendre aléatoire l'arrivée des ordres et occasionner des retards, au moment où la situation eût exigé des solutions immédiates. Désormais, le général Bapst ne va plus disposer comme artillerie lourde, pour conduire sa bataille, que du groupe Dewals, de 120mm court, destiné aux destructions.

 

Jusqu'ici d'ailleurs, en dépit de l'ouragan de gros obus qui ne cesse de s'abattre sur toute la région qu'elle occupe, l'artillerie lourde n'a pas éprouvé de pertes sérieuses. Elle a seulement été fort gênée pour son ravitaillement car des barrages serrés ne cessent d'interdire routes et carrefours et la voie Decauville a été gravement endommagée.

 

 

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La journée du 22 février 1916

 

Le Ve bataillon de chasseurs de réserve allemand s'empare des tranchées du bois de Consenvoye.

 

A 8h30, dans le petit jour gris et froid, tandis que, chez nous, le commandement s'efforçait, sous un bombardement violent, de conduire à pied d'oeuvre les moyens nécessaires pour contre-attaquer le bois d'Haumont, l'ennemi prenait l'offensive dans la région de Consenvoye. Comme la veille sur le bois d'Haumont, l'attaque fut foudroyante.

 

 

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Depuis 7 heures, les tranchées de première ligne étaient écrasées par les torpilles, tandis que des rafales d'obus de tous calibres s'abattaient sur les S et sur les D'ailleurs, le front du bois de Consenvoye ne paraissait pas plus particulièrement visé ; ce pilonnage s'exécutait aussi sur l'ensemble du secteur de la division. Même, les tranchées des grand'gardes n°l et n°2, de Consenvoye, creusées à moins de 10 m de l'ennemi, étaient peut être moins maltraitées que d'autres.

 

C'est pourtant sur elles que l'ennemi se rua tout d'abord.

 

Le Ve bataillon de chasseurs de réserve, de la 77e brigade, prononçait une triple attaque : - du nord ouest vers le sud-est, sur le front des boqueteaux tenus par deux sections de la compagnie Lefèvre (22e) du 44e territorial (grand'garde n°3) - du nord au sud, sur les ouvrages L et I, tenus par des éléments de la compagnie Aunis (21e) du 351e(grand'garden°l) - de la ferme d'Ormont, par le ravin de Consenvoye, sur l'ouvrage K, tenu par la même compagnie.

 

 

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Le saillant du bois allait être ainsi pris dans une tenaille, entre les branches de laquelle la grand'garde n°2, la compagnie Hécart (24e) du 351e, non attaquée, allait se trouver encerclée.

 

Des jets de flammes, d'une vingtaine de mètres jaillirent des tranchées les plus proches et vinrent lécher nos tranchées L et I, brûlant tout, enveloppant tout d'une épaisse fumée acre et suffocante, où l'odeur du pétrole dominait. En même temps, des hommes portant des réservoirs métalliques arrimés sur le dos, sortaient des tranchées 8 et 8 bis et, précédés d'un jet de flammes dirigé au moyen d'une lance, se précipitaient vers les boqueteaux de la grand'garde n °3.

 

 

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Nos mitrailleuses de flanquement M7 et M8 étaient détruites. On n'eut pas le temps de demander un tir de barrage à l'artillerie, car la nappe de feu et de fumée eut franchi en moins d'une minute, les 100 m séparant les tranchées adverses aux endroits où elles étaient le plus éloignées.

 

Même, nos territoriaux, pétrifiés par la surprise, n'eurent le temps de se mettre en défense nulle part. Les guetteurs, atrocement brûlés, s'enfuirent en hurlant. Les postes de la compagnie Lefèvre (22e), du 44e territorial, évacuant en hâte les boqueteaux, coururent droit vers la grand'garde, gênant le tir de leurs camarades et suivis de près par la nappe de feu. Toute cette compagnie, terrifiée, se rua en désordre vers Samogneux.

 

 

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Les tranchées L et I, brûlées par les jets de flammes partis des tranchées adverses, où l'ennemi avait installé des flammenwerfer fixes, furent évacuées aussi par la compagnie Aunis (21e) du 351e. Mais ici, les Allemands ne poursuivirent pas aussi vigoureusement leur avantage. Le capitaine put rallier les fuyards, rétablir un peu d'ordre dans son unité, fournir quelques feux et battre en retraite lentement.

 

Les ouvrages de la ligne des S étaient entièrement bouleversés par les obus ; il ne put s'y accrocher. Il poussa donc jusqu'à la ligne des R où. dans le bouleversement d'un sévère tir de barrage de gros obus, il répartit les 150 hommes qui lui restaient. Il trouvait là la compagnie Moracchini (23e), du 351e, et le peloton Latraye, de la 23e compagnie du 44e territorial. Tous ensemble, ils résolurent d'arrêter l'ennemi, à tout prix, sur la ligne des R.

 

 

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Maître des ouvrages L et I et des boqueteaux, l'ennemi a trouvé devant lui trois ravineaux boisés, qui lui ont permis de s'infiltrer au nord et au sud du bois en E jusqu'au chemin qui conduit de Samogneux à la ferme d'Ormont. Il a isolé ainsi, d'une part le poste K, où la section du lieutenant Robert, de la compagnie Aunis (22e), du 351e, non attaquée et n'ayant reçu aucun ordre, s'était maintenue, et d'autre part, toute la compagnie Hécart (24e) du 351e, ignorant ce oui se nassait dans le bois autour d'elle et demeurée en place, elle aussi.

 

Un bataillon allemand déboucha de la ferme d'Ormont, achevant l'encerclement de la section Robert. Le Ve bataillon de chasseurs enveloppa la compagnie Hécart, petits postes et grand'garde. Tout fut submergé et disparut au cours d'une lutte acharnée à la grenade et au couteau, dont le bruit se perdit dans le fracas des formidables explosions qui bouleversaient à la même minute les ouvrages de la ligne des R.

 

 

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La première ligne du bois de Consenvoye était perdue. Le commandant Magnenot, du 44e territorial, qui commandait les avant-postes de ce côté, et dont le P.C. se trouvait sur le chemin d'Ormont, à la lisière du bois en E, avait été écrasé par une torpille. Mais dans R, il y avait un canon-revolver et une mitrailleuse avec des munitions, et des braves décidés à s'en servir. Quand les patrouilles ennemies voulurent déboucher des ravins, elles furent accueillies par des tirs à toute vitesse.

 

Le Ve bataillon de chasseurs s'arrêta à la lisière sud du bois, face à la ligne des R de Consenvoye. Cette dernière ligne était défendable. Elle s'appuyait à droite sur le village d'Haumont et à gauche sur les organisations de Brabant, très solides et non encore éprouvées.

 

 

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Elle était cependant violemment bombardée et les pertes y étaient déjà graves. Le commandant Delos, commandant le 6e bataillon du 351e, qui était venu installer son P.C. à R2, était grièvement blessé. Le capitaine Aunis prit le commandement de la ligne et des troupes qui se trouvaient là : les survivants de sa 21e compagnie, quelques rescapés de la compagnie Hécart (24e) du 351e, des fractions de la compagnie Lefèvre (22e) et du peloton Latraye (23e) du 44e territorial ; au total, à peu près l'effectif d'une faible compagnie.

 

Samogneux était donc gravement menacé, avant même que le lieutenant-colonel Bernard eût connaissance de la dislocation de sa première ligne. Le commandant du 351e apprit le désastre par des fuyards, vers 9 heures, justement comme la compagnie Pignin (19e), du bataillon Goachet (6e) du 324e, venait chercher un abri dans le village.

 

Il n'y avait là, comme troupes disponibles, que la valeur de deux faibles compagnies, dont une partie fort émue de son contact avec les lance-flammes. La compagnie Pignin fut donc accueillie avec joie. Le colonel l'envoya occuper le boyau, organisé en tranchée, qui reliait Samogneux à l'ouvrage C, puis, en rendant compte de sa situation, il demanda des renforts.

 

 

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à suivre...

 

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J'ai trouvé cette histoire sur le web , je ne suis pas sur qu'on en a parlé sur le topic:   https://horizon14-18.eu/ratto.html

4 ème poste

 

 

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Le P.C. de la 72e division revient à Bras.

 

A Vacherauville, le P.C. commun à la 72e division et à la 143e brigade était encore une fois en désordre quand cette demande de renforts y parvient, vers 10 heures.

Informé par le général Bapst de l'installation défectueuse d'un P.C. improvisé pour la division à un instant critique, de l'impossibilité de tout travail, du manque tout aussi complet de renseignements et de la plus grande difficulté des communications avec l'arrière, le général commandant le 30e corps venait de prescrire la réinstallation à Bras du P.C. de la division.

 

Ce nouvel ordre trouva le général à l'affût de renseignements qui n'arrivaient pas, à l'étroit dans le local exigu de l'état-major de la 143e brigade. Le capitaine Pujo était parti, dès 7 heures, pour reconnaître la position du Talou et la région de Champneuville : ce coude grossi de la Meuse, qui préoccupait fort le général Bapst pour sa garnison de Brabant. Le capitaine de Franqueville était allé reconnaître la batterie C et étudier un moyen plus sûr de communiquer avec Mormont.

 

 

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Le général partit donc, sous le bombardement, accompagné du commandant Léger et du capitaine Provost, les secrétaires emportant l'essentiel des documents et des cartes. Avant de quitter le colonel Parés encore une fois il avait attiré son attention sur la situation dangereuse où se trouveraient les défenseurs de Brabant si, avec la Meuse débordée, Haumont tombait et que la ligne des R de Consenvoye et de Brabant fût prise à revers.

 

Revenu à Bras à 11 heures, le général trouva sa maison d'école envahie par des troupes de toutes armes, des cuisiniers, des blessés. Les abris étaient occupés par le P.C. du commandant Gros, commandant l'artillerie lourde de la division. A grand'peine, on refoula les occupants dans les pièces non utilisées, et on récupéra ainsi une place suffisante pour reprendre le travail interrompu, mais une installation à coup sûr moins commode que celle abandonnée la veille.

 

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A peine arrivés, voici un appel téléphonique : le général commandant le 30e corps met deux bataillons du 60e à la disposition de la 72e division. Les bataillons Peyrotte (2e) et Falconnet (3e), de ce régiment, ont en effet repris depuis 7 heures leur emplacement de réserve de la veille dans le ravin à 1500 m à l'est de Bras. Le bataillon Duffet (1cl), relevé plus tard que les deux autres de son travail, la veille au soir, a été laissé au repos dans les casernes Chevert et de Belrupt, où le général Chrétien le garde à sa disposition.

 

Le général Bapst est informé aussi qu'un bataillon du 2e zouaves va être poussé, à toutes fins utiles, dans le ravin au sud de la Côte du Poivre. Il met aussitôt un bataillon du 60e à la disposition du colonel Parés « pour occuper la partie ouest de la position Samogneux-344 et pour procéder dans la limite du possible à des contre-attaques en avant de Samogneux ».

Le bataillon Goachet (6e), du 324e, renforce la garnison de Samogneux.

 

 

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En attendant, pour répondre à la demande urgente de renforts du lieutenant-colonel Bernard, le colonel Parés n'avait sous la main aucune troupe disponible. Uniquement préoccupé de la réussite de la contre-attaque projetée sur le bois d'Haumont pour 8 heures, il avait en effet donné l'ordre, vers 7 h 30, au commandant Goachet, commandant le 6e bataillon du 324e, de conduire au lieutenant-colonel Bonviolle, à Haumont, son bataillon et la compagnie de mitrailleuses restés à Champneuville.

 

Pourtant, l'appel du lieutenant-colonel Bernard ne permettait aucune hésitation. La conservation des R de Brabant et de Consenvoye, qui étayaient toute la gauche, avait une bien autre importance que la reprise du bois d'Haumont.

 

 

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Le téléphone ne fonctionne plus entre Vacherauville et Samogneux. C'est par des coureurs qu'i faut correspondre, en dépit de la violence des tirs de barrage. Des messages partent ainsi à 10h05, à 10h07, à 10h35. Le colonel Parés attire l'attention du lieutenant-colonel Bernard sur L nécessité de ne pas laisser déborder les défenses de Brabant.

Il met à sa disposition le bataillon Goachet et la compagnie de mitrailleuses du 324e qui sont en route pour Haumont et qu'il faudra retenir à leur passage à Samogneux.

 

« Tenez à outrance sur la ligne des R du bois de Consenvoye, écrit-il à 10 h 35. Si cette ligne des R est forcée, il vous appartient déjuger surplace de la nécessité défaire replier les troupe de Brabant. Dans ce cas extrême, ces troupes participeront à la défense de Samogneux ».

 

En dépit du bombardement, qui avait atteint un degré d'intensité inouï, le bataillon Goachet arrivait justement à hauteur de Samogneux quand les ordres du colonel Parés y parvinrent, vers 11 heures. A la file indienne, courbant le dos sous les rafales de fer, la 18e compagnie de ce bataillon était même déjà engagée sur la piste boueuse d'Haumont.

 

 

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Ordre est donné à cette compagnie de retourner sur ses pas, et les dispositions suivantes sont indiquées au commandant Goachet : - Une compagnie et une section de mitrailleuses occuperont les tranchées du pont du canal (pont détruit) - Une compagnie et une section de mitrailleuses, les tranchées au nord-est de l'église - Une compagnie et une section de mitrailleuses, les tranchées à l'est du village, en liaison avec les troupes occupant 344 - Une compagnie et une section de mitrailleuses seront en réserve dans les abris du village, avec la compagnie Moracchini du 351e et les unités territoriales.

 

 

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Mais la mitraille fauche tout ; les maisons sont soulevées par des explosions ; d'énormes cratères s'ouvrent plusieurs fois par minute, et pour le moment aucun mouvement n'est possible. La 18e, terrée dans son boyau de communication, y reste ; les 17e, 19e et 20e, ainsi que la compagnie de mitrailleuses, demeurent blotties dans les abris qu'elles ont pu gagner. On avisera dès qu'on le pourra ou si une attaque ennemie se précise.

 

 

 

La contre-attaque sur le bois d'Haumont ne peut se déclencher.

 

Autour d'Haumont, les troupes attendaient le signal de l'assaut pour 8h30 : le bataillon Fourcroy (6e) du 362e, dans les tranchées de la lisière nord du village, avec la compagnie Derome (21e) en avant-garde ; le bataillon Mazin (6e) du 324e, dans le boyau entre Haumont et l'ouvrage B et dans les ouvrages B et A.

 

 

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De son côté, le colonel Vaulet, averti, avait prescrit au commandant Bertrand de laisser la garde de la cote 344 au 365e et de participer à l'opération avec le 2e bataillon du 165e et la compagnie de mitrailleuses de la 107e brigade. Il avait donné aussi au capitaine Delaplace, commandant le 1er bataillon du 165e, dont des éléments occupaient les ouvrages A et B, l'ordre d'agir par le ravin du bois d'Haumont. Enfin, prévenu par lui, le groupement Gillier devait, à partir de 8 heures, couvrir d'obus toute la lisière sud du bois.

 

Or, à 7h20, derrière le terrifiant barrage de fer et de fumée acre des obus de plusieurs centaines de canons, les guetteurs de H2 voient de l'infanterie allemande dévaler dans le ravin de Consenvoye. Ce sont d'abord des hommes marchant par deux, l'un portant un récipient accroché sur le dos, l'autre dirigeant une lance d'où s'échappe une flamme longue de plusieurs mètres. Des lignes de tirailleurs suivent ces hommes, précédant elles-mêmes un gros de plusieurs compagnies.

 

 

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Des fusées sont lancées pour attirer l'attention de l'artillerie. Elles ne produisent aucun résultat immédiat. Quand, quelques minutes plus tard, le groupement Roumeguère déclenchera le barrage demandé, les forces allemandes auront déjà disparu dans le bois de Consenvoye. A peu près en même temps, Hl signalait des masses importantes descendant de la ferme d'Ormont ; aussi d'autres fractions se glissant le long de la lisière du bois d'Haumont, vers S6.

 

Haumont, très violemment bombardé, est évidemment menacé.

Le lieutenant-colonel Bonviolle estime qu'il n'aura pas trop de toutes ses forces intactes pour conserver le village quand l'attaque massive qui se rapproche se produira. Il contremande donc la contre-attaque prévue pour 8h30 ; il la contremande par plantons, car les communications téléphoniques et optiques ne fonctionnent plus.

 

 

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Le contre-ordre arrivera cependant à temps à toutes les unités, sauf à la compagnie Derome, trop avancée vers le bois. Le lieutenant Derome, les yeux fixés sur sa montre, attendait l'heure de l'assaut. A 8h30, tandis que les gros obus bouleversaient le sol, il a bondi, et, le sabre à la main, devant sa compagnie qui marchait la baïonnette haute, il s'est précipité vers le bois.

 

Les éclaireurs ennemis en débouchaient. Il les charge, les refoule, mais, sous le couvert, ne tarde pas à se heurter à des masses qui débordent, enveloppent et submergent sa faible unité. Grièvement blessé, il tombe aux mains de l'ennemi avec une cinquantaine d'hommes, survivants de sa compagnie.

 

 

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Les Allemands enlèvent le village d'Haumont.

 

Les Allemands attaquaient. En même temps que la 77e brigade de réserve était lancée sur le bois de Consenvoye, où nous l'avons vue agir, la XlVe division de réserve avait reçu l'ordre de s'emparer du village d'Haumont, et la XHIe, de nettoyer la partie du bois d'Haumont située à l'est de la route, pour faire tomber les défenses du ravin d'Haumont, par où la progression du XVIIIe corps dans le bois des Caures était fort gênée.

 

 

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Le général lieutenant Loeb, commandant la XlVe division de réserve, avait fait préparer son attaque par toutes les batteries d'artillerie lourde en situation d'y participer et par les batteries du 14e régiment d'artillerie de campagne de réserve. Il avait même donné l'ordre d'amener une batterie de campagne jusque dans le bois d'Haumont, mais l'état des routes trop profondément gelées et les barrages de l'artillerie française firent renoncer à l'exécution de ce mouvement. Les attelages de cette batterie d'accompagnement ne dépassèrent pas le bois de Moirey.

 

 

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A 8h30, après une heure de tir, l'oeuvre de l'artillerie parut satisfaisante et tout le 159e régiment se porta en avant. Ce régiment croyait ne trouver devant lui que des tranchées nivelées. Il fut fort surpris d'avoir tout d'abord à manœuvrer pour triompher de la résistance de la compagnie Derome, et l'impression qu'il allait au-devant d'une infanterie encore capable de charger, le rendit prudent.

 

Aussi, quand, au débouché du bois, il fut accueilli devant les ruines d'Haumont par un feu nourri d'infanterie et de mitrailleuses, il s'arrêta net et reflua, sentant sa préparation d'artillerie insuffisante. Le colonel von Gablentz, commandant le 159e, rallia ses bataillons à la lisière sud du bois, et, de nouveau, Haumont fut écrasé de projectiles.

 

 

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Entre 9 heures et 10 heures, S6, bouleversé par les torpilles et cerné, tombait. On signalait la présence de l'ennemi dans le bois en E, devant la ligne des R de Consenvoye, ce qui resserrait dangereusement le cercle autour des ruines d'Haumont, dévorées par l'incendie. Le lieutenant colonel Bonviolle, sans communication avec personne, dans son P.C. de H3, est dans l'impossibilité de rien tenter sous la rafale qui ne cesse pas. Il ne peut donner d'autre ordre que de tenir ; avoir une autre attitude que de montrer à son régiment décimé comment un soldat doit savoir attendre la mort avec calme et fermeté.

 

 

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« Le roulement des explosions atteignait 20 coups à la minute, a dit un témoin oculaire, dont le témoignage est corroboré par celui des survivants de cet enfer. Les mines d'Haumont changeaient d'aspect à chaque instant ; le village s'effondrait et s'enfonçait dans la terre. Le réduit bétonné s'est écroulé, lui aussi, ensevelissant 80 hommes, le dépôt de munitions et deux mitrailleuses ». L'abri du colonel, moins résistant, était miraculeusement épargné.

 

A 15 heures, les éléments des 8 compagnies du 362e, terrées dans Haumont, ne présentaient pas un effectif de plus de 500 hommes. La plupart des officiers étaient morts ou blessés, comme les capitaines Claisse et Lampe, les sous-lieutenants Groff et Vilain, ou bien avaient disparu, ensevelis sans doute. De tous côtés, parmi le fracas des explosions, des cris déchirants, des plaintes sourdes et des râles sortaient des tas de gravats.

 

 

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Terrassés par la fatigue, privés de nourriture et de sommeil depuis plus de quarante-huit heures, sachant qu'aucun secours ne pouvait leur parvenir, ne disposant comme munitions que des cartouches restées dans leurs cartouchières ou dans celles des morts, leurs fusils d'ailleurs tordus ou remplis de terre pour la plupart, les survivants étaient bien, dans ce cataclysme, hors d'état de résister à une attaque sérieuse.

 

 

Cette attaque allemande, le colonel von Gablentz, que le général commandant la XlVe division avait laissé libre de déclencher au moment opportun, l'ordonnait à 16 heures. Un bataillon débouche en trois colonnes du nord, du nord-ouest et de l'est. Les nôtres se redressent, la rafale de fer ayant cessé, et ceux dont les fusils sont en état de tirer brûlent leurs cartouches. Une mitrailleuse encore intacte crépite.

 

Des réseaux de fil de fer existent à l'ouest du village ; l'attaque est enrayée de ce côté. Mais au nord et à l'est, où tout est détruit, l'ennemi s'infiltre dans les ruines. Tournés, désarmés pour la plupart, les nôtres se replient ou sont enlevés.

 

Se glissant dans le presbytère, les Allemands ont atteint à revers le P.C. du lieutenant-colonel Bonviolle. Par les soupiraux, ils y projettent des flammes. Le lieutenant-colonel sort avec son état-major et encore une fois, il passe indemne, avec sa capote brûlée et des balles dans ses vêtements, au travers des baïonnettes et du barrage des mitrailleuses.

 

 

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A 18 heures, il est à Samogneux avec 5 officiers et 12 soldats.

 

Une cinquantaine d'hommes avaient pu se glisser vers le sud, par le ravin du bois des Caures ; c'est tout ce qui restait du 362e. L'ennemi trouva dans les ruines le commandant Huet blessé, 11 officiers et 400 hommes valides ou plus ou moins contusionnés, qu'il fit prisonniers.

 

La lutte dans le ravin du bois d'Haumont.

 

Pendant que les troupes de la XlVe division de réserve pénétraient dans le village d'Haumont, la XHIe division de réserve, après avoir chassé de la partie occidentale du bois la compagnie Mauduit (4e) du bataillon Delaplace (1er) du 165e, n'avait pas progressé. Prudemment, le général Kùhn, commandant cette division, attendait la chute du village pour sortir du couvert. Il se bornait à tenir la lisière sud par deux bataillons du 39e et il gardait son gros dans la région Flabas-Crépion, prêt à agir suivant les circonstances vers Haumont ou vers le bois des Caures. Par surcroît de précaution, une batterie du 13e régiment d'artillerie avait été répartie par section le long de la lisière sud du bois d'Haumont.

 

Devant cette division, il n'y avait pourtant que la ligne grêle des bataillons Mazin (6e) du 324e et Delaplace (1er) du 165e, ce dernier déjà fort éprouvé, ainsi que de la compagnie Quaegebeur (10e) du 56e bataillon de chasseurs, accrochés aux ouvrages B, A, R5, R4 et R3, sur un front de 2500 m. dont la moitié était en plein bois des Caures.

 

 

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La 23e compagnie du bataillon Mazin occupait l'ouvrage B, avec une fraction de la compagnie Derome (3e) du 165e. Les 21e et 24e compagnies du même bataillon étaient à l'ouest de l'ouvrage B, dans le boyau plus ou moins aménagé reliant l'ouvrage à Haumont.

 

La 22e compagnie avait été placée en crochet défensif derrière la crête courant entre B et C2. Elle devait empêcher l'ennemi de s'infiltrer dans le ravin de Samogneux, et ainsi la gauche du bataillon Delaplace se trouvait très efficacement couverte.

 

Le bataillon Bertrand (2e), du 165e, aurait dû être à Anglemont, lui aussi, à 16 heures. Il n'y était pas, et de cette absence qui aurait pu avoir des conséquences graves, doit être expliquée.

 

 

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C'est à 7h20 que le colonel Vaulet avait envoyé au commandant Bertrand, à 344, par un coureur, l'ordre de participer à la contre-attaque projetée pour 8h30 contre le bois d'Haumont. Ce coureur ne rencontra le commandant Bertrand qu'à 10 heures, et à ce moment, ce dernier ne pouvait considérer que comme sans objet l'ordre qu'il recevait, car, à la jumelle, non seulement il n'avait vu aucune contre-attaque se dessiner à 8h30, mais il n'en voyait encore aucune se préparer. Ses troupes abritées subissaient d'ailleurs sous le bombardement, des pertes déjà très sensibles, et diriger un bataillon sur Anglemont au milieu du barrage serré qui bouleversait cette région apparaissait comme une entreprise irréalisable.

 

Il demanda donc des éclaircissements, mais le coureur chargé de porter son message au colonel Vaulet ne parvint pas jusqu'à la batterie C. De sorte qu'à 16h30, le bataillon Bertrand, demeuré sans ordres, occupait toujours les ouvrages de 344, et que son chef, en adressant un nouveau compte rendu de sa situation au colonel Vaulet, lui demandait l'autorisation, puisque le temps lui en était laissé, d'enterrer ses morts à Mormont.

Or, à 18 heures, les infiltrations allemandes avaient abouti à masser des effectifs assez importants entre les ouvrages A et B.

 

 

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A la suite de péripéties que nous ignorons, l'ouvrage A, nous savons que c'était une simple tranchée à tracé tenaillé, pris à revers, fut enlevé et sa garnison ne put se dégager. D'autre part, Haumont tombé, la 21e compagnie, du bataillon Mazin, débordée à gauche, s'était rejetée sur la tranchée B.

 

Par la 23e, qu'il avait avec lui dans B, le commandant Mazin essaya de dégager A, à 18h30. L'opération ne réussit pas. Cette compagnie fut prise dans des tirs de barrage. Désorientée, elle finit, on ne sait comment, par se diriger sur Anglemont. Tout cela est obscur. Les survivants de ces mêlées sont rares et leurs souvenirs confus. Quoi qu'il en soit, la 23e compagnie arrivait à Anglemont d'une manière très opportune. Le capitaine Delaplace, qui n'avait plus là comme dernière réserve que des fractions de la compagnie Mauduit (4e) et une section de la compagnie Vauquelin (2e), était fort inquiet de sentir la lutte s'intensifier et gagner vers le sud, à la fois du côté d'Haumont et du côté du bois des Caures.

 

 

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Le danger était surtout immédiat pour lui dans le bois des Caures, d'où les chasseurs de Driant semblaient rejetés. Il aiguilla donc la compagnie du 324e, que le hasard lui envoyait, sur R4, où le capitaine Guyon, commandant la 1ere compagnie du 165e, réclamait du secours.

 

Peu à peu, la nuit était tombée. A 18h50, le bois des Caures était enveloppé d'un lourd silence de mort. Sans doute, la lutte était finie de ce côté et l'étreinte ennemie se resserrait sur Anglemont. Le capitaine Delaplace rédigea ce dernier billet à l'adresse du colonel Vaulet : « Si des renforts n'arrivent pas au plus tôt, Anglemont, complètement encerclé, tombera ».

Dans le bois des Caures.

 

 

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Le bombardement

 

En effet, la lutte était terminée à ce moment dans le bois des Caures. Là aussi, dès 7 heures, le XVIÏÏe corps allemand avait commencé les opérations par un bombardement aussi formidable que celui de la veille. Cette fois, les obus de gros calibres s'abattaient sur la ligne des R et sur Iz région de Beaumont. Sur les tranchées de première ligne et sur les S, il pleuvait de grosses torpilles.

 

L'effet était puissant. Les plus gros arbres étaient coupés net et projetés violemment. Les piquets des réseaux de fil de fer étaient comme soufflés et des vides se créaient dans un rayon de 20 m. Les torpilles nettoyaient ainsi le terrain pour l'assaut. Les explosions, que précédait un sifflement argentin, étaient sèches et brisantes. L'air vibrait douloureusement. Les abris non encore atteints se fendillaient sous les secousses.

 

Ceux sur qui tombait un de ces engins, étaient écrasés.

 

 

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La plupart des chasseurs erraient, cherchant un refuge, se blottissant dans les entonnoirs. Un moment, un homme vint, au pas de course, porter un renseignement au lieutenant Robin, à S6 :

 

Mon lieutenant, l'abri... Il n'acheva pas ; son corps déchiqueté avait disparu dans la flamme d'une explosion.

 

La défense des grand'gardes.

 

A midi, comme le prisonnier de la nuit l'avait annoncé, le bombardement cesse, et tout de suite, les chasseurs, qui savent la signification de ce silence, bondissent à leur poste.

Cette fois, les pertes sont sévères. Les tranchées de première ligne sont anéanties. A la tranchée 9 bis, le sous-lieutenant Auguste Robin, enseveli avec toute une escouade, n'a pas réussi à se dégager. La demi-section du 56e bataillon qui occupait la tranchée 12 est ensevelie de la même manière. A la compagnie Vigneron (10e), épargnée hier, les torpilles ont accompli aussi leur œuvre de destruction.

 

 

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En outre, l'ennemi a sérieusement progressé dans le bois de Ville, et sur cette face, les tranchées des chasseurs sont déjà prises à revers. Partout, les fusils font défaut ; cartouches et grenades sont perdues en grande partie.

 

Derrière la ligne des R, où Driant a alerté les compagnies disponibles, la compagnie Héry (9e), du 165e, est à son poste, elle aussi, dans le boyau qui relie Joli-Coeur à R2. Toute la nuit, elle a ravitaillé les chasseurs. Maintenant, elle attend des ordres, prête à agir.

 

Le crépitement de la fusillade et le bruit sec des grenades ont succédé au fracas des torpilles. Des masses, environ un régiment, déferlent, serrées, du bois du Miroir, et s'engouffrent dans le ravin du bois des Caures. D'autres descendent des pentes du bois de Ville. On les voit nettement, de R2, car ce qui avait été le bois des Caures n'existe plus comme couvert. Dans moins d'une heure, cette tenaille, formée par 5000 ou 6000 hommes, sera refermée au sud de R2. Quelques rafales, quelques bandes de mitrailleuse sont tirées sur ces magnifiques cibles, autant que le permettent l'état précaire des armes et la rareté des munitions.

 

Jusqu'à 38 fusées rouges sont lancées successivement, pour demander à l'artillerie des barrages qui ne se déclenchent pas. Le lieutenant Lugagne-Delpau, officier de liaison du groupe Chappai voyant que l'appareil optique ne fonctionne plus, se précipite en pleine rafale pour aller le réparer. Ce brave officier ne composait pas avec le danger. Il réparera son appareil, mais il sera tué par un obus dans le courant de la journée.

 

 

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Les trois compagnies de première ligne moururent à leur poste. Deux régiments les submergèrent, et, comme elles ne voulaient pas se rendre, les Allemands laissèrent en arrière deux bataillons pour les envelopper et les réduire, puis, sans s'en occuper autrement, les gros pénétrèrent dans le bois.

 

Le capitaine Seguin avait rallié les survivants de ses trois sections dans S8, dans S'8 et dans la tranchée du boyau de communication. Une compagnie l'attaqua de front. Deux ou trois autres, précédées de lance-flammes, passèrent entre S7 et S8. C'était une marée montante au milieu de laquelle les 40 chasseurs qui entouraient le capitaine furent bientôt un petit îlot. Il n'y a dans l'ensemble que 6 fusils utilisables. On se bat à la grenade, tant qu'il y en a, puis à coups de pierres. à coups de crosse. Les hommes tombent l'un après l'autre.

 

II en reste 10, presque tous blessés. Le capitaine Seguin reçoit une balle au pied, en même temps qu'un projectile de canon-revolver lui arrache le bras droit. Le sergent-major Saur se précipite et, pour arrêter l'hémorragie, lui fait une ligature avec le cordon de son brodequin. Le groupe est entouré d'Allemands. Un officier se présente, un lieutenant du 87e. Il salue militairement et dit, en excellent français : « Mon capitaine, je vous félicite pour votre résistance et vous fais mes condoléances pour vos blessures. »

 

 

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A la compagnie Robin, mêmes péripéties. L'ennemi a évité les postes de première ligne trop clairsemés et il est passé. Le sergent Havet occupait la tranchée 12 avec 6 survivants de sa demi-section. Il a un fusil ; c'est lui qui couvre la retraite de ses hommes vers S6. Mais il s'attarde à « tirer » des Allemands et il est coupé. Par une sape remplie d'eau, il gagne un poste d'écoute où il se blottit. Il restera là jusqu'à la nuit, puis gagnera Vacherauville en traversant les lignes ennemies.

 

Successivement, S6, S'7 et S7 sont entourés et attaqués au lance-flammes et à la grenade. Le canon Aasen est détruit et de nombreuses caisses de grenades sont restées dans les abris éboulés. Les canons de 58 n'ont plus de projectiles et les servants de ces « crapouillots », après avoir encloue les pièces, sont venus auprès des chasseurs pour prolonger, avec eux, la résistance jusqu'au bout.

 

Le lieutenant Robin a brûlé les documents de son P.C. et, un fusil à la main, il fait le coup de feu avec ses agents de liaison et son téléphoniste. Un moment, inquiet pour S7 dont il n'a plus de nouvelles, il veut aller se rendre compte de la situation de ce côté et il s'engage seul dans le boyau de communication. Il est entouré dans ces éboulis par une patrouille allemande, renversé désarmé et fait prisonnier.

 

Assaillis à revers, les postes tombent l'un après l'autre. Le lieutenant Pluntz n'avait plus que 4 chasseurs valides auprès de lui, quand une balle en pleine poitrine l'abat.

 

 

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Le sous-lieutenant Pagnon, qui se battait au premier rang, est horriblement défiguré par les lance-flammes. Il mourra aveugle, dans un hôpital, quelques jours plus tard. Le sergent Ruffin, le sergent Cosyns, le sergent Plisson, le caporal Fratinger luttent à la grenade, jusqu'à ce qu'ils tombent. La 9e compagnie n'existe plus.

 

Personne n'est revenu, non plus, de la compagnie Vigneron (10e), assaillie de front par un bataillon, tournée à gauche par une compagnie qui s'est glissée dans le ravin de la Vaux Hordelle, et à droite, par un bataillon qui s'avance, à cheval sur la route de Ville. La résistance fut acharnée.

 

Assez tard dans la nuit, on entendait encore des coups de fusil de ce côté.

 

à suivre...

 

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Un vrais Bazeilles!!!!! titoss91.gif.bb288dd891b674634b57a6e40ef50db2.gif

 

 

attend demain, ça monte en puissance...

 

quand je vous dis que j'avais jamais lu un livre aussi près de la réalité :non:

 

je pense qu'il restera 6 postes après celui ci, à partir du 6ème, des photos quasi jamais postées sur le web :jap:

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5 ème poste

 

 

 

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La défense des R.

 

De la ligne des R, l'ouvrage R1, pris à revers par un bataillon venu du bois de Ville, a été enlevé en même temps que la compagnie Vigneron. Mais le lieutenant-colonel Driant a groupé autour de R2, la valeur de huit sections des 56e et 59e bataillons, que va appuyer l'action de la compagnie Héry (9e), du 165e.

 

 

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A R3, il y a la demi-section Brilleville, de la 9e compagnie du 56e bataillon, la demi-section Lépine, de la 8e compagnie du 59e, une demi-section de la compagnie Derome (3e) du 165e et la section de mitrailleuses de l'adjudant Porusse. du 59e bataillon.

Entre R3 et R4, le capitaine Berweiller a pris position avec un peloton de sa compagnie (7e) du 56e bataillon. La compagnie Quaegebeur (10e) du 56e bataillon mélangée à des escouades de le compagnie Guvon (lere) du 165e, tiennent R4 et R5.

 

A 13 heures, l'ennemi essaie de brusquer l'attaque de R2 par la route de Ville, où des masses se présentent, avançant sans tirer. Quelques rafales exécutées avec calme par la section Spitz, de la 8e compagnie du 59e bataillon, suffisent pour enrayer momentanément cette tentative.

 

 

 

 

Les Allemands essaient alors de déboucher du boqueteau 307.8, d'où ils ont enfin réussi, après vingt et une heures d'une lutte acharnée, poussée jusqu'au corps à corps, et grâce à l'usage de lance-flammes, à déloger les 5 ou 6 survivants de la section Babillotte, de la compagnie Derome (3e), du 165e. Des salves bien conduites des sections Froment et Carré, de la compagnie Simon (8e) du 59e bataillon, arrêtent encore leurs progrès de ce côté.

 

 

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Un fusil à la main, Driant est devant son P.C. au milieu de ses agents de liaison, dont le fourrier Murât a constitué une petite demi-section. Il avait toujours été un tireur d'élite. Il veut sa place, aujourd'hui, parmi ceux qui se battent. Il est d'excellente humeur. Il annonce le résultat des coups, les fautes de pointage commises. A le voir si en train, chacun oublie les balles qui claquent maintenant nombreuses, et a vraiment « le cœur à l'ouvrage ».

 

Il a dit « Si nous devons tous rester ici, ne voyons en cela qu 'une forme de notre destinée ».

 

 

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Et la plupart de ces humbles, sans un mot, ont brûlé leurs souvenirs et leur correspondance.

A 13h30, l'attaque reprend à gauche. Des patrouilles, munies de lance-flammes, détruisent les fils de fer et mettent le feu au bourrage de fascines qui relie RI et R2, en dépit des rafales de la mitrailleuse du lieutenant Boyer.

 

Le colonel appelle la compagnie Héry (9e) du 165e, disponible dans le boyau de Joli-Cœur. Cette compagnie accourt et dix minutes plus tard, ses 4 sections sont déployées, le long de la route, face à l'est, un peu au sud de l'ouvrage T. Devant ses feux, l'ennemi reflue.

Pourtant, quelques fractions se sont infiltrées entre R2 et R3 et des tirailleurs allemands, postés dans des trous d'obus, prennent à dos les défenseurs de R2, qui doivent s'abriter de leurs coups. Heureusement, une patrouille du 165e, conduite par le sous-lieutenant Yves Leroux, égarée dans le bois, venait se mettre, à ce moment, à la disposition du lieutenant Simon.

 

 

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Ce dernier, formant un groupe de la fraction Yves Leroux et de la demi-section Alliot, de sa 8e compagnie, exécute à sa tête une brillante contre-attaque qui déblaie le terrain au sud de R 2 et fait tomber 8 prisonniers entre les mains de nos chasseurs. Ce succès coûtait la vie au brave sous-lieutenant Yves Leroux, atteint mortellement d'une balle à la tête.

 

R3 est serré de près. Le capitaine Berweiller y a concentré tout ce qui restait de sa compagnie. Avec les éléments du 165e et les chasseurs qui s'y trouvaient déjà, il y dispose de moins de 100 hommes. Il a renvoyé à l'arrière la mitrailleuse de l'adjudant Buin, pour économiser ses cartouches.

 

 

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Il a placé une fraction dans l'ouvrage, une en crochet défensif à droite, une autre à gauche, une quatrième en arrière, réservée pour les contre-attaques. Il a envoyé une patrouille vers R2 et une autre vers Anglemont. La première revient une demi-heure plus tard, s'étant heurtée à l'ennemi ; l'autre ne reviendra pas. Des balles, venant de partout, sifflent et claquent par milliers ; les pertes sont graves ; l'étreinte se resserre ; il y a là plus d'un bataillon allemand qui avance et s'infiltre.

 

A 16h30, les munitions à peu près épuisées et l'ennemi, qui écrase les nôtres de torpilles, devenant très pressant, surtout à gauche, le capitaine décide, pour éviter d'être enveloppé, de se retirer sur Joli-Cœur.

 

 

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Les sections se replient donc successivement, par échelons, celles de droite les premières. Une patrouille de protection s’est sacrifiée pour couvrir le mouvement nui s'exécute difficilement à travers le bois déjà occupé par les Allemands. A 18 heures, le capitaine Berweiller était à Mormont où il demandait des ordres.

 

 

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La chute de R 2.

 

A 16 heures, il restait encore 80 hommes dans R2 autour du lieutenant-colonel Driant et du commandant Renouard. Les officiers présents se sont partagé le commandement de la ligne de feu. Encore une fois, un bataillon ennemi tente de progresser par la route de Ville.

La mitrailleuse du lieutenant Boyer, tirant à toute vitesse, fauche des rangs entiers.

 

Le sous lieutenant Undenstock essaie d'une contre-attaque ; il entraîne sa section, la baïonnette haute, au-devant des assaillants. Une grêle de balles accueille ces braves et le sous-lieutenant tombe l'un des premiers, grièvement atteint. Le sous-lieutenant Debeugny se précipite pour prendre sa place ; une balle lui traverse la gorge. Le lieutenant Leroy remplace le sous-lieutenant Debeugny et ramène les survivants de cette unité dans leur tranchée, où ils continuent la lutte par le feu.

 

 

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Tout à coup, des obus viennent de l'arrière, couvrant les nôtres de mitraille, écornant les parapets. Notre artillerie tire trop court ? Non, voici les mitrailleurs qui étaient postés au carrefour des routes de Ville et de Flabas. Ils se replient sur R2 avec leur mitrailleuse et rendent compte qu'un canon de 77mm allemand est sur la route, au sud de RI... Driant va vers eux. Malgré leur hésitation, il les ramène en avant et leur fait placer leur machine en batterie, face ai canon ennemi. Mais ils n'ont pas le temps de régler leur tir deux minutes plus tard, un obus les fauchait.

 

 

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Or, du côté de R3, l'ennemi gagnait du terrain. Délibérément, il marchait sur Joli-Cœur. R2 étai attaqué à moins de 100 m par le nord, par l'est et par l'ouest. Seule, la direction de Beaumont paraissait encore à peu près libre, bien que des tirailleurs feld-grau s'y soient glissés de nouveau, prenant à dos les défenseurs du réduit.

 

Driant décide d'évacuer R2 intenable et de concentrer dans la tranchée T tout ce qui lui reste de chasseurs. Il compte enrayer ainsi le mouvement enveloppant qui se dessine sur sa droite, et pour tenir à gauche, il envoie l'ordre au capitaine Héry de porter sa compagnie à hauteur de la tranchée T, face au nord-ouest.

 

 

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Au pas de course sous une pluie de balles, l'échiné courbée, les escouades de la compagnie Héry se portent en ligne dans la nouvelle direction. L'ennemi est déjà à 50 m.

En rampant, il déborde par le sud. Mais à tout prix, il faut un effort un sacrifice. Héry rend compte « Je tiendrai pendant une demi-heure ».

 

Driant sent bien que c'est la fin. L'ennemi est en nombre, il est mordant. Dans une demi-heure, la direction de Beaumont sera coupée, comme les autres et les survivants des deux bataillons seront prisonniers. Le commandant Renouard et le capitaine Vincent sont à ses côtés « Je crois, leur dit-il, qu 'il serait plus sage de nous retirer sur une position plus en arrière ».

 

 

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Plus sage, oui. La réalité est simple et tragique. On a le choix entre un repli qui conservera quelques combattants pour demain, ou la mort. Le capitaine Hamel, qui était près d'eux, remarqua l'émotion profonde des trois héros. « C'est dur, disait le capitaine Vincent,je préférerais mourir ».

 

L'ordre du repli est donné. Le lieutenant Leroy va le porter au capitaine Héry et lui demander de tenir encore, le plus longtemps possible, pour permettre aux chasseurs de se dégager. Avec une trentaine d'hommes, survivants de sa compagnie, le lieutenant Simon restera en position, pour couvrir le mouvement, puis, au bout de quelques minutes, il se retirera, ne laissant en arrière qu'une patrouille, avec un officier. Le sous-lieutenant Spitz sera chargé de cette mission de sacrifice.

 

 

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Depuis longtemps, les documents et les lettres sont brûlés au P.C. et dans les abris. Les objets pouvant être de quelque utilité à l'ennemi sont détruits. Même, le chasseur Vasseux a pensé à réduire en bouillie, à coups de crosse, les réserves de vivres, et à percer d'un coup de fusil le baril de rhum dont le contenu réconfortait les chasseurs, au cours de leurs veilles dans la neige

 

 

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La mort du colonel Driant.

 

Le colonel est descendu prendre sa peau de mouton dans son abri, et chacun l'a imité, car les nuits sont froides et on ne sait pas où l'on couchera la nuit prochaine.

Trois groupes s'organisent : une quinzaine de chasseurs du 56e bataillon, avec le capitaine Vincent ; à peu près autant du 59e, avec le commandant Renouard ; la liaison et les télégraphistes avec le colonel.

 

Le groupe Vincent part le premier, les hommes à la file indienne, l'échiné courbée, l'arme prête. Celui du colonel suit, quelques minutes plus tard. Le groupe Renouard part le dernier. Le commandant ferme la marche ayant auprès de lui le fourrier Murât. La pièce de 77mm tire à toute vitesse, décimant ces débris qui cheminent maintenant de trou d'obus en trou d'obus.

 

 

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Les jeunes gens du groupe Renouard seraient tentés de courir pour rejoindre leurs camarades. En voilà des chasseurs » dit le commandant qui les réconforte par son calme. Et sous la mitraille, le mouvement de ce groupe qui doit couvrir les autres, se ralentit. Des hommes trébuchent, par exemple, qui ne se relèvent pas.

 

Driant s'est arrêté au poste de secours qui est près de la lisière, où le Dr Baudru et le Père de Martimprey se multiplient auprès de nombreux blessés. Le lieutenant Simon le rejoint avec un dizaine d'hommes, tout ce qui reste de sa compagnie. Il est vivement pressé et le cercle ennemi se resserre, parce que la fraction Spitz, privée de son chef qu'a étourdi une torpille, a été balayée un peu trop vite. Le lieutenant Simon, aidé par le sergent-major Savart, maintient pourtant l'ennemi à une soixantaine de mètres, mais il faut se hâter, car, à droite et à gauche, une marée déborde.

 

 

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L'ennemi occupe déjà toute la lisière du bois qui dessine un fer à cheval, au fond duquel la route de Joli-Cœur débouche. Zone de mort où les mitrailleuses fauchent tout ce qui se meut.

 

Les groupes décimés se sont disloqués, mais les chasseurs sont « tirés » l'un après l'autre. Le capitaine Vincent est blessé. Le colonel Driant venait de faire un pansement provisoire, dans un trou d'obus, au chasseur Papin, atteint d'une balle, et il continuait seul son chemin.

 

Une balle l'atteignit au front. Il tomba sans un cri. Quelques minutes plus tard, le commandant Renouan tombait aussi, mortellement frappé.

 

Descendirent seuls, ce soir-là, du bois des Caures, en petites fractions qui se rassemblèrent peu à peu à Vacherauville, du 56e bataillon, le capitaine Vincent, atteint de deux blessures, le capitaine Hamel, le capitaine Berweiller, le lieutenant Raux et le sous-lieutenant Grasset, avec une soixantaine de chasseurs ; du 59e bataillon, le lieutenant Simon, les sous-lieutenants Lero et Malavault avec 50 chasseurs. C'est tout ce qui restait des 1200 combattants des deux bataillons de Driant.

 

 

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f) La compagnie Héry (9e) du 165e

 

La compagnie Héry avait vaillamment accompli sa mission. Quand, à 16h30, le lieutenant Leroy remit au commandant de cette unité l'ordre de battre en retraite en retardant le plus longtemps possible la poursuite de l'ennemi, sa ligne était déjà largement débordée sur les deux ailes. Les sections se retirèrent par échelons. La dernière dut se frayer un passage à la baïonnette.

 

 

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Le capitaine Héry blessé, l'adjudant Tinseau prit le commandement et contint l'ennemi en s'arrêtant derrière tous les obstacles, l'obligeant à manœuvrer, l'attendant jusqu'au corps à corps, lui infligeant des pertes. Cette héroïque compagnie, réduite des trois quarts, était encore à Joli-Coeur à 20 heures. Elle avait mis quatre heures, devant un ennemi cent fois supérieur et ardent, à reculer de 900 mètres.

 

L'artillerie.

 

Pendant ces luttes acharnées, nulle part, l'artillerie n'avait pu prêter à l'infanterie une aide efficace. Partout, les postes attaqués se sont plaint de n'avoir pu obtenir les barrages convenus, en dépit de leurs signaux et de leurs appels.

Ce fait est dû à la destruction des postes optiques et des fils téléphoniques ; à l'extrême lenteur des transmissions par coureurs à travers les tirs de barrage et à l'épaisse fumée qui couvrait tout le champ de bataille, rendant l'observation impossible.

 

 

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Artillerie de campagne.

 

L'attaque sur le bois de Consenvoye, déclenchée à 7h30, n'a été signalée qu'à 8 heures au commandant Roumeguère, commandant l'artillerie du sous-secteur Ouest.

Les trois batteries du 15e régiment, les 27e et 28e batteries du 41e, les canons de 90mm des batteries 1, 2, 3 et 4 ont exécuté immédiatement les barrages prescrits. Mais, à ce moment, les vagues d'assaut de l'ennemi avaient déjà pénétré dans les positions françaises.

 

Aucun renseignement n'arrivait et le colonel Uhlrich, commandant l'artillerie de la 72e division, en présence d'une situation extrêmement confuse, ne pouvait faire autre chose que prescrire à ses batteries de tirer sur la zone boisée, d'où était partie l'attaque et où les renforts allemands devaient se trouver encore, et de saisir au mieux toute occasion d'intervenir.

 

 

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L'action du groupement Gillier vers le bois des Caures a été très tardive, elle aussi, bien que le chef de ce groupement fût en liaison constante avec le colonel Vaulet. Sous le bombardement violent par obus à gaz, auquel ses batteries étaient soumises et qui leur causa des pertes sévères. sous la surveillance aussi des avions qui survolaient ses positions, le commandant était fort mal orienté.

 

A 5 heures du matin, nous l'avons vu préparer l'attaque de S'9 quand l'effort des chasseurs tendait à la reprise de S9. Erreur de transmission dont la responsabilité n'incombe, certes, à personne ! Encore ce tir valut-il au malheureux groupement, une recrudescence d'obus de gros calibre qui lui rendirent tous les mouvements fort pénibles.

 

 

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L'ordre avait été donné d'appuyer un nouvel effort de l'infanterie, pour 8 heures. Et à 8 heures, comme la fusillade crépitait devant S9, S'9 des Caures, tout le groupement déclencha un tir de barrage devant cette région... Il était trop tard ; les Allemands étaient déjà dans le bois.

 

A 9 heures, témoin des progrès rapides de l'ennemi dans la zone boisée, le colonel Uhlrich a songé aux mesures à prendre, à la fois pour mettre ses pièces à l'abri d'une surprise et pour protéger efficacement la position Samogneux - 344 (338), si le centre de résistance du bois de Consenvoye et le village d'Haumont venaient à succomber.

Avec l'assentiment du général Bapst, les dispositions suivantes sont prévues :

 

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1° — Le groupement Roumeguère, renforcé par une batterie de la 37e division d'Afrique placée à 1 000 m au sud de 344 (338) doit se tenir prêt à porter 1 groupe à l'extrémité orientale de la côte du Talou et 1 groupe sur les pentes occidentales de la côte du Poivre, entre la route de Vacherauville et le petit bois de la Fontaine-Saint-Martin. 2° - Le groupement Gillier, toutes ses batteries derrière la côte du Poivre, à l'est du bois de la Fontaine-Saint-Martin.

 

Au cours de ces mouvements, le groupement Roumeguère récupérera la 29e batterie du 41e régiment, prêtée au groupement Gillier, et ce dernier remplacera cette batterie par la batterie d'Afrique nouvellement arrivée.

 

Ail heures, la situation paraissait si trouble dans les bois qu'un commencement d'exécution fut ordonné et une batterie de chaque groupe reçut l'ordre d'aller s'installer sur l'emplacement assigné à son groupe en cas de repli. A partir de ce moment, il ne resta donc plus en position que deux batteries par groupe, sous l'avalanche des gros obus et, sous la surveillance vigilante des avions ennemis.

 

 

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Ces batteries trouvèrent pourtant des occasions d'intervenir dans la bataille.

A 14h30, ayant perçu un appel des chasseurs, le groupe Chappat (18e régiment) exécuta sur le bois des Caures un tir de barrage de 200 coups par pièce.

A 16h30, sur la demande du poste optique que le lieutenant Lugagne-Delpau avait réparé pour quelques instants, il en déclencha un autre, devant la ligne des R des Caures, qui ne fut pas sans favoriser grandement la résistance des dernières réserves de Driant.

 

A 18h30, un grave danger se révéla à droite : l'ennemi était dans le bois de Ville. Le groupement Gillier couvrit de mitraille le couloir séparant le bois de Ville du bois des Caures. Mais comme le groupe Chappat (18e), placé à l'extrême droite de la ligne, pouvait être compromis, les 22e et 23e batteries, unités d'extrême droite, furent portées sur la côte du Poivre, à contre-pente, d'où elles pouvaient d'ailleurs encore battre le bois de la Wavrille dans d'excellentes conditions.

 

 

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Ces mouvements difficiles s'exécutèrent sous des rafales continues d'obus de gros calibre. C'était déjà une gageure que de ravitailler les pièces au milieu de barrages invraisemblablement serrés. En particulier, la batterie Méric (21e) ne pouvait recevoir ses munitions que grâce à d'héroïques prouesses renouvelées. Le brigadier Cabri traversait la zone de mort au galop des chevaux terrifiés, et riait comme un fou quand personne dans son détachement n'avait été atteint. Le personnel des batteries Méric (21e), Ponties (22e) et de Reffye (23e), du groupe Chappat (18e régiment), de braves campagnards de la région de Toulouse, gais et alertes, fit preuve d'une remarquable endurance et d'un magnifique esprit de sacrifice.

 

Le soir de cette dure journée, au groupement Roumeguère, les 27e et 28e batteries du 41e régiment étaient réduites, la première à 3 pièces, la seconde à 1. Les 22e et 23e batteries du 15e régiment n'avaient plus chacune que 3 pièces.

Au groupement Gillier, la 25e batterie du 61e régiment n'existait plus, ses canons étant restés dans les batteries bl et b2 et la 21e batterie du 41e n'avait plus que deux pièces.

Au total, 11 pièces de 75mm de l'artillerie de la 72e division étaient hors de service.

 

 

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Outre ses missions de barrage devant les positions de l'infanterie, quelle ne pouvait remplir dans de meilleures conditions que l'artillerie de campagne, cette artillerie avait pour objectifs les localités et les croisements de route à l'arrière du front ennemi.

Nous ignorons les circonstances de son action de ce côté et le mal qu'elle a pu causer à l'ennemi. Nous savons cependant que le Kronprinz, commandant la Ve armée, venu au P.C. de Wittarville le 21 à 10 heures du matin, au moment où un gros obus français s'abattait auprès de son abri, fut jugé peu en sûreté dans ce lieu et renvoyé tout de suite à Stenay par son chef d'état major. C'est donc que l'artillerie lourde de la 72e division accomplissait son œuvre.

 

Toutefois, le changement porté dans l'organisation du commandement, au cours de la nuit du 21 au 22, paraît avoir produit des flottements et rendu particulièrement difficile une action déjà fort gênée par un bombardement dont la violence dépassait toutes les prévisions. Même, au début de l'après-midi, parmi un personnel désorienté, inquiet de voir notre infanterie se replier, soumis d'ailleurs à une rude épreuve physique et morale, des bruits de retraite circulèrent.

 

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A 14 heures, un commencement de repli s'effectua parce que l'ordre avait été donné, on ne sait par qui, aux batteries L, F, D et H de rallier Bras.

 

A 16 heures, en vertu d'ordres semblables, le personnel d'une batterie du groupe Dewals, qui n'avait plus de munitions, arrivait à Bras, et celui des batteries C et C3, dont trois pièces étaient hors de service, à Vacherauville. Le commandant Blanck, commandant l'artillerie lourde longue, prit des dispositions pour faire réarmer ces batteries.

 

A 17 heures, les bruits de retraite persistant, le commandant Gros envoyait à Souville le lieutenant Sebillotte, pour rendre au colonel Marin un compte détaillé des événements et lui demander des ordres. Il apprit alors à la fois que le colonel Marin avait été remplacé à la tête de l'artillerie lourde longue du corps d'armée par le colonel Wasser, et que ce dernier avait effectivement décidé le repli, derrière la crête de Belleville, de l'artillerie lourde longue opérant dans le secteur de la 72e division. Même, l'ordre du colonel Wasser concernait aussi le groupe des canons courts du commandant Dewals, laissé jusque-là sous l'autorité du général Bapst. Le P.C. du commandant Gros, commandant l'artillerie lourde, longue et courte, de la division, devait être transféré à l'abri n° 2 de Froideterre.

 

 

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Le commandant Gros donne en conséquence les ordres d'exécution : -Le commandant Blanck, commandant l'artillerie longue, désarmera ses batteries du 102e et ramènera les affûts-tracs du Talou. - Le capitaine Bâtisse désarmera les batteries A et B. - Des attelages venus de l'arsenal enlèveront les batteries C et C3 du groupe Neltner. - Les batteries D et E du groupe Lautraibecq seront enlevées par la 24e batterie du 102e et le lieutenant Naniez, commandant la batterie N2, désarmera sa batterie par ses propres moyens. - Les pièces seront rassemblées sur la route de Bras à Louvernont et les affûts-tracs vers la ferme de la Folie. - Le commandant Dewals désarmera ses batteries H, Hl et F par les moyens de son groupe.

 

L'exécution de ces ordres commence à la nuit tombante, sous une pluie d'obus, à travers un terrain bouleversé.

 

 

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Les préparatifs sur la position 344 (338) - Mormont.

 

Pendant toute la journée, dans sa batterie C, que secouaient les explosions, le colonel Vaulet n'avait eu aucun autre renseignement sur la lutte acharnée oui se déroulait dans les bois, due ceux portés par des blessés et par des isolés refluant de plus en plus nombreux.

A 10h30, le général Bapst l'avait avisé que la contre-attaque Bonviolle sur le bois d'Haumont, déjà reportée de 6 heures à 8 h 30, ne se déclencherait qu'à 17 heures.

 

A 14h30, le corps d'armée avait signalé le repli de la 51e division, à droite, et une menace de l'ennemi sur la trouée du cap de Bonne Espérance. Le général Chrétien prescrivait d'interdire à tout prix à l'ennemi, le débouché au sud du bois des Caures.

Il fallait donc sérieusement songer à occuper la ligne intermédiaire des C et la deuxième position. Le colonel disposait pour cela de quelques bataillons, mais le bombardement incessan l'empêchait de connaître leur situation exacte.

 

 

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Du bataillon Bertrand (2e), du 165e, appelé ce matin de 344 (338) à Anglemont, il n'avait aucune nouvelle. Il savait que le bataillon Maugras (3e), du 165e, tenait par les 10e et 12e compagnies, les ouvrages C4, C5, E5 et avait la 11e compagnie disponible à Mormont, où se trouvaient aussi la compagnie de mitrailleuses, la compagnie hors rang et le drapeau du régiment.

 

Le 365e était là tout entier : son bataillon Le Villain (5e) et deux compagnies du bataillon Savary (6e) devaient avoir remplacé le bataillon Bertrand aux ouvrages de la cote 344 (338) et les deux compagnies restantes du bataillon Savary étaient, sans doute, dans les abris à l'est de 1 ferme de Mormont.

 

 

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A 15 heures, il fallut faire une brèche dans ces effectifs. Les Caures demandaient instamment du secours. La 21e et la 24e compagnie du bataillon Savary furent acheminées, sous les rafales d'obus, vers le bois des Caures. En même temps, pour barrer la route de Ville, servir de repli aux chasseurs et couvrir l'artillerie, que la chute du bois des Caures mettrait en danger, le colonel poussait sur E5 les 22e et 23e compagnies, de ce même bataillon.

 

A 17 heures, aucun doute ne pouvant subsister sur la perte du bois des Caures, le colonel demandait deux bataillons de renfort à la division, pour être en mesure de contre-attaquer sans dégarnir ni la ligne intermédiaire, ni la deuxième position. Demande de renfort qui ne traduisai certes pas une dépression dans le moral du vieux soldat. Il ne savait rien de la marche du combat autrement que par des rapports de gens plus ou moins déprimés. Tous les coureurs qu'i essayait d'envoyer étaient fauchés par la mitraille, mais il comptait bien que chacun restait ferme à son poste. S'il demandait des renforts, c'était pour attaquer.

Même, le repli de l'artillerie qui abandonnait le mamelon 344 l'étonna fort et lui arracha une protestation « L'ennemi menacer 344 ? dit-il, mais cette position sera encore à nous demain ! )

 

 

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A 18 heures, un premier billet du capitaine Delaplace lui annonçait que les Allemands, débouchant d'Haumont, avaient enlevé l'ouvrage B.

 

A 18h30, le second, encore plus pressant, dont nous avons vu le départ d'Anglemont, disait qui la ferme était débordée aussi par le bois des Caures, et qu'elle allait succomber si elle n'était p< immédiatement secourue.

 

Mais à la même minute, les renforts demandés à 17 heures arrivaient. Le lieutenant-colonel de Pirey, commandant le 60e, se présentait à la batterie C, devançant un bataillon et la compagnie de mitrailleuses de son régiment.

 

 

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Avis était donné aussi qu'un bataillon du 2e zouaves, mis à la disposition de la 72e division,

allait venir à l'embranchement des chemins de Vacherauville et de Louvemont. On remettait en outre au colonel un billet du commandant Bertrand. Le chef du 2e bataillon du 165e expliquait par quel concours de circonstances il n'était pas allé à Anglemont le matin et comment il se trouvait encore disponible à la cote 344 (338), demandant des ordres.

Les moyens d'action, les voilà, à point nommé.

 

Les ordres sont immédiatement expédiés : - au lieutenant-colonel Bigot, commandant le 365e, de tenir Mormont et la ligne des C. E. avec les unités disponibles du bataillon Savary (6e) du 365e, et le bataillon Maugras (3e) du 165e ; d'occuper la cote 344 (338) par le bataillon Le Villain (5e) du 365e. Le repli des unités disloquées sera ainsi assuré et le front de la division garanti. - au lieutenant-colonel de Pirey, commandant le 60e, d'aller au bois

 

 

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Le Pays par la route de Ville, avec le bataillon Peyrotte (2e) et la compagnie de mitrailleuses de son régiment ; de grossir son détachement de tous les isolés qu'il rencontrera et de refouler l'ennemi dans le bois des Caures. - au commandant Bertrand, d'aller à Anglemont avec son bataillon (2e) du 165e, d'y prendre le commandement de ce qui reste du bataillon Delaplace (1er) du 165e et « d'agir au mieux », en empêchant, par des contre-attaques, l'ennemi de déboucher du bois des Caures.

 

Le détachement de Pirey occupe le bois Le Fays.

 

 

Le bataillon Peyrotte (2e) du 60e, arrive, vers 19 heures, à la batterie C. Il a mis près de deux heures à parcourir les 4 km qui séparent cette batterie du ravin, à 1500 m à l'est de Bras. Il a dû traverser des barrages serrés et il a subi des pertes.

 

 

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Le colonel Vaulet expose lui-même au commandant Peyrotte ce qu'il sait de la situation, qui est assez trouble. Aucun renseignement sur le terrain où l'on va combattre, en pleine nuit. Le commandant dispose d'un fragment de carte au l/80000e, qu'il a bien du mal à consulter dans l'obscurité, au milieu des éclairs et du fracas des explosions se succédant avec rapidité. D'ailleurs, il faut se hâter : il y a une route ; on va la suivre.

 

Les capitaines sont réunis en tête du bataillon. La compagnie Pertuis (6e) sera l'avant-garde, à cheval sur la route ; la compagnie Lambert (7e) marchera en échelon à droite ; la compagnie Colin (8e) en échelon à gauche ; la compagnie Boivin (5e) suivra, en réserve, sur la route.

 

 

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Objectif : le bois Le Fays. Axe de mouvement : la route.

 

La nuit est assez claire, les communications seront possibles. Quelques paroles de réconfort, et on part.

Le lieutenant-colonel de Pirey a approuvé ces dispositions. Il suivra la compagnie Boivin (5e) avec la compagnie de mitrailleuses Valbert. La section du sous-lieutenant Cartier (5e), un officier extrêmement énergique, restera à l'embranchement des chemins de Ville et de Louvemont, pour y arrêter les isolés non blessés et en former une unité que l'on emploiera plus tard. Un poste de secours est installé à 500 m environ du carrefour, dirigé par le Dr Ballet.

 

La marche est pénible ; la liaison difficile avec les unités détachées ; le terrain est très tourmenté et favorable aux surprises. La route, défoncée par les obus, suit d'abord un ravin vers le nnrH-pst surnlomhée à droite et à aanche nar des mamelons boisés. A la cote 240. elle se redresse vers le nord, longeant le versant occidental de la vallée qui s'élargit.

 

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Or, le bois Le Fays est justement sur ce versant occidental, n'empiétant que par quelques taillis sur le côté droit de la route. Une connaissance sommaire du terrain eût fait sentir la nécessité d'aborder le bois par la crête au nord de Mormont, c'est-à-dire par l'ouest. Mais du terrain et d< la disposition de l'objectif, personne n'avait aucune idée. On savait seulement que l'on marcha à l'ennemi et l'unique préoccupation qui demeurât, dans cette obscurité, était de ne point s'éloigner de la route, pour ne pas s'égarer.

 

A 20 heures, à 240, on se heurte aux 21e et 24e compagnies du 365e, arrêtées là, en halte gardée ; le lieutenant-colonel de Pirey en prend le commandement. Puis, avant d'aller plus loin il pousse des patrouilles en avant sur la route, et rend compte qu'il n'a pas encore rencontré l'ennemi.

 

 

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Le bataillon Bertrand (2e) du 165e, à Anglemont.

 

Le bataillon Bertrand (2e) du 165e, a abandonné, à 17 heures, au bataillon Le Villain (5e) du 365e, les tranchées bouleversées et remplies de cadavres de la cote 344. Il s'est glissé vers Anglemont, à l'abri des crêtes, par 314, ses unités à la file indienne, la compagnie Furioux (5e) en avant-garde.

 

Dans la demi-obscurité, les obus de gros calibres fouillaient méthodiquement tout ce terrain, de sorte que la marche fut lente, dans la boue épaisse résultant d'un mauvais temps récent et d'un bombardement de deux jours.

 

Il était 18h30 et la nuit était tombée quand le commandant Bertrand arriva à la ferme avec ses quatre commandants de compagnie, précédant le bataillon. Le capitaine Delaplace y attendait anxieusement des renforts.

 

 

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La ferme était encombrée de blessés que l'on ne pouvait ni soigner ni évacuer. On croyait l'ouvrage B abandonné, et l'ennemi était signalé, s'installant sur la crête à l'est d'Haumont, pressant l'ouvrage A, s'infiltrant entre A et B, de même qu'entre les R du bois des Caures. A l'instant même, un coureur hors d'haleine et les yeux égarés, venait rendre compte que l'ouvrage A était enlevé.

 

Sans chercher à en savoir davantage, le commandant ordonne immédiatement deux contre attaques l'une sur l'ouvrage A, l'autre sur la ligne des R. La compagnie Furioux (5e), appuyée par la section Béthencourt de la 2e compagnie, disponible à Anglemont, et par deux sections de mitrailleuses, attaquera l'ouvrage A.

 

 

 

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Un coureur envoyé vers B, où doit se trouver au moins une compagnie du bataillon Mazin (6e) du 324e, ira demander que cette compagnie participe à l'opération.

La compagnie Malapert (6e), se portera sur R4, chassera les groupes ennemis qui se seront infiltrés entre les ouvrages R3, R4 et R5 et établira des tranchées de soutien derrière les intervalles de ces ouvrages.

 

La compagnie Gabriel (8e), groupée au sud d'Anglemont, reçoit la mission de se relier aux chasseurs qui doivent occuper R3 et se tiendra prête à intervenir de ce côté. La compagnie Valette (7e) restera disponible dans les abris d'Anglemont.

Le capitaine Viennet installe les deux sections non employées de sa compagnie de mitrailleuse! l'une dans le boqueteau, à l'ouest d'Anglemont, l'autre à C5, pour flanquer la ligne des C qu'occupé le bataillon Maugras (3e) du 165e.

 

 

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La reprise de l'ouvrage A.

 

La tranchée tenaillée pour tireurs debout, que l'on appelait « l'ouvrage A » était construite à mi pente, à cheval sur la crête descendant du bois d'Haumont vers le sud-ouest, entre les ravins du bois d'Haumont et du bois des Caures. Son tracé était perpendiculaire à la direction du bois des Caures et elle était difficilement défendable contre une attaque venant de ce côté.

 

En outre, l'ennemi n'avait pas eu le temps de s'y installer, sous le feu de la batterie d de 90mm qui, un moment évacuée par son personnel, avait été réoccupée et se trouvait sous les ordres d'un sous-officier d'une magnifique énergie, l'adjudant Piérard.

La compagnie Furioux, précédée par la section Béthencourt à qui le capitaine Vauquelin, commandant la 2e compagnie, avait tenu à servir de guide, longea la lisière du bois des Caures jusque dans le ravin, d'où, sans hésiter, elle monta à l'assaut. Les Allemands n'attendirent pas le choc ; en hâte, ils se replièrent vers le bois.

 

 

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Il était 23h30 ; la nuit était claire, heureusement. Le capitaine Furioux plaça les sections Drouvrain et Richalot et une section de mitrailleuses dans l'ouvrage A et une section à contrepente entre cet ouvrage et la batterie d.

 

Lui-même s'installa avec deux sections et une section de mitrailleuses dans la batterie d, pour protéger les canons de l'adjudant Piérard qui battaient très efficacement le ravin du bois des Caures. Puis, il lança des patrouilles vers B, dont la garnison n'était pas intervenue et dont le sort était douteux.

 

Au total, à minuit, l'ennemi était contenu de ce côté, mais il demeurait menaçant. On l'entendai creuser des tranchées en avant de la lisière du bois d'Haumont, et dans l'épaisseur de ce grand masque noir, on le sentait prêt à bondir. Aucune liaison n'existait entre A et B.

 

 

 

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La ligne des R des Caures assurée.

 

La compagnie Malapert (6e) avait rempli sa mission, elle aussi, et assez facilement, semble-t-il, bien que nous ne possédions que des renseignements vagues sur cette opération.

Quand cette compagnie arriva dans le bois, elle trouva les R tenus par les éléments mélangés d< la compagnie Quaegebeur (10e) du 56e bataillon de chasseurs, des compagnies Guillon (lere), Vauquelin (2e) et Derome (3e) du 165e, que venait de renforcer, à R4, la 23e compagnie du 324e. Ses patrouilles donnèrent la chasse aux patrouilles allemandes qui s'étaient infiltrées dan; la partie sud du bois et vers minuit, des tranchées de soutien étaient construites dans les intervalles des ouvrages, derrière le réseau continu de fils de fer.

 

La 6e occupa ces tranchées, mais l'ennemi ne s'éloignait pas. Là aussi, il veillait, à proximité immédiate, faisant pleuvoir sur les nôtres des torpilles et des grenades.

T,e vénérai Ranst sollicite l'autorisation éventuelle d'évacuer Brabant.

 

 

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Dans ces heures critiques, où, pour faire face à une offensive dont la violence n'avait pas encore été égalée au cours de cette guerre, il aurait fallu une organisation appropriée et des moyens décuplés, le commandement de la 72e division était matériellement réduit à l'impuissance : téléphones détruits, postes optiques fonctionnant irrégulièrement dans la fumée, coureurs passant rarement à travers les tirs de barrage.

 

Par surcroît, le P.C. de Bras, où l'on était revenu depuis midi, était devenu bien inconfortable. On s'aperçut vite que tout y était désorganisé. Des cartes, des plans et des renseignements indispensables avaient été perdus et, au total, le travail y était à peu près impossible.

Des renforts sont arrivés, pourtant : les trois bataillons du 60e, les trois bataillons du 2e zouaves.

 

Du 60e, le bataillon Peyrotte (2e), mis à la disposition du colonel Vaulet, a été immédiatement envoyé vers le bois Le Pays. Le bataillon Falconnet (3e), mis à la disposition du colonel Parés, s'est groupé, à 14 heures, denière la cote 344 (338), prêt à tout événement, et le bataillon Duffet (1er), parti de Verdun à midi, est arrivé à 16 heures, dans la carrière située à 1800 m au nord-est de Bras, en même temps que le 2e zouaves se massait au sud de la côte du Poivre.

 

 

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Grâce à ces renforts, l'étreinte qui menaçait le secteur Vaulet va se desserrer pendant quelques heures et la défense de la deuxième position, Samogneux-344 (338) va être assurée.

 

Mais ce précieux résultat acquis, l'agonie d'Haumont, que tous les indices montrent devoir s'achever bientôt, et l'imminente menace qui pèse sur les R de Consenvoye, posent d'une manière aiguë le problème de Brabant.

 

Maître des R de Consenvoye, l'ennemi peut, se glissant à la faveur de la nuit dans le ravin au sud de la côte des Roches, gagner la route et le canal, ou tout au moins les prendre sous le feu de ses mitrailleuses et isoler le bataillon Le Hugeur dans ses retranchements inviolés.

Fatalement, ce bataillon sera acculé à la Meuse débordée. Éventualité envisagée depuis longtemps par le général Bapst, et escomptée, nous le savons, par le commandement allemand qui, pour la réaliser, avait assigné Samogneux pour objectif à la XlVe division de réserve.

 

 

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Or, la garnison de Brabant perdue pour la défense, Samogneux n'est plus tenable avec les ressources dont on dispose. Faut-il accepter cet aléa, ou bien, dès que les R de Consenvoye commenceront à céder, ne vaut-il pas mieux ramener sur Samogneux la garnison de Brabant, avant que toute retraite ne lui ait été coupée ?

 

A 17 heures, le capitaine Pujo part en automobile pour Souville. Il a mission d'exposer la situation au général commandant le 30e corps et de lui demander l'autorisation d'évacuer Brabant si les événements se précipitaient.

 

Le capitaine Pujo est à Souville à 17h30. Le général Chrétien le reçoit immédiatement, en présence du lieutenant-colonel Bergot, sous-chef de son état-major, et du commandant André, du G.Q.G. A la demande d'évacuation, le général oppose les ordres du G.Q.G., qui sont formels : tout abandon volontaire de terrain est interdit ; il engage la responsabilité et l'honneur de l'officier qui l'aura prescrit.

 

Pourtant, après deux heures de réflexion, le général n'interdit pas formellement le repli de la garnison de Brabant. Le général Bapst est sur les lieux ; il est mieux placé que personne pour juger de la conduite à tenir.

 

A 19h45, le capitaine Pujo quitte le P.C. du général commandant le corps d'armée sans avoir nn nrrlre ferme. Le général l'a congédié en lui disant due des instructions vont être envoyées au général commandant la 72e division.

 

 

 

 

à suivre....

 

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PS: beaucoup de photos sont inédites, certaines sont parfois dures aussi

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Super tes textes zygo. Il faut que j'arrive à rattraper mon retard car sa fait beaucoup à lire mais très intéressant.

Sinon ce soir il y a un reportage sur la grande guerre sur la 24

 

 

merci astra, prends ton temps, il reste au moins 5 postes pour le dernier sujet, j'espère les fournir tous pour dimanche soir au plus tard :jap:

 

c'est aussi le plus prenant que j'ai jamais fait :non:

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6 ème poste

 

 

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La situation, le 22 février, à minuit.

 

Le 22 février, à minuit, après deux terribles journées de lutte, la 72e division est hors d'état de continuer sa mission avec ses seuls moyens.

 

Des 56e et 59e bataillons de chasseurs, rien ne reste que la compagnie Quaegebeur (10e) du 56 qui tient dans R3 des Caures et quelques débris, 100 hommes peut-être, venus à Vacherauville ou au camp Flamme.

 

Du 165e, le bataillon Delaplace (1er) est décimé. Ses débris se battent, pêle-mêle avec le bataillon Bertrand (2e) et des unités du 324e sur le front B, A, R des Caures.

Le bataillon Maugras (3e) a perdu la compagnie Furioux (5e) et avec trois compagnies et une compagnie de mitrailleuses, tient Mormont et la ligne des C. E., depuis C3 jusqu'à C5.

 

Le 362e est détruit, enseveli dans les raines d'Haumont.

Le 351e et le bataillon du 44e territorial sont fortement éprouvés et très fatigués. Une large brèche a été faite dans leurs tranchées de Consenvoye et l'ennemi est devant les R de Brabant. Des blessés racontent même que tout un peloton de la 24e compagnie a disparu avec le capitaine commandant cette compagnie, et le fait n'est que trop exact.

 

 

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La compagnie Castelbou (25e), du 44e territorial, occupait par un peloton les tranchées de première ligne 9, 10, 11 et 12 (bis) de Brabant. A droite, l'ennemi progressait dans les organisations de la 22e compagnie territoriale qui avait cédé, le matin, et sous les torpilles qui l'écrasaient, la situation de ce peloton de première ligne était difficile.

 

A 15 heures, le sergent-fourrier Perrault, qui portait un ordre du commandant Le Hugeur, ne trouva pas le capitaine, et vit les tranchées vides de défenseurs. Elles ne contenaient plus que des équipements et des fusils, rangés contre le parapet.

 

Ordre fut donné au lieutenant Vaucheret, commandant le peloton restant de cette compagnie, à SI, de se porter en première ligne, et au lieutenant Pignin, commandant la 19e compagnie du 351e, installée dans le boyau Samogneux Haumont, de placer un peloton dans SI. A 18 heures, ces ordres étaient exécutés et la ligne était rétablie.

 

Le commandant Le Hugeur est donc dans le centre de résistance intact de Brabant, avec les quatre compagnies de son bataillon (5e) du 351e et un peloton de la 25e compagnie du 44e territorial. A sa droite, face aux raines d'Haumont, occupées par l'ennemi, le capitaine Aunis a groupé dans les R de Consenvoye, les débris du bataillon Délos (6e) du 351e et des 22e et 23e compagnies du 44e territorial.

 

 

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De sorte qu'à Samogneux, dont l'ennemi approchait, le lieutenant-colonel Bernard n'avait plus, appartenant à la 72e division, que la 22e compagnie du 351e et, en détachements divers, la valeur de deux compagnies du 44e territorial, quand le bataillon Goachet (6e) du 324e, vint l'appuyer de ses quatre compagnies et de sa section de mitrailleuses.

 

Une demi-compagnie de chasseurs, deux bataillons et demi du 165e, un bataillon et demi du 351e, avec deux compagnies et demie du 44e territorial, voilà, en somme, tout ce qui restait, le 22 au soir, des unités de la 72e division engagées depuis le 21 au matin.

Depuis lors, heureusement, toute la 107e brigade est intervenue et aussi un régiment actif, le 60e, ce dernier appartenant à la 14e division.

 

Du 324e, le bataillon Goachet (6e) arrive intact à Samogneux. Le bataillon Mazin (5e), garde par trois compagnies les pentes du ravin d'Haumont, depuis l'ouvrage B jusqu'à l'ouvrage C3 et la quatrième, égarée, appuie la défense de R4, dans le bois des Caures.

 

 

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Le 365e a le bataillon Le Villain (6e) dans les ouvrages de 344 (338), et le bataillon Savary (5e) réparti entre Mormont et le bois Le Pays, où deux de ses compagnies accompagnent le détachement de Pirey.

 

Du 60e, le bataillon Peyrotte (2e) est dans le bois Le Pays, et le bataillon Falconnet (3e) s'est installé à 15 heures sur le mamelon 344 (338) à côté du bataillon Le Villain.

 

Sur la hauteur 344, où la délimitation des secteurs Parés et Vaulet n'était pas nettement établie, il y a eu un engorgement d'effectifs, surtout jusqu'au départ du bataillon Bertrand pour Anglemont. Il y a eu des pertes aussi, en dépit des précautions prises, et à minuit 15 seulement, le général Bapst averti de cette situation, prescrira au colonel Vaulet de répartir leur tâche aux deux bataillons massés sur ce point culminant que balayent les projectiles.

 

Au bataillon Falconnet seront alors assignés les ouvrages à l'ouest, y compris ceux du sommet ; au bataillon Le Villain, les tranchées Est et l'ouvrage 300, à contre-pente en arrière, travaux bouleversés, d'ailleurs, par le bombardement et dont les fils de fer constitueront la principale défense au moment d'une crise.

 

 

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Depuis 16 heures, le bataillon Duffet (1er) du 60e est à pied d'oeuvre, lui aussi. Il est bivouaqué au sud de la côte du Poivre, en plein champ, et va passer là une nuit terrible, dans la neige et sous les obus.

 

Enfin, le général commandant le 30e corps a rapproché d'autres éléments du front si gravement menacé. Il a pris à la 37e division les trois bataillons du 2e zouaves qui, depuis 14h30, sont dans le ravin au sud de la côte du Poivre, prêts à agir. Même, à 19 heures, le bataillon André (11e) de ce régiment, a été mis à la disposition du général Bapst pour couvrir le flanc droit de la 72e division, que l'ennemi menace par le Cap de Bonne-Espérance. Vers 21 heures, ce bataillon est installé à cheval sur la route de Vacherauville, dans le ravin, à hauteur de Louvemont. Sa mission est de contre-attaquer toute poussée allemande dirigée contre la position Samogneux 344 (338).

 

L'artillerie de campagne, après avoir replié une batterie par groupe, est demeurée en action. A minuit, nous la trouvons ainsi disposée :

o du groupement Roumeguère,

la 27e batterie du 41e (3 pièces) à 344 ; la lere batterie du 2e régiment d'Afrique (4 pièces) à contre-pente de 344 ; la 28e batterie du 41e (1 pièce) sur les pentes ouest de la côte du Poivre ; la 21e batterie (4 pièces), la 22e (3 pièces) et la 23e (3 pièces) du 15e, aux Côtelettes ; les batteries 1 et 2 de 90mm à la côte de l'Oie ; les batteries 3, 4 et C de 90mm vers Charny ;du groupement Gillier,

 

 

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les 24e et 26e batteries du 61e, chacune à 4 pièces, près de Mormont ; la 29e du 61e (2 pièces) à 344; les 21e et 22e du 18e, chacune à 4 pièces, repliées en crochet défensif à contre-pente de la côte du Poivre ; la 23e, aussi à 4 pièces, sur la côte du Poivre, près de Louvemont.

 

Rappelons que la batterie d (6 pièces) de l'adjudant Piérard est toujours en action face à la coulée du ravin du bois des Caures, à 300 mètres de l'ennemi.

 

 

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Quant à l'artillerie lourde, elle est en plein mouvement de repli, mais depuis midi, sur l'ordre du général commandant le 30e corps, toute l'artillerie en position sur la côte de l'Oie s'était mise à la disposition de la 72e division, pour participer à la défense de Brabant et de Consenvoye.

Les ordres du général Chrétien pour la nuit du 22 au 23.

A 22 heures, après avoir congédié le capitaine Pujo, le général commandant le 30e corps a rédigé l'ordre général n° 14 pour la journée du 23.

 

Voici cet ordre, in extenso. Il éclaire l'ensemble de la situation sur tout le front du corps d'armée.

 

 

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30e Corps d'Armée - P.C., le 22 février 1916 (22 heures) - État Major Ordre général n° 14. 3e Bureau

 

I. L'ennemi a continué toute la journée de violentes attaques contre nos positions. Nos troupes avancées se sont maintenues dans Brabant, sur la ligne à contre-pente d'Anglemont, la Wavrille, PHerbebois. En Woëvre, l'ennemi a dirigé contre nos positions des Hautes-Charrières et de Fromezey, un feu d'artillerie extrêmement intense. Partout, nos troupes ont soutenu l'effort de l'ennemi avec vaillance.

 

II. La mission du 30e C. A. est de maintenir à tout prix ses positions dans la journée de demain. La conservation de ces positions est indispensable à la résistance sur la rive droite de la Meuse. A cet effet, les généraux de division organiseront leurs troupes et leurs sous-secteurs dès les premières heures de la nuit. Les éléments épuisés ou désorganisés seront, s'il y a lieu, ramenés vers l'arrière, où ils seront remis en état de combattre. L'état-major de la 102e brigade et le 273e tout entier sont mis à la disposition de M. le général commandant la 51e division. Le bataillon qui était demeuré jusqu'à présent à la disposition du général commandant le 30e corps d'armée stationne dans le ravin de la Fontaine d'Haudremont.

 

III. Cette nuit, les positions seront réorganisées, tranchées refaites, fils de fer placés. La plus grande vigilance sera exercée. Les généraux commandant les 51e et 72e divisions établiront une solide liaison à l'ouest de Beaumont. La garde de la route de Vacherauville incombe à la 72e division qui doit maintenir dans le ravin une troupe de contre-attaque pour parer à toute poussée ennemie.

 

IV. L'artillerie poussera ses ravitaillements, afin d'être abondamment pourvue au point du jour. Les ordres relatifs au repliement des batteries avancées ont fait l'objet de deux ordres particuliers. Les batteries seront prêtes à appuyer l'infanterie à tout instant en cas d'attaque de nuit.

 

V. - Réserves de corps d'armée. Seront en position à 6 heures du matin aux points suivants : 208e (1 bataillon), ravin ouest de Bezonvaux (même mode de liaison téléphonique que le 22 février) ; 60e (1 bataillon), au nord-est de Bras, à la carrière sud de la côte du Poivre (même mode de liaison téléphonique que le 22 février) ; 35e (état-major et 2 bataillons), ravin sud de la Fontaine d'Haudremont suivi par le chemin de Bras à Douaumont (un officier de liaison avec estafette au téléphone de Fleury) ; 37e division : état-major de la 73e brigade, à Louvemont. 2e zouaves (état-major et 2 bataillons) ravin de la lisière nord du bois des Fosses. 2e tirailleurs : 2 bataillons, revers sud de la côte du Poivre ; 2 bataillons, ravin à l'ouest de Louvemont. Liaison : le commandant de la 73e brigade aura un officier de liaison au poste téléphonique de Louvemont et un officier monté de sa brigade au P. C. du général commandant le 30e C. A. 74e brigade d'Algérie : l'état-major de la brigade et le 3e tirailleurs quitteront Houdainville à 5h45 et se porteront par le fort de Belrupt, la côte Saint-Michel, dans le ravin de la ferme Thiaumont, 1500 m nord de Fleury-devant-Douaumont. Le 3e zouaves quittera Ancemont et Dieue à 5h45 et se portera par la rive droite de la Meuse, par le même itinéraire que ci-dessus, à l'ouest de Fleury-devant-Douaumont. Liaison : le général commandant la 74e brigade enverra un officier au P. C. de Souville. P. C. du général commandant la 37e division, à Bras, à partir de 8 heures. Le général enverra un officier d'état-major à Souville. Le Général commandant le 30e

 

C. A. Chrétien.

 

 

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Cet ordre, dans sa forme impersonnelle et froide, ne traduit pas les préoccupations du commandement ; il ne laisse rien deviner du tragique de la situation. Pourtant, l'ordre avait été donné, à 22h35, par le général Herr, commandant la R. F. V., de faire exécuter le chargement des dispositifs de mines de l'écluse de Champ, du pont de Vacherauville sur le canal, et de la passerelle de Champ-Didot.

Si l'ennemi atteignait la position 344 (338) il faudrait faire sauter ces ouvrages.

 

Le général Bapst prend la responsabilité de l'évacuation de Brabant.

 

A 17h30, le général Bapst recevait cette communication du colonel Parés : Haumont détruit. Le régiment du lieutenant-colonel Bonviolle décimé. Le lieutenant-colonel a pu rentrer de sa personne à Samogneux avec 4 ou 5 officiers et une douzaine d'hommes. Situation inquiétante pour Consenvoye et Brabant.

Donc, les Allemands sont à Haumont. Depuis quelle heure ? Le général n'en sait rien. Les R de Consenvoye tiennent-ils encore ? Il ne le sait pas davantage. A tout instant, il faut s'attendre à voir des fractions ennemies se glisser dans les ravins et venir couper la route de Brabant.

 

L'ordre d'évacuer Brabant indéfendable dans ces conditions, il le donnerait bien tout de suite, pour arracher à l'ennemi les quelques centaines d'hommes qui s'y trouvent et dont on aura besoin demain à Samogneux, mais le G. Q. G. est formel « Pas une position ne doit être abandonnée volontairement à l'ennemi ».

 

Plusieurs heures s'écoulent, heures mortelles d'incertitude et d'angoisse. Rien du front ; rien de l'arrière. Le capitaine Pujo tarde à revenir de Souville. Et le bombardement continue, effrayant de violence, sans arrêt, sans la moindre accalmie, nivelant le terrain et le retournant, empêchant toute manœuvre, toute communication.

 

 

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A minuit 30, un ordre du général Herr : il faut détruire les passages de la Meuse en cas d'avance de l'ennemi. Cet ordre est transmis au colonel Parés.

A minuit 45, voici enfin Pujo, et sans doute des ordres. Pas encore. Cependant, si ce n'est pas l'autorisation formelle sollicitée d'évacuer Brabant, il semble que ce soit la carte blanche ; le général est libre d'agir suivant les circonstances.

 

Il n'en demande pas davantage. Il n'a jamais craint les responsabilités et ici, à son sens, une hésitation pourrait avoir de funestes conséquences. Brabant enlevé ou enveloppé, la défense de Samogneux ne sera plus assurée que par des effectifs insuffisants, chez lesquels, surtout au 324e et au 44e territorial, des signes non équivoques de dépression se sont déjà manifestés.

L'ordre suivant est immédiatement adressé au colonel Parés : En raison de l'avance des Allemands sur Haumont, le 351e évacuera Brabant et se retirera par échelons en arrière de Samogneux qui devra être tenu et défendu à outrance, ainsi que la ligne intermédiaire des C. E. Le colonel commandant la 143e brigade fera prendre toutes les dispositions pour que ce mouvement de repli s'exécute dans le plus grand ordre.

 

En communiquant cet ordre au lieutenant-colonel Bernard, à Samogneux, le colonel Parés ajoutait ces instructions : Vous conserverez à votre disposition, pour la défense de Samogneux et des ouvrages fixés par le général, ce qui reste du 324e (3 compagnies), 4 compagnies des troupes placées sous vos ordres (351e et 44e territorial), la compagnie de mitrailleuses du 324e. Le reste de vos troupes ira cantonner à Champneuville. Toutefois, si vous jugiez que les troupes laissées à votre disposition sont insuffisantes, je vous autorise à faire le prélèvement qui paraîtra indispensable sur les troupes allant au repos à Champneuville. Vous rendrez compte.

 

 

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Le commandant Le Hugeur évacue Brabant.

 

Un coureur remettait, à 4h45, au commandant Le Hugeur l'ordre du lieutenant-colonel Bernard de replier la garnison de Brabant.

Le commandant prescrit à ses unités de première ligne, les 17e et 20e compagnies du 351e et le peloton Vaucheret, de la 25e compagnie territoriale, de partir pour Champneuville.

Les 18e et 19e compagnies du 351e, garnison des lignes des R de Brabant et des S de Consenvoye, ainsi que les unités appartenant aux bataillons Maignenot et Delos, resteront en position jusqu'à ce que les unités précédentes se soient écoulées ; après quoi, elles suivront le mouvement.

 

Nous avons dit qu'une vaste nappe d'eau recouvrait la région entre Brabant et Samogneux, au milieu de laquelle deux passages praticables émergeaient seuls : la route et le chemin de halage du canal. Il faisait nuit, mais de puissants projecteurs de l'ennemi éclairaient ces deux rubans comme en plein jour et dans les observatoires du bois de Forges, les Allemands veillaient, prêts à signaler à l'artillerie les points parfaitement repérés où nos colonnes apparaîtraient. Le canal, qui courait un peu en contre-bas, semblait moins visible que la route, bien que repéré et battu, lui aussi. Le commandant décida de choisir le canal comme itinéraire.

 

 

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Le hasard le servit ; il en est d'extraordinaires à la guerre.

 

A 5h30, au moment précis où le mouvement commençait, un brouillard épais enveloppa subitement la région, qui disparut dans une violente tourmente de neige. Cette tourmente ne dura que le temps du passage de nos soldats, lequel s'effectua ainsi sans pertes appréciables, bien que l'artillerie ennemie n'eût pas cessé un instant de tirer.

Les préparatifs de défense sur la ligne Samogneux-344 (338).

 

Sous l'effroyable bombardement qui réduit Samogneux en cendres, le lieutenant-colonel Bernard organise la défense de la localité, répartissant leur mission aux commandants des sept compagnies d'infanterie et de la compagnie de mitrailleuses dont il dispose. On se hâte, car les minutes sont précieuses.

 

La compagnie Garavel (22e), du 351e, va, par le boyau bouleversé du ravin de Samogneux, relever la compagnie Lefèvre (22e), du 44e territorial, dans les ouvrages Cl, C2, où se trouve aussi un peloton de la compagnie de mitrailleuses de brigade, avec le lieutenant Boyer.

 

 

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La 19e compagnie du 324e suit la compagnie Garavel dans le boyau du ravin de Samogneux. Elle doit s'installer face à Brabant dans la partie de ce boyau, organisée en tranchée, qui se trouve entre Samogneux et l'ouvrage C2.

Dans les explosions, au milieu des maisons incendiées qui s'écroulent, la 20e compagnie du 324e éparpille un peloton le long de la lisière nord de Samogneux ; l'autre peloton de cette unit se hâte vers les tranchées du Pont-Détruit.

 

La 17e compagnie du 324e est répartie par groupes, face au nord-est, dans les ouvrages reliant Samogneux à la cote 344 (338), sa droite au calvaire, sa gauche à l'église.

Les 18e et 19e compagnies du 351e et la 18e compagnie du 324e, gardées en réserve, ont disparu, entassées dans les vastes abris qui longent la route. Elles auront du mal à en sortir, si l'ennemi peut se glisser jusqu'aux abords de Samogneux sans être éventé.

 

 

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Une section de mitrailleuses s'est placée à la lisière nord du village, entre les 17e et 20e compagnies, surveillant le ravin de Samogneux ; une section est à la ferme du Frêne, au milieu de la 17e, prête à arroser les crêtes ; une section, d'abord gardée en réserve dans le village, trouve une excellente position au Pont-Détruit, d'où elle prend d'enfilade le canal sur près de 1 km. Il y avait une batterie, dite batterie a, devant Samogneux, qu'armaient deux pièces de 75mm, de la 25e batterie du 6e régiment. Il ne faut plus compter sur elle ; elle a été détruite par le bombardement.

 

On est mal soudé aux organisations voisines. Par le brouillard ou dans la nuit, l'ennemi peut facilement s'infiltrer dans l'intervalle de 500 m qui sépare C2 de C3, où est la gauche du bataillon Maugras (3e), du 165e.

Il peut se glisser de même dans l'intervalle de 800 m séparant C2 de l'ouvrage B. Le commandant Mazin, commandant le 6e bataillon du 324e, qui est dans l'ouvrage B, a bien place ses 22e et 24e compagnies en retrait entre B et C2, dans le ravin du bois d'Haumont, mais il n'est guère possible de faire grand fonds sur cette liaison : le lieutenant Boyer, au cours d'une reconnaissance, a rencontré par hasard ces deux compagnies entassées dans le fond du ravin, ne sachant ni où elles étaient, ni quelle était la nature de leur mission. Sur la demande du lieutenant Boyer. une section de ce groupe sera pourtant rapprochée de C2 et, de ce côté, vaille que vaille, un semblant de liaison existera.

 

 

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On sait, à Samogneux, que le bataillon Falconnet (3e) du 60e, tient le mamelon 344, mais on n'est pas relié à lui, bien que sa 12e compagnie occupe les ouvrages à mi-distance entre 344 et le calvaire de Samogneux, à environ 400 m du calvaire. Toutefois, si une ruée déferlait de ce côté, le gros du bataillon Falconnet, qui est dans le ravin de la Cage, pourrait intervenir.

La situation était celle-là, le 23 février à 7 heures du matin, dans le petit jour blafard, quand le bombardement, qui avait un peu faibli depuis 3 heures du matin, redoubla de violence, indiquant à nos soldats, non encore ravitaillés et épuisés par la fatigue et par le manque de sommeil, qu'ils allaient devoir résister à une nouvelle attaque.

Dans Se sous-secteur Est.

 

 

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a) Vers Anglemont,

 

Là aussi, c'est une nuit atroce d'attente et d'alertes. Tenaces, les Allemands travaillent activement à consolider les positions qu'ils ont conquises ; on entend le bruit sourd des pioches, le grincement des pelles, le choc sec des maillets, tandis qu'à la faveur de l'obscurité, des patrouilles se glissent dans nos tranchées bouleversées. C'est le 159e régiment qui, maître d'Haumont, pousse des antennes à l'ouest dans le ravin de Samogneux ; à l'est sur la crête 307 ; s'infiltre entre B et C2. De son côté, le 39e régiment, maître du bois d'Haumont, a poussé les grenadiers de son 2e bataillon jusqu'aux réseaux de fils de fer de A et de B, tandis que son 1er bataillon organise la lisière sud-est du bois, face au bois des Caures.

 

Dans ce bois, le XVIIIe corps, un peu étourdi par le rude accueil des chasseurs, s'attarde. Il a essayé de l'infiltration entre les ouvrages de la ligne des R ; il n'attaque ni vers Anglemont, ni vers le bois Le Pays.

De notre côté, les unités du bataillon Bertrand (2e), du 165e, et la 23e compagnie du 324e sont venues étayer, dans les tranchées bouleversées et derrière les réseaux de fils de fer à moitié détruits et encombrés de cadavres, les pauvres débris du bataillon Deîaplace (1er), du 165e, qui se battent depuis deux jours et deux nuits, éparpillés sur un front de 1200 m et qu'il a été impossible de regrouper. Les hommes ont été ravitaillés par les boîtes de conserve des nouveaux venus, mais le mélange des sections est complet et, autant que possible, les officiers se sont partagé le commandement de la ligne.

 

 

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Heureusement, le bombardement par gros calibres n'est qu'intermittent ici, à cause de la proximité immédiate de l'ennemi et de l'indécision du tracé du front, mais les grenades et les torpilles causent des pertes sensibles et imposent aux nerfs une tension épuisante. Puis, des ombres furtives ne cessent de se glisser entre les arbres, devant, derrière, partout. Ce sont, pour nos soldats recrus de fatigue et obligés de rester, à moitié assoupis, le doigt sur la détente, les yeux grand ouverts dans la nuit, des hallucinations, des fantômes que l'obscurité grossit et protège.

 

A Ih1O, le capitaine Guyon a rendu compte qu'il était débordé dans R4 ; le lieutenant Derome, qu'il était entouré dans R6. A 5 heures, le commandant Mazin dit qu'il est débordé à gauche. Il a dû, vers 4 heures, sous la menace d'un assaut imminent, appeler à lui ses 22e et 24e compagnies qui étaient dans le ravin d'Haumont, et maintenant, une seule section assure sa liaison avec C2.

 

La compagnie Furioux (5e), du 165e, fait bonne garde dans l'ouvrage A dont l'ennemi essaie d'entamer les fils de fer à la cisaille. Dans la batterie d, l'adjudant Piérard réunit ses derniers obus de 90mm pour la lutte suprême.

La ferme d'Anglemont, où le commandant Bertrand s'est installé, est encombrée par 250 blessés. Le médecin-major de 2e classe Durieux, aidé du médecin auxiliaire Gauquelin, fait l'impossible pour soulager ces malheureux, avec un magnifique dévouement, mais les moyens les plus élémentaires lui manquent et on ne peut songer, sous les tirs de barrage, à évacuer les blessés incapables de marcher. Les brancardiers, trop peu nombreux, ne suffisent même plus à relever les camarades qui tombent ou qui gisent dans les fourrés où le froid, qui est très vif, les achève ; encore les pertes sont-elles sensibles parmi eux.

 

 

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b) Dans le bois Le Fays.

 

Au compte rendu du lieutenant-colonel de Pirey, qui, arrivé à la cote 240, disait n'avoir pas encore rencontré d'ennemi, le colonel Vaulet répondait, à 21hlO : // n 'est pas étonnant que vous n 'ayez rien rencontré à 240. Mais poussez, poussez sur la route de Ville et rejetez sur les Coures l'ennemi qui est encore faible dans cette région. Un bataillon du 2e zouaves va venir à 240. Beaumont est tenu par le 208e. Le bataillon de zouaves ne s'engagera que sur mon ordre.

 

La compagnie Pertuis (6e) suivant la route, longe donc la lisière est du bois Le Fays et pousse sur Joli-Cœur. Quelques coups de fusil éclatent, mais ce ne sont que des patrouilles qui poursuivaient les derniers débris des chasseurs. Elles se retirent.

 

Dans la vallée, à droite, la compagnie Lambert (7e) progresse facilement, aucun obstacle ne s'opposant à sa marche. Au contraire, à gauche, la compagnie Colin (8e), après avoir franchi une crête boisée et être descendue dans un ravin escarpé où le cheminement est difficile à travers les ronces, se heurte à la lisière du bois Le Fays. Des coups de fusil l'y accueillent, qui, heureusement, ne causent aucune perte. Cette compagnie, vigoureusement conduite, aborde la lisière faiblement occupée et s'enfonce dans des taillis sous futaies, où des arbres renversés par les gros obus rendent la marche fort difficile.

 

 

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L'ennemi ne tenait pas. Les éclaireurs de la compagnie Colin gagnent la lisière nord du bois Le Fays, séparée de ce qu'on suppose, dans l'obscurité, être le bois des Caures, par une clairière, large, en moyenne, d'une centaine de mètres. Des patrouilles sont poussées dans ce bois, au contact immédiat d'un ennemi dont il est impossible d'apprécier la force.

Les éclaireurs de la compagnie Pertuis (6e) sont arrêtés, eux aussi, vers la ferme Joli-Cœur.

 

L'objectif assigné était atteint, puisqu'on tenait le bois Le Fays. Un dispositif d'attente est pris : la compagnie Pertuis (6e), face à Joli-Cœur ; la compagnie Lambert (7e), face à Beaumont, reliée à ce village par des patrouilles ; la compagnie Colin (8e), renforcée par une section de mitrailleuses, à la lisière nord du bois Le Fays, envoyant des patrouilles vers Anglemont, pour chercher la liaison avec les nôtres de ce côté.

A 2 heures du matin, le bombardement cessa. C'était la première accalmie depuis dix-neuf heures. Les nerfs douloureux se détendirent et, malgré la présence immédiate de l'ennemi, dans la nuit glacée, on dormit.

 

 

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Un chasseur cherchait le colonel. Il lui remit un billet, daté de 16 heures, qui était un appel suprême. RI et R2 étaient perdus ; Driant demandait des renforts...

Des renforts, à quoi bon maintenant ? Il est bien trop clair que l'heure est passée ! Un grand silence de mort plane sur le bois des Caures, et le ravin descendant du bois vers Beaumont est jonché de cadavres de chasseurs. A tout hasard, une patrouille est envoyée par Joli-Cœur vers R2, avec l'ordre de pousser le plus loin possible. Elle n'est pas revenue.

 

Préparatifs de contre-attaque contre le bois des Caures pour 6 heures.

 

Cette situation particulièrement dangereuse de toute sa ligne, en présence des effectifs considérables de l'ennemi, le colonel Vaulet la soupçonne, mais ne la connaît que vaguement. Il prescrit donc de bousculer les travailleurs allemands, de veiller aux liaisons.

 

 

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Aidé par le capitaine de Franqueville, de l'état-major de la division, auprès de lui depuis la veille au soir, il fait venir de Vacherauville et pousse de son mieux vers Anglemont vivres, outils, cartouches et grenades.

A minuit 45, un renseignement, daté de 22h40, lui parvient du général Rogerie, commandant la brigade de gauche de la 51e division. Les Allemands seraient maîtres du bois de Ville, dont ils occuperaient la lisière sud, face à Beaumont et au bois de la Wavrille. La brigade Rogerie tient Beaumont par trois compagnies d'infanterie, une compagnie du génie et des mitrailleuses. Le général a donné des ordres pour que la liaison soit maintenue avec la brigade Vaulet sur la route Vacherauville-Ville.

 

Donc, la droite du dispositif est appuyée et le colonel Vaulet peut songer à rejeter l'ennemi de la partie sud du bois des Caures. L'ordre en est donné à 2 heures au commandant Bertrand et au lieutenant-colonel de Pirey.

Avec toutes les forces dont il dispose à la ferme d'Anglemont (débris de la 4e compagnie, 7e et 8e compagnies du 165e, une section de mitrailleuses), le commandant Bertrand poussera dans le bois, en direction de R3.

Avec le bataillon Peyrotte (2e), du 60e, les deux compagnies du 365e, jointes à son détachement et sa compagnie de mitrailleuses, le lieutenant-colonel de Pirey prendra le même objectif en partant du bois Le Pays.

 

Cette attaque combinée doit se déclencher à 6 heures.

 

 

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Le général Bapst demande à transporter son P. C. sur la côte de Froideterre.

 

Pendant ce temps, à Bras, dans son installation fort peu confortable, le général Bapst ne savait rien de précis, lui non plus, sur la situation.

Au milieu de la nuit, un gros obus vint rendre son P. C. définitivement inhabitable. Le dépôt des artifices et des grenades du génie avait été établi à la lisière nord de la localité. Verdun étant un secteur calme, l'imprudence de cette mesure n'avait pas été remarquée.

 

Or, cette lisière, repérée par l'artillerie allemande, était en butte à tous les coups. Vers Ih30, le dépôt sautait avec fracas, détruisant de nombreuses maisons et aussi tout ce qui restait des communications téléphoniques. Sous les rafales des gros projectiles qui, encore une fois, avaient atteint une intensité inouïe, aucune réparation, même sommaire, n'était possible, et le commandement n'avait plus aucun moyen de s'exercer. A 2 heures, le général Bapst demandait donc l'autorisation de transférer son P. C. dans l'abri de Froideterre et d'installer son état-major à Belleville.

 

La réponse du général Chrétien se fit attendre jusqu'à 6h30. Le général commandant le 30e corps, estimant que le P. C. de Froideterre ne répondait pas aux exigences de la situation, en raison de la difficulté de ses communications, prescrivait d'installer d'urgence le P. C. de la 72e division au nord-est de Bras, sur les pentes méridionales de la côte du Poivre.

 

 

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Le général Chrétien donne l'ordre de réoccuper Brabant.

 

Le message du général Bapst, annonçant que l'ordre avait été donné d'évacuer Brabant, parvint à Souville à 3 heures du matin. Il paraît avoir surpris le général commandant le 30e corps.

Tous les efforts avaient été faits pour étayer la ligne et conserver Brabant. De la rive gauche de la Meuse, l'artillerie de la côte de l'Oie devait participer à la défense ; de puissants renforts avaient été acheminés vers cette région...

 

En outre, le général estimait que si les Allemands, maîtres d'Haumont, menaçaient les derrières des défenseurs de Brabant, ceux-ci, de leur côté, pouvaient menacer les derrières des colonnes ennemies débouchant d'Haumont vers le sud. Enfin, l'ordre du haut commandement était formel et le commandant André, du G. Q. G., qui avait entendu la demande du capitaine Pujo, n'avait pu que le rappeler : il ne fallait pas céder volontairement à l'ennemi un seul pouce de terrain.

 

Pourtant le général Bapst savait tout cela et lui qui, connaissant mieux que personne ses moyens et ceux de l'ennemi, avait osé prendre une initiative dont il n'ignorait pas la portée, était difficilement désavouable sans plus sérieuse enquête. Trois heures et demie durant, le général Chrétien hésita.

 

 

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Enfin, à 6h35, la volonté de se conformer, coûte que coûte, aux instructions du G. Q. G. l'emporta et comme le jour commençait à poindre, il adressa l'ordre suivant au général Bapst :

La position de Brabant n'aurait pas dû être évacuée sans en référer au commandement supérieur. Il a été constamment rendu compte, durant ces deux derniers jours, que Brabant n'était pas attaqué. Le général commandant la 72e division prendra ses mesures pour réoccuper Brabant.

 

Puis par téléphone, à 7h20, atténuant ce que son ordre pouvait avoir de trop péremptoire, il recommandait au général Bapst de ne pas consacrer trop de monde à cette opération.

Du reste, à 8h50, le général Herr, averti, approuvait entièrement la décision prise de réoccuper le terrain abandonné. S'en tenant, lui aussi, aux ordres du G. Q. G., le commandant de la R. F. V. prescrivait de se réinstaller au plus vite à Brabant. Il suggérait seulement de ne consacrer à la réoccupation de ce point d'appui que des effectifs très faibles et même d'attendre la nuit suivante pour l'exécuter, si on ne pouvait pas la tenter pendant le jour.

 

Le général Bapst n'avait pas encore été informé de l'évacuation de Brabant, quand il reçut l'ordre du général Chrétien. Sans perdre une minute, il expédia un courrier au colonel Parés, lui prescrivant de ne pas abandonner la localité, ou de la réoccuper, si l'abandon en était consommé. Dans ce dernier cas, il prescrivait d'opérer par surprise, en fin de journée, au besoin, avec des troupes fraîches et après un bombardement préparatoire.

L'artillerie à 7 heures du matin.

 

 

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Artillerie de campagne.

 

Le commandant Roumeguère, commandant le groupement d'artillerie de campagne du soussecteur Parés, fut avisé vers 6 heures de l'abandon de Brabant. Cette circonstance mettait en première ligne Samogneux et la ligne des C E, de sorte que les batteries de 344 et des Côtelettes n'allaient plus être en mesure de couvrir les nouvelles positions de l'infanterie par des barrages dans les ravins de Samogneux et d'Anglemont.

Il demanda donc l'autorisation de replier sur la côte du Poivre la 27e batterie du 41e régiment, dont les 3 pièces étaient à 344 et les 3 batteries du 15e en position aux Côtelettes.

 

Le général Bapst qui n'avait pas encore reçu, à ce moment, l'ordre de réoccuper Brabant, approuva cette proposition, prescrivant seulement de laisser une batterie aux Côtelettes, pour appuyer directement la défense de Samogneux.

 

Dès 9 heures, les batteries étaient sur leurs nouvelles positions et alors seulement, par suite du manque absolu de moyens de transmission, le commandant Roumeguère apprit qu'une manœuvre était projetée pour la réoccupation de Brabant. Encore à bonne portée, entre 6000 et 7000 mètres, il fit tout de suite exécuter des tirs sur la croupe de Brabant, pour empêcher l'ennemi de s'y installer.

 

 

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Pendant toute la nuit, le groupement Gillier a exécuté des tirs sur le bois de Ville, à la demande de la 51e division, et sur le bois des Caures, à la demande du lieutenant-colonel de Pirey, installé dans le bois de Pays.

 

A 6 heures, ces canons étaient prêts à appuyer la contre-attaque projetée des détachements Bertrand et de Pirey contre la partie sud du bois des Caures, mais aucun signal ne vint de ce côté. Depuis la mort du sous-lieutenant Lugagne, les liaisons étaient interrompues et devenues à peu près impossibles avec la région des Caures. Pourtant, le commandant Peyrotte, du 60e, avait cherché, dans le bois Le Pays, à mettre en place un projecteur, à faire tendre un fil. Entreprise impossible devant la violence des tirs de barrage ; elle coûta la vie aux braves gens qui se dévouèrent pour la réaliser.

 

Les artilleurs aussi essayaient de communiquer avec les premières lignes. Encore à 4 heures, le commandant Chappat (18e) envoyait trois nouveaux agents de liaison, le maréchal des logis Esquirol, de la 21e batterie, le maréchal des logis Calmels et le brigadier Nouillain, de la 23e, qui s'étaient offerts spontanément pour tenter la continuité de cette mission de sacrifice.

 

A 7 heures, il fallut renoncer à toute action. Par centaines, les gros obus s'écrasaient autour des pièces, fauchant tout ce qui se montrait, paralysant tout mouvement. A quoi on comprit qu'encore une fois l'ennemi allait se ruer à l'attaque.

 

 

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Artillerie lourde.

 

L'artillerie lourde, elle, est momentanément inutilisable, parée qu'en pleine opération de repli.

A 22h30, un rapport du commandant Blanck, commandant cette artillerie, au colonel Wasser, commandant l'artillerie lourde du corps d'armée avait fait ressortir les difficultés de la situation.

Situation terrible, en effet.

 

 

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Du groupement Neltner, les batteries Cl et C3 n'avaient plus, la première qu'une pièce, la seconde que deux pièces en état de tirer, et point de munitions. Des ordres avaient bien été donnés pour le ravitaillement sur le dépôt intermédiaire du ravin de la Cage, mais les tirs de barrage de l'ennemi rendaient ce ravitaillement impossible. Les batteries A et B sont à bout de souffle, elles aussi. Elles viennent d'exécuter des tirs sur la région au nord des bois d'Haumont et de Consenvoye et elles n'ont pas plus de 4 coups à tirer par pièce. Leur ravitaillement s'impose, mais il est impossible sous les rafales et faute de moyens.

 

Du groupement Lautraibecq, la batterie L n'a plus que quelques obus D qu'elle n'a pas pu utiliser, en raison de la faible distance où elle tirait. Le commandant Blanck aurait voulu replier cette batterie, dont les 155 longs étaient à moins de 500 m du bois où l'on se battait, mais le terrain, profondément raviné par les obus et amolli par l'humidité, n'avait pas permis le maniement de ces lourdes masses, d'autant plus que les cingolis manquaient et que les « grosses marmites » ne cessaient pas de pleuvoir.

 

 

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Le commandant Blanck fut enfin bien obligé de faire remarquer que la trop grande dissémination de ses batteries et le manque de moyens de communication rendaient son commandement impossible ; qu'en réalité il ne pouvait faire parvenir ses ordres qu'au groupement Neltner et au groupement Augustin ; qu'encore ce dernier recevait directement les ordres du commandant de l'artillerie lourde du corps d'armée avant que lui-même pût en être informé. Il demandait en conséquence l'autorisation de transporter son P. C. auprès de celui du capitaine Augustin, à 1200 m au nord-est de Bras.

Or, à ce moment, il était question de bien autre chose. Quelques minutes après avoir rédigé son rapport, le commandant Blanck recevait l'ordre d'exécuter le repli prévu et toute une nuit d'un travail ardu va être nécessaire pour mener à bien cette opération délicate et considérable.

 

 

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Il donne ses ordres en conséquence, mais l'exécution est difficile.

 

Les 4 pièces de la batterie A et les 3 pièces de la batterie B qu'a épargnées le bombardement, sont désarmées. Celles de la batterie A sont enlevées ; celles de la batterie B ne le seront que demain.

Les batteries Cl et C3 sont désarmées aussi, mais ne peuvent être enlevées, les attelages nécessaires pour cela et annoncés, n'ayant pas pu traverser un tir de barrage.

De la batterie E, 3 pièces peuvent être enlevées mais la quatrième roule dans le ravin au sud ouest du bois des Fosses et, en dépit de tous les efforts, elle ne peut en être retirée, sous les obus qui déferlent, en grêle serrée.

La batterie N2 a une pièce hors de service ; les 3 autres peuvent être ramenées.

 

 

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Le commandant Dewals réussit à désarmer les batteries H et Hl, de canons courts, de son groupe, mais il ne peut désarmer, faute de moyens, la batterie F de 120 court, dont le repli lui avait été confié.

Le capitaine Augustin ne put pas retirer non plus les pièces de la batterie A, les attelages nécessaires pour cette opération n'ayant pu franchir le ravin de la Cage, écrasé de projectiles.

Les 2 pièces de 120 court sur affûts trucs, de la batterie A T purent cependant être ramenées de la côte du Talou à Bras.

 

 

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Au total, les batteries lourdes qui possédaient des attelages purent exécuter l'ordre de repli avec plus ou moins de difficulté. Les autres durent rester en position.

Au petit jour, les batteries retirées étaient rassemblées sur la route de Bras à Louvemont, en colonne de route.

Les pièces sur affûts trucs étaient dirigées tout de suite sur la ferme de La Folie.

 

En dépit de l'extrême fatigue du personnel, le commandant Blanck comptait employer la journée du 23 au sauvetage des pièces restées en position.

 

à suivre...

 

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on veut bien te croire................. :jap:

 

 

en faite, le plus dur est de trouvé les photos, je voulais les intégrer sur les sujets mais voilà, impossible aussi, je cherche le plus de photos jamais vu sur le web

 

j'ai piqué dans mes livres aussi, je deviens un virtuose du scan :p

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:jap: extraordinaire travail ...

 

 

 

Quel héroïsme, et quelle boucherie ...

 

 

 

Tu sais que tu as de quoi publier (gratuitement) un livre, là ... si ça te chante, je t'indiquerai celui que j'ai utilisé pour ma fille (2°publication en cours ..)

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un livre? oh non, ils existent aussi déjà

 

par contre, il y a trois livres allemands qu'il est possible de lire en ligne sur exactement le même sujet

 

c'est là que j'ai extrais des photos et j'espère un sujet final du coté allemand

 

 

 

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7 ème poste

 

 

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Les ordres pour la journée du 23.

 

Après une légère accalmie qui avait duré environ trois heures (entre 1 heure et 4 heures du matin), le bombardement avait repris avec sa violence accoutumée, écrasant sous des centaine de tonnes de fer tout le secteur de la 72e division, depuis les premières lignes jusqu'au sud de Vacherauville.

 

C'était un roulement continu de formidables explosions, un cataclysme qu'aucune expression ne saurait décrire et auquel on avait l'impression nette que rien ne pourrait échapper.

De notre côté, le Commandement s'efforçait, en dépit de la faiblesse de ses moyens, de ne pas se laisser dominer et de reprendre l'initiative des opérations.

 

 

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Au 30e corps d'armée.

 

A 8h50, le général Herr, commandant la R. F. V. avait confirmé au général Chrétien l'ordre de reprendre Brabant, rappelant que les points d'appui devaient être défendus à outrance ; que Brabant n'aurait pas dû être évacué et qu'il fallait le réoccuper à tout prix, de jour, si possible, sinon, de nuit.

 

De son côté, à 9 heures, le général Chrétien avait dicté l'ordre général n° 15 d'opérations, qui voyait encore plus large :

II est important, disait cet ordre, de tenter tout ce qui est possible avec les forces dont nous disposons, en vue de nous rétablir dans les positions où l'ennemi a pris pied.

 

A cet effet, des offensives seront poussées aujourd'hui, à 13h30 :

 

1° dans l'Herbebois, direction Soumazannes ;

2° dans le bois de Ville ;

3° dans le bois des Caures ;

4° sur la côte des Roches et Brabant ;

5° sur le ravin de Samogneux.

 

 

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Ces offensives ne dépasseront pas l'effectif d'un bataillon chacune, au maximum. Elles seront préparées par un feu violent d'artillerie sur tout le front du 30e corps d'armée, destiné à faire terrer l'ennemi sur tous les points d'attaque.

 

Le feu sera ouvert à 13h25, allongé de 200 m à 13h31, de 300 m à 13h33 et allongé encore jusqu'à 1000 m du point de départ, pour revenir en barrage devant l'infanterie.

 

Liaisons entre l'infanterie et l'artillerie, à assurer conformément aux ordres donnés par le général commandant le corps d'armée.

Les attaques devront être soigneusement montées par les généraux de division ; les combattants seront munis de grenades, sacs à terre, suivis de près par des fractions portant de grands outils et par des mitrailleuses.

 

La 51e division disposera d'un bataillon du 2e zouaves (bois des Fosses). La 72e division, d'un bataillon du 2e tirailleurs (ouest de Louvemont).

 

 

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Cet ordre témoignait d'une inébranlable volonté et d'une magnifique force d'âme, mais la situation avait terriblement empiré sur le front depuis l'arrivée des renseignements sur lesquels il était basé, et désormais l'épuisement physique et moral des troupes, soumises depuis quarante-huit heures au plus effroyable des bombardements et engagées dans une lutte sans trêve contre un ennemi quatre fois supérieur, rendait bien insuffisant le supplément de moyens mis en œuvre pour des buts aussi importants.

 

Nous savons aussi qu'à cette heure l'artillerie lourde de la 72e division, occupée à changer de position, était impuissante à agir et dès lors, qu'allaient pouvoir nos quelques batteries de campagne, déjà éprouvées, elles aussi, au milieu de l'ouragan des projectiles ennemis, pour soutenir l'effort de deux bataillons frais ?

 

 

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A la 72e division.

 

Dans son P. C. disloqué, le général Bapst était, nous l'avons dit, fort peu en situation de connaître exactement la marche du combat et d'exercer en temps utile une action efficace sur les événements. Les rares renseignements qu'il recevait se rapportaient à des faits déjà vieux de quatre ou cinq heures. Or quatre ou cinq heures, dans des circonstances aussi critiques, c'était plus qu'il n'en fallait pour créer l'irréparable.

 

Trois opérations lui incombaient dans l'ordre général n° 15 : sur Brabant, sur le ravin de Samogneux et sur le bois des Caures. Dans l'esprit du commandant, celle de Brabant était évidemment la plus urgente, mais le seul bataillon de renfort dont disposât la 72e division, celui du 2e tirailleurs, devait arriver en ce moment dans le ravin de Louvemont, trop loin du colonel Parés pour pouvoir intervenir vers Brabant sans des mouvements longs et dangereux.

 

Le général donna donc ce bataillon au colonel Vaulet, en vue de sa contre-attaque sur le bois des Caures et sur le ravin de Samogneux, et ne pouvant envoyer aucun renfort au colonel Parés, il fit parvenir à ce dernier, 1500 grenades, 1000 sacs à terre, 75 pelles et 75 pioches.

 

 

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L'ordre d'opérations qu'il rédigea, lui aussi, à 9 heures, révélait bien une volonté aussi ferme que celle du général commandant le corps d'armée, mais il était plus modeste d'allure ; il tenait compte de la fatigue des hommes et de l'usure des unités.

 

L'ennemi, disait-il, a continué, toute la journée du 22, de violentes attaques contre nos positions. Nos troupes avancées se sont maintenues dans Samogneux, sur la ligne à contre pente d'Anglemont, ainsi que dans A et B, R5, R4, R3, Beaumont et la Wavrille.

La mission du 30e coips d'année est de maintenir à tout prix ses positions, indispensables à la résistance sur la rive droite de la Meuse.

 

Les colonels Parés et Vaulet devaient réorganiser leurs secteurs et relever au besoin les éléments épuisés, avec leurs réserves partielles. Les éléments ainsi retirés du secteur Parés devaient être groupés dans la région Champ, revers sud de la côte du Talou, ceux du secteur Vaulet, dans la région ravin de la Cage - Camp-Flamme.

Partout, on devait travailler aux tranchées et aux réseaux de fils de fer.

 

L'artillerie avait ordre de pousser activement son ravitaillement. La division était avertie que, derrière elle, des renforts se groupaient : deux bataillons du 35e dans le ravin de la ferme d'Haudromont, à 1 kilomètre au sud de Louvemont ; le bataillon Duffet (1er) du 60e, dans les carrières, au sud de la côte du Poivre ; toute la 37e division d'Afrique, dans la zone LouvemontBois des Fosses, dont un bataillon, appartenant au 2e zouaves, était déjà sur la route de Ville, prêt à contre attaquer.

 

 

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Le général Bapst indiquait, comme P. C. de la division, l'abri ouest de Froideterre, sans doute parce qu'à ce moment, l'ordre du général Chrétien, lui assignant la batterie M. F. comme P. C., ne lui était pas encore parvenu.

 

Le P.C. du colonel Parés devait rester à la mairie de Bras et celui du colonel Vaulet à la batterie C, au carrefour de la route de Ville et du chemin de Louvemont.

 

La réoccupation de Brabant est contremandée.

 

Dans cette matinée du 23 février, les ordres et les contre-ordres se succèdent et s'enchevêtrent avec incohérence, parce que les moyens de communication sont lents, que le téléphone fonctionne irrégulièrement.

 

 

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En même temps qu'il rédigeait son ordre d'opérations vers 9 heures, le général Bapst recevait un coup de téléphone du colonel Parés. Le colonel commandant la 143e brigade était perplexe. Il accusait réception de l'ordre de réoccuper Brabant, mais il n'avait encore reçu aucun compte-rendu de l'évacuation de ce point d'appui.

 

Les communications avec Samogneux étaient très difficiles. Elles ne pouvaient se maintenir que par des coureurs, le long du canal, et depuis 7h30 que le sous-lieutenant Potel était parti de Vacherauville, portant au lieutenant-colonel Bernard l'ordre de renvoyer le bataillon Lehugeur dans les positions abandonnées, il ne savait plus rien.

 

Mais si une attaque en règle était nécessaire, il était bien obligé d'en considérer le résultat comme aléatoire. Le 351e était très éprouvé et fatigué ; on ne pouvait pas faire grands fonds sur le 44e territorial, très diminué d'ailleurs lui aussi, et le 362e n'existait plus.

 

 

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Quelques minutes plus tard, toujours sans nouvelle, le colonel exposait au général de division l'extrême faiblesse de ses moyens et il lui demandait l'appui du bataillon Duffet du 60e, disponible dans les carrières, sur les pentes sud de la côte du Poivre.

 

Le général Bapst ne pouvait pas disposer du bataillon Duffet, sans l'autorisation du général commandant le corps d'armée. Cette autorisation, il s'empressa de la solliciter.

Le P. C. de la 72e division se transporte à la batterie M. F.

Cette dernière demande expédiée, le général Bapst et son état-major changeaient encore une fois, vers 10 heures de P. C. et se rendaient à la batterie M. F., sous une pluie d'obus.

 

Là, il y avait un abri assez vaste, que le bombardement avait respecté : une chambre de 6 pieds carrés avec une table pour le général et pour le commandant Léger ; une pièce de même dimension, mais sans table, pour les trois officiers de l'état-major ; une casemate, avec de la paille, pour les secrétaires, les cyclistes et les plantons.

 

Pas de téléphone ; pas de lumière. Les télégraphistes commencèrent à tendre des fils, pour relier la batterie à Bras ; quelqu'un trouva des bougies pour la nuit. Un planton se tint sur la route, pour arrêter les coureurs qui, trompés par l'ordre de la division, iraient à Froideterre.

 

 

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La situation à Samogneux vers 9 heures.

Il était un peu plus de 9 heures quand le sous-lieutenant Potel remit au lieutenant-colonel Bernard l'ordre de réoccuper Brabant. Justement le compte rendu de l'évacuation des positions venait d'être expédié à la brigade.

 

Toutes les unités étaient à leur place de combat autour de Samogneux et dans le village ; celles désignées pour aller se reformer à Champ étaient parties. Les hommes étaient épuisés ; les obus arrivaient par rafales, écrasant les maisons, réduisant le village en cendres. En outre, maintenant, un fort vent d'est avait chassé le brouillard de neige qui, ce matin, dérobait la région à l'artillerie ennemie et de Samogneux, on apercevait, étincelante sous le soleil, la côte des Roches, couverte de givre, où les obus ouvraient des cratères noirs, ainsi que le vaste bras de mer de la Meuse d'où émergeaient les deux rubans gris de la route et du canal, que les projectiles encadraient d'énormes colonnes d'eau.

 

Le lieutenant-colonel Bernard, avant de demander un nouvel effort au bataillon Lehugeur, compte faire restaurer les hommes et remettre de l'ordre dans les compagnies, car il n'est pas possible de relever ce bataillon par le bataillon Goachet (5e) du 324e, qui ne connaît pas Brabant. L'attaque est donc prévue pour 13 h 30.

 

Heures terribles ! Dans Samogneux en flammes, dont à chaque minute, les obus retournent les ruines, le travail de réorganisation est difficile, de ces unités décimées et à bout de forces. Sur 2000 hommes qu'il comptait le 21 au matin, le 351e n'en a pas 1000. La compagnie Aunis (21e) n'a que 50 hommes ; les quatre compagnies du bataillon Lehugeur présentent une moyenne d'environ 150 hommes.

La situation du bataillon Goachet, qui n'a pas été engagé, mais a passé deux longues nuits d'insomnie sous un bombardement qui lui a causé des pertes, est franchement mauvaise. Le lieutenant-colonel Bernard signale la dépression morale d'un très grand nombre d'hommes de ce bataillon.

 

 

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A midi 30, cependant, tant bien que mal et en dépit de l'ouragan de fer et de feu qui ne cesse pas, les préparatifs progressaient lentement, entravés par la nécessité de dégager à chaque instant quelque unité ensevelie sous des décombres, quand un coureur remettait au lieutenant colonel Bernard, un message du colonel Parés, daté de midi 10.

 

Le commandant de la 143e brigade venait d'obtenir la collaboration demandée du bataillon Duffet (1e1) du 60e et il en informait le lieutenant-colonel Bernard.

 

Si au reçu du présent ordre, écrivait-il en terminant, l'attaque sur Brabant n'est pas encore déclenchée, il y aura lieu d'attendre pour le faire, l'arrivée du bataillon du 60e, mis à votre disposition. Vous adjoindrez au chef de bataillon et à chaque commandant de compagnie un officier et, au moins, pour les compagnies, un adjudant, qui serviront de guides.

 

Si l'attaque était déjà déclenchée, dès que les troupes auront occupé le village de Brabant et la ligne des R, le bataillon du 60e ira les relever, accompagné des guides ci-dessus. Trois sections de mitrailleuses seront mises à la disposition du bataillon pour l'attaque.

 

 

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Le bataillon du 60e partira de Vacherauville, par la route directe, à midi 30. Le commandant précédera la colonne pour prendre vos ordres,

Le colonel Parés prescrivait dans tous les cas, si l'attaque n'était pas encore déclenchée, de la retarder d'une heure, pour laisser au bataillon Duffet le temps d'arriver jusqu'à Samogneux.

 

En conséquence, il fut prescrit au commandant Lehugeur d'attendre de nouveaux ordres pour l'attaque de Brabant et de faire désigner des guides dans les unités, pour conduire le bataillon Duffet.

 

Le bataillon Duffet du 60e ne peut arriver jusqu'à Samogneux.

C'est avec un véritable soulagement, qu'après une nuit extrêmement pénible passée sous les obus et sans abri par un froid très vif, dans les carrières à 1800 m au nord-est de Bras, le commandant Duffet reçut à Ilh25, l'ordre de porter son bataillon sur Vacherauville et de prendre là les instructions du colonel commandant la 143e brigade.

Pour cheminer à travers les tirs de barrage, les compagnies sont échelonnées à de grandes distances et on contourne, à flanc de coteau, la crête qui descend de la côte du Poivre sur Bras. Le commandant a devancé son bataillon.

 

 

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Dès midi, il est, de sa personne, à Vacherauville, auprès du colonel Parés. Vacherauville est en feu. Plusieurs fois par minute, de formidables explosions ébranlent l'air et de temps en temps, quelque maison s'écroule.

Les instructions sont simples. Il s'agit d'aller immédiatement à Samogneux, se mettre à la disposition du lieutenant-colonel Bernard, pour aider à la réoccupation de Brabant. Il faut y aller par la route directe, car le temps presse. Cette route est violemment bombardée et des précautions sont indispensables. En particulier, le croisement de la route et du chemin de Champneuville est très battu ; il sera bon de ne s'y engager que par petites fractions très diluées. Le commandant précédera son bataillon pour prendre tout de suite les ordres du lieutenant colonel Bernard, et tâcher d'étudier son terrain.

 

Sans arrêt, le bataillon dépasse Vacherauville. Liberté de manoeuvre ; les compagnies, en colonnes de sections largement ouvertes, disparaissent dans le ravin boisé de la Cage, abritées par la côte du Talou, et elles arrivent sans trop de pertes jusqu'à hauteur du Moulin des Côtelettes.

 

 

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Mais là, le barrage est effroyable. C'est une grêle serrée d'éclats de fonte, de pierres et de mottes de terre, qui dans un fracas d'explosions, multiplié par l'écho de ces vallons, jaillit de cratères énormes. L'air est à peine respirable. Des sections sont décimées ; d'autres sont enfouies.

 

On est vu du bois des Forges et évidemment, ce barrage extraordinaire n'est pas un effet du seul hasard. On essaie de progresser tout de même. Quelques fractions vont se coller au talus du canal ; d'autres se glissent en rampant dans les fossés de la route ; quelques-unes cherchent à franchir d'un bond la crête 213, mais c'est pour se retrouver en plein terrain découvert, et celles-là sont anéanties. "'

Pour atteindre Samogneux, que cachent une épaisse poussière et une fumée noire, une zone de 600 à 800 m reste encore à parcourir, nue et sans cheminements.

 

Il faut attendre la fin de ce cataclysme. Le bataillon est mis en garde. La lere compagnie s'est groupée le long du canal ; la 2e à sa droite, le long de la route ; la 4e en arrière, dans le ravin, près du moulin des Côtelettes ; la 3e à droite de la 4e, derrière la croupe descendant de 344 (338) sur le Moulin. Avec les outils portatifs, on ébauche des tranchées.

 

A 15h30, les obus continuent de déferler avec la même violence. Quelques isolés du 324e refluent de Samogneux, disant que l'ennemi entrerait dans la localité.

 

 

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Le commandant Duffet transmet au colonel Parés, ce renseignement qu'il ne peut pas vérifier et prescrit d'activer la construction des tranchées. A 17 heures, la situation n'a pas varié, mais le bataillon est en mesure de résister à un premier choc. Des isolés continuent d'arriver.

 

Les Allemands se seraient arrêtés à la lisière du village ; il en viendrait par l'écluse.

 

A 17h25, le colonel Parés répond au billet de 15h30 : Dans le cas où le renseignement que vous me donnez serait vrai, tenez-vous prêt à pénétrer dans Samogneux, dès que le bombardement cessera.

 

« Dans le cas où le renseignement serait vrai ». Il n'y a pas d'autre moyen de le savoir que d'aller le vérifier. Aussi bien, le commandant avait l'ordre de précéder son bataillon. Il appelle à lui le sergent Mulatier et deux coureurs de la lere compagnie et avec eux, il se porte en avant le long du fossé de la route. Couverts de terre et de boue, à moitié asphyxiés par le chlore, mais sans blessure, les 4 hommes passent.

 

Au milieu des décombres mouvants de Samogneux, dont les maisons sautent et s'écroulent, ils ont quelque peine à trouver le P. C. du lieutenant-colonel Bernard.

 

 

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Ils le découvrent enfin, isolé de tout et de tous. Les communications téléphoniques avec l'arrière sont coupées ; les chevaux des éclaireurs montés ont été tués ; les bicyclettes sont hors d'usage ; les coureurs à pied qui partent sous les rafales, ne reviennent pas. Les maisons encore debout brûlent ; les abris sont tous écrasés, sauf ceux construits en galerie de mine, le long de la route, à flanc de coteau, sous 20 mètres de terre vierge.

 

Les unités du 351e et du 324e qui devaient se porter sur Brabant, sont toujours là sous une pluie de projectiles qui interdit tout mouvement, tout ravitaillement, empêche même la communication des ordres et des renseignements. Les pertes sont très graves, au surplus, et près de la moitié des officiers sont morts.

 

L'ennemi s'est montré sur la côte des Roches, vers 15 heures, mais des feux d'infanterie l'y ont maintenu.

Enfin, pour le moment, il n'est plus question d'attaquer, car, vers 16 heures, un ordre est arrivé du général commandant la 72e division, ainsi conçu : Contrairement à l'ordre n° 15, Un 'y aura pas d'attaque d'infanterie aujourd'hui. Gardez provisoirement à Samogneux et aux environs le bataillon du 60e. Faites-moi connaître la situation exacte de vos troupes et je donnerai des ordres pour l'emploi de ce bataillon.

 

Le commandant Duffet laisse au P. C. du lieutenant-colonel Bernard le sergent Mulatier et ses deux coureurs, et il se met en devoir de rejoindre son bataillon à travers le tir de barrage qui ne cesse pas, tandis que le jour baisse.

 

 

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Les contre-attaques dans le bois des Caures.

 

Le détachement Bertrand.

 

A 1 heures, dans le petit jour gris et glacé, en dépit de la fatigue d'une nuit d'alerte et du complet mélange des unités, le commandant Bertrand a déclenché, d'Anglemont, la contreattaque ordonnée par le colonel Vaulet sur le bois des Caures.

 

Les ouvrages B, A et R5, appuyés par les canons de la batterie « d » s'opposent à tout mouvement de l'ennemi venu du village et du bois d'Haumont ; les fractions occupant R4 et R3, appuyées en deuxième ligne par la compagnie Malapert (6e) du 165e, tiennent en respect les forces allemandes qui sont dans le bois des Caures. Ainsi couvert, le commandant Bertrand quitte Anglemont à la tête de 3 sections de chacune des compagnies Valette (7e) et Gabriel (8e) du 165e et de la compagnie Quaegebeur (10e) du 56e bataillon de chasseurs et il s'enfonce dans le bois qu'enveloppe un brouillard de neige.

 

 

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Le bombardement qui avait faibli un instant, vers 4 heures, vient de reprendre, furieux, faisant voler les souches et pleuvoir les branches, fauchant les gros arbres.

 

On marche vers R3, en colonnes de sections qu'à une centaine de mètres précèdent des tirailleurs. Le bois, éclairci par les projectiles, laisse la vue s'étendre assez loin. Le terrain est montant. On glisse sur un épais tapis de feuilles mortes agglutinées par l'humidité. Les arbres renversés rendent la marche encore plus difficile avec leurs branches entrelacées et les explosions, dont le fracas est décuplé par les échos, sont impressionnantes. Les patrouilles ennemies esquissent une résistance assez facilement brisée.

 

Nos tirailleurs suffisent à déloger une fraction qui creusait une tranchée dans le flanc de R3. A 150 mètres de l'ouvrage, l'ennemi, fort d'environ une compagnie, fait mine de vouloir tenir. Nos tirailleurs s'arrêtent ; les colonnes se rapprochent ; les baïonnettes brillent. Les Allemands se dérobent.

 

 

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Une demi-section, lancée vers le sud-est, va chercher le 60e. En attendant, la ligne des R est dégagée. Une trentaine de prisonniers, visiblement heureux de se laisser prendre, tant ils sont las d'une lutte qu'ils trouvent très dure, sont restés entre les mains de nos soldats.

 

b) Le détachement de Pire}'.

 

Au point du jour, le détachement de Pirey était installé de son mieux dans le bois Le Pays, où il avait mission d'empêcher l'ennemi de déboucher des bois des Caures et de la Wavrille.

 

La disposition du bois Le Pays, exposé à l'est sur la pente orientale d'un mamelon, y rendait facile la surveillance des régions de Beaumont et de la Wavrille, dont le panorama accidenté, jonché des cadavres des chasseurs de Driant, se déroulait devant l'abri servant de P. C. au lieutenant- colonel de Pirey, sur le chemin de Beaumont à Anglemont, à l'ouest et près de la route.

 

 

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Du côté du nord, au contraire, où une clairière mal définie séparait à peine le bois Le Pays du bois des Caures, l'ennemi était là, caché à proximité immédiate et la tâche était plus difficile.

Les compagnies Pertuis (6e) et Collin (8e) sont dans le bois, face au nord ; la compagnie Lambert (7e), à la lisière ouest, face à Anglemont ; la compagnie Jacob (21e) du 365e, face à Beaumont.

Restent disponibles la compagnie Boivin (5e) du 60e, la compagnie de mitrailleuses Walbert et la 24e compagnie du 365e. On a creusé des tranchées.

 

A Joli Coeur, on a trouvé des approvisionnements de fils de fer, déposés là par les chasseurs et avec cela, on a enlacé les arbres sur une grande profondeur, de sorte qu'un obstacle vraiment efficace a pu être créé sans trop de peine, que les obus de l'ennemi ne rendent que plus inextricable.

 

Depuis 4 heures, le bombardement a repris, très violent. Le bois Le Pays n'est pas particulièrement battu, mais de puissants barrages l'isolent de Mormont, d'Anglemont et de Beaumont. Aucun ordre ; aucun renseignement. Des coureurs envoyés vers le colonel Vaulet ne sont pas revenus.

 

 

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On attend, tandis que le fracas des explosions n'empêche pas d'entendre à droite, vers la Wavrille, à gauche vers Anglemont, au nord vers R3, le crépitement de la fusillade qui s'est allumée partout.

 

A midi, voici un ordre du colonel Vaulet. Il est daté de 2 heures du matin ; il parle d'une attaque que le bataillon Bertrand (2e) du 165e doit exécuter à 6 heures, d'Anglemont sur le bois des Caures, et qu'il faut appuyer.

Il est trop tard ! En avant, quand même. La compagnie Lambert (7e), à laquelle est adjointe un< section de mi- trailleuses, va gagner la crête qui s'élève entre le bois et Anglemont.

 

Cette compagnie cherchera à se relier au bataillon Bertrand, tandis que les compagnies Permis (6e), Collin (8e) du 60e et Jacob (21e) du 365e, attaqueront vers le nord, en direction de R3, accompagnées par les 3 sections de mitrailleuses restantes de la compagnie Walbert. Le reste d détachement sera disponible dans le bois Le Pays, pour garder le point d'appui et surveiller la direction de Beaumont, où l'on se bat

 

 

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Mais l'attaque, commencée à 13 heures, n'a pas le temps de se développer. A peine est-elle déclenchée qu'elle est prise dans un violent tir de barrage, disloquée et clouée au sol. Quant à la compagnie Lambert (7e), elle n'a pas parcouru 300 mètres dans la direction d'Anglemont qu'elle est balayée par une ruée d'infanterie qui, justement, déferlait du bois en face d'elle.

 

Les Allemands marchent coude à coude, la baïonnette haute, en chantant. Il y a là au moins un régiment sur plusieurs lignes. Bousculée, la compagnie est rejetée sur C5 ; Lambert, grièvemei blessé, reste aux mains de l'ennemi. La compagnie Jacob (21e) du 365e, lancée à la contreattaque pour la dégager, est bousculée aussi et rejetée comme elle.

 

Dans le bois, l'attaque venant du nord est contenue, mais par la destruction des compagnies Lambert et Jacob, les communications avec l'ouest et le sud sont gravement menacées. Une nouvelle contre-attaque est nécessaire de ce côté ; le commandant Peyrotte la demande à la compagnie Boivin (5e) qui, brillamment, arrête l'ennemi, mais au prix de pertes graves. Cette unité est décimée.

 

 

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Le lieutenant Boivin est hors de combat ; de même le lieutenant Duchaillut ( l'adjudant Tym. Il n'y a plus de troupe disponible, car la 24e compagnie du 365e a dû être envoyée vers le nord, au secours de la compagnie Permis, mais à 14 heures, le bois Le Pays esi toujours inviolé.

 

Victoire précaire A ce moment, à droite, le bois de la Wavrille était enlevé à la 51e division et Beaumont était menacé. Le lieutenant-colonel de Pirey n'avait rien à opposer à une nouvelle ruée probable de l'ennemi, venant peut-être à la fois du nord, de l'est et de l'ouest. La prudenc eût peut-être dicté un repli. L'ordre de tenir le bois Le Pays n'autorisait pas cette solution et le lieutenant-colonel se contenta de demander des renforts.

 

 

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à suivre...

 

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8 ème poste

 

 

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La mort du colonel Vaulet.

 

Pour le colonel Vaulet, les premières heures du jour, dans la batterie C, avaient été de longues heures d'attente. Depuis 2 heures du matin, où il avait prescrit aux détachements Bertrand et d< Pirey, une contre-attaque sur le bois des Caures, il ne savait rien des premières lignes.

 

 

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A 8 heures encore, un planton partait pour Anglemont, à travers les barrages d'artillerie. Il portait ce billet au commandant Bertrand : Qu 'a fait la contre-attaque Delaplace ? Tenez fernu dans le secteur d'Anglemont. Bousculez l'ennemi occupant les Caures. Chacun doit penser au voisin. A aucun prix, il ne faut faiblir devant l'ennemi.

Rien non plus du bataillon du 2e zouaves qui doit se trouver au carrefour 240 du chemin de Louvemont et où il importe bien qu'il soit prêt à agir.

 

Envoyez des renseignements, écrit le colonel au commandant André, chef de ce bataillon, à 8hl5. Qu'avez-vous fait cette nuit ? Comment êtes-vous placé ?

 

 

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Dans son abri, creusé à même le coteau de Mormont, au pied des pentes, ouvrant vers le sudest, le colonel se trouvait décidément trop loin des combattants. Il s'y sentait inutile. C'est à peine s'il y percevait le crépitement des mitrailleuses.

 

Vers 10 heures, impatient, il sortit et s'engagea sur la route, au devant des coureurs. Il disparut dans une explosion. Quand l'épaisse fumée noire se fut dissipée, le vaillant soldat qui avait arraché aux geôles allemandes, le droit de mourir pour son pays, gisait inanimé à plusieurs mètres d'un énorme cratère.

On le transporta dans l'abri C.

 

 

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En hâte, on appela un médecin et on prévint le lieutenant-colonel Bigot, commandant le 365e, qui, dans son P. C. d'Anglemont, était l'officier supérieur le plus proche de cet endroit. Le lieutenant-colonel arriva vers 14 heures et prit provisoirement le commandement du sous secteur.

 

L'offensive allemande.

 

Après le bombardement effroyable qui durait depuis 4 heures du matin, anéantissant nos organisations de première ligne, l'ennemi avait pris l'offensive sur tout le front du 30e corps d'armée.

 

 

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Dès 8 heures, le Vè corps de réserve et la 77e brigade manifestaient de l'activité en face d'Haumont, de Brabant et de Samogneux ; le Ille corps attaquait l'Herbebois à Ilh30 et le bois de la Wavrille, à 1 Ih45 ; le XVIIIe corps, qui tenait le bois de Ville depuis le 22 à midi, prenait pour objectif à 13 heures les R du bois des Caures.

 

La direction générale de ces offensives était le sud-ouest : Samogneux et Vacherauville. Victorieuses, elles eussent, dès le 23, acculé à la Meuse débordée tout ce qu'il y avait de troupes depuis Brabant jusqu'à Neuville.

 

L'ennemi progresse jusqu 'aux abords de Samogneux.

 

 

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Le bataillon Lehugeur avait évacué les positions de Brabant à 5 heures du matin. C'est seulement à midi que les éclaireurs de la 77e brigade et ceux de la XlVe division de réserve s'apercevaient du départ de nos unités et occupaient les positions abandonnées : le 16e régiment de réserve, de la XlVe division, les R de Consenvoye ; le 37e régiment, de la 77e brigade, d'abord Brabant, puis les ouvrages de la côte des Roches.

 

Mais à 15 heures, l'artillerie du groupement Roumeguère balayait ces crêtes, de sorte que l'ennemi ne jugea pas prudent de les dépasser. On vit des isolés, de petites colonnes feldgrau s'infiltrer, à droite le long du canal, à gauche par le fond du ravin boisé de Samogneux où le 16e régiment de réserve opérait en liaison avec le 39e régiment, de la XHIe division.

 

Ni à droite, ni à gauche, de toute la journée, les Allemands ne réalisèrent aucun progrès sérieux.

 

 

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Encore à 17 heures, comme le jour baissait, les mitrailleuses du lieutenant Boyer, tapies en C2 interdisaient l'approche de la ligne des C ; celles de l'écluse empêchaient toute infiltration le long du canal.

 

Aussi bien, l'ennemi avait l'ordre de ne pas se montrer mordant dans cette région car le Commandement comptait bien sur la ruée déferlant des Caures pour faire tomber sans pertes toutes ces défenses.

Pourtant, dans Samogneux en flammes, le lieutenant-colonel Bernard, isolé par les tirs de barrage, privé d'ordres et de renseignements, attendait toujours le choc. Sous le bombardement qui ne cessait pas une minute, la situation était effroyable. De temps en temps, des sections, ayant perdu leurs chefs, refluaient, désemparées et au milieu des maisons qui s'écroulaient, il fallait les reconduire à leur poste.

 

Le lieutenant-colonel n'avait donné qu'un ordre : « Les positions occupées seront défendues jusqu 'à la mort ». Et cet ordre, il le maintenait, en dépit de l'extrême fatigue, de la dépression morale parfois, dont certaines unités commençaient à donner des signes.

 

 

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Il apprit successivement la mort du capitaine Robert, commandant la 17e compagnie du 351e ; celle du lieutenant Pignin, commandant la 19e ; du sous-lieutenant Julien, de la 18e ; la mise hors de combat du capitaine Toussaint, du 324e ; la disparition de toute la compagnie Serpette (19e) et d'une section de la 20e de ce même régiment.

 

Les liens tactiques se rompaient ; les unités se désagrégeaient, faute de cadres. Les hommes ne songeaient plus qu'à s'abriter de leur mieux des éclats d'obus, dans les trous ou derrière les ruines.

A 20 heures, le bombardement parut se ralentir. Dans l'attente de l'assaut et à la lueur de l'incendie, cette demi-accalmie fut mise à profit pour rétablir un peu d'ordre et regrouper les unités que l'on n'avait d'ailleurs aucun moyen de ravitailler, ni en vivres ni en munitions.

 

 

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A 20h30, le lieutenant-colonel adresse un rapport au colonel Parés, où il dépeint la situation avec fermeté, mais en toute franchise :

Je vous ai envoyé, à 18 heures, un compte rendu de la situation, écrit-il. Au cas où ce compte rendu ne vous serait pas parvenu, je le résume. Je tiens à Samogneux, avec deux compagnies du 351e et le bataillon du 324e, réduit à l'effectif de deux compagnies.

 

Les ouvrages Cl C2 sont toujours tenus par une compagnie du 351e et le peloton de mitrailleuses Boyer. Un bataillon du 60e est arrivé et a pris position aux Côtelettes, à cheval sur la route. Je le laisse dans cette situation en attendant vos ordres. Le bombardement a été très intense pendant toute la journée. Il continuait à 19 h 20, très violent. Obus de gros calibre (305mm).

 

L'ennemi a envoyé de petites fractions le long du canal, dans le bois de Samogneux et sur les pentes de la croupe des Roches. Pas d'attaque d'infanterie jusqu 'ici. Je compte très peu sur le bataillon du 324e et sa compagnie de mitrailleuses. Ils sont à bout de résistance et prêts à lâcher pied. Je fais venir de Champ la compagnie de mitrailleuses du 351e. Beaucoup de pertes au 324e. Le bombardement nous met dans une situation angoissante. Liaison établie difficilement avec l'artillerie.

 

 

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Ce compte rendu se croisait avec un message du colonel Parés, prouvant que le commandant de la 143e brigade ne savait rien de Samogneux autrement que par des fuyards et qu'il était fort inquiet sur le sort du 351e.

 

Je ne m'explique pas, écrivait le colonel, que vous ne m'envoyiez aucun renseignement, malgré les ordres formels que je vous ai donnés. Un sergent chargé de vous porter des grenades revient, en me disant que vous avez évacué Samogneux Je ne puis le croire. Je renvoie ce sergent vers vous. Si toutefois vous aviez fait sortir quelques fractions de Samogneux, à cause du bombardement, vous les maintiendriez à proximité, prêtes à sauter dans Samogneux, dès que le tir de l'ennemi cessera.

 

J'exige absolument que vous m'envoyiez, à partir de maintenant, des renseignements, toutes le. heures. Je ne vous autorise, sous aucun prétexte à abandonner Samogneux. Je mets à votre disposition le bataillon du 60e qui est dans le ravin des Côtelettes.

 

 

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Les renseignements les plus précis sont déjà en route, mais la réponse du lieutenant-colonel Bernard prouve au colonel Parés que le commandant de Samogneux est loin d'être à bout d'énergie : Je m'étonne, répond ce dernier, de ces commentaires qui sont l'œuvre de trouillards et de paniquards. Je vous ai adressé à 18 heures et à 19 heures un compte rendu de la situation. Elle n'est pas brillante ; néanmoins, je tiens à Samogneux.

 

Le boyau de Samogneux au bois de Samogneux est fortement garni d'Allemands. Gradins tous les 50 mètres Le renseignement est adressé à l'artillerie. Les communications sont extrêmement difficiles. Tous les chevaux sont tués ; les bicyclettes brisées ; les agents de liaison égrenés sur toutes les routes. Le bataillon du 60e, comme je vous en ai rendu compte à trois reprises, est établi aux Côtelettes.

 

 

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Les hommes du 351e commencent à être fatigués, mais ils tiendront.

C'est un moment de crise aiguë. La limite des forces paraît atteinte. Après deux jours passés au milieu de maisons en feu, dans le fracas du bombardement, privés de nourriture et de sommeil, les organismes épuisés supportent mal l'attente d'un choc. On voit des malheureux quitter leur poste et errer, comme en proie à des hallucinations.

 

 

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La perte des R du bois des Caures.

 

A 22 heures, à la nuit tombée, la résistance du bois des Caures avait cessé.

 

Pour réduire la ligne B, A, R des Caures, où se battaient les compagnies mélangées des bataillons Delaplace (1er) et Bertrand (2e) du 165e, la compagnie Quaegebeur (10e) du 56e bataillon de chasseurs et une compagnie du 324e, appuyées par une compagnie de mitrailleuses et les canons de la batterie d, il avait fallu, outre le bombardement, une grande journée de lutte et les efforts combinés de 3 bataillons allemands du 159e, venus d'Haumont, de 3 bataillons du 38e, venus du bois d'Haumont, et d'éléments indéterminés, mais certainement importants de la XXIe division du XVIIIe corps, attaquant par le bois des Caures.

 

 

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Le général von Zwehl, commandant le VIe corps de réserve, attribue à une initiative du capitaine Huiking, commandant le 1er bataillon du 39e, qui tenait la lisière sud-est du bois d'Haumont, l'intervention décisive de la XHIe division de réserve dans le bois des Caures, où l XVIIIe corps ne pouvait progresser. Il dit comment cet officier poussa son bataillon en avant, attaquant par le nord-est les R des Caures et arrivant jusqu'à la ferme d'Anglemont, en dépit de solides organisations défensives.

 

Que la collaboration de la XHIe et de la XXIe divisions allemandes ait été l'effet d'une initiative individuelle et non de dispositions du commandement, le général von Zwehl est au mieux: caractérisé que personne pour le dire, mais en tous cas, l'opération ne fut pas aussi simple et aussi rapide qu'il semble le croire. Tandis que les troupes du capitaine Huiking avaient débouché du bois d'Haumont vers 8 heures du matin, encore à minuit, les Allemands n'occupaient pas la ferme d'Anglemont.

 

 

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C'est l'adjudant Piérard, toujours en éveil dans sa batterie d, qui le premier signala, à 8 heures, des groupes feldgrau dévalant du bois d'Haumont en direction de l'est. Ces groupes étaient de 6 ou 8 hommes, sans sacs ; ils marchaient au grand pas de course pour franchir la coulée séparant les deux bois, que les canons de 90mm de la batterie d tenaient sous leur feu.

 

Depuis quarante huit heures, ces canons étaient soumis à un bombardement continu d'artillerie lourde et il ne restait plus que deux pièces en état de servir ; encore étaient-elles en partie paralysées par l’éboulement des parapets. Les premiers groupes allemands avaient donc déjà atteint le bois Carré quand elles purent ouvrir le feu.

 

 

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Leur intervention arrêta l'infiltration pendant une demi-heure, mais amena une riposte vigoureuse de l'artillerie lourde ennemie. Une avalanche de gros obus s'abattit de nouveau sur la batterie d, démolissant les pièces et mettant plusieurs servants hors de combat. En même temps, le mouvement de l'infanterie allemande reprenait.

 

Ses canons ne pouvant plus servir, l'adjudant Piérard en fît démonter les culasses, préparer la destruction et avec ses servants survivants, armés de leur mousqueton, alla se mêler aux fantassins dans les tranchées.

 

Rampant, utilisant le terrain d'une manière parfaite, l'ennemi se glissait partout. A 10 heures les ouvrages B, A, R5, R4, R3 et la batterie d, ne pouvaient plus communiquer les uns avec les autres, enveloppés qu'ils étaient par des tirailleurs aplatis dans les buissons.

 

 

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Autour de la batterie d, où il avait groupé deux sections de sa compagnie, (la 5e du 165e), et une section de mitrailleuses, le capitaine Furioux avait organisé un centre de résistance que la section Richelot, de la 5e, reliait à l'ouvrage B. Centre de résistance assez médiocre, il est vrai, à qui un léger réseau de fils de fer bouleversé servait seul d'obstacle.

 

La section Richelot débordée, dut venir s'y réfugier vers 14 heures, et aussi des éléments de la 2e compagnie du 165e, avec le capitaine Vauquelin. Il y avait là entassés, en comptant les servants de l'adjudant Piérard, près de 150 hommes que l'ouvrage, trop étroit, ne pouvait contenir.

 

On se déploya ; on creusa le sol ; on utilisa des trous d'obus et des buissons. Un groupe se forma sous le capitaine Vauquelin derrière la crête, au sud-ouest de la batterie ; un autre au nord, sous le lieutenant Le Guern, cependant que des colonnes allemandes continuaient à sortir du bois d'Haumont, se dirigeant vers le bois Carré.

 

 

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De temps en temps, des isolés ayant échappé à l'ennemi arrivaient, portant des nouvelles pessimistes. On disait R5 perdu, Anglemont aussi. Le capitaine Furioux n'en décida pas moins de rester là jusqu'à la nuit et pour ménager les cartouches, on tira par salves à 1200 mètres, sur les colonnes ennemies débouchant du bois d'Haumont.

Dans B, le commandant Mazin, blessé, avait une centaine d'hommes de son bataillon, survivants de deux compagnies. A était tenu par une trentaine d'hommes des 2e et 8e compagnies du 165e et une section de mitrailleuses.

 

A et B étaient de simples tranchées pour tireur debout, au tracé en crémaillère, où rien ne protégeait le dos des tireurs. Serrés de près par un ennemi vingt fois supérieur, ces braves, animés du plus bel esprit de sacrifice ne songeaient d'ailleurs nullement à se replier, eux non plus.

 

A 14h30, un renfort leur arriva : 3 sections très réduites de la 8e compagnie du 165e, les derniers renforts existant à Anglemont, et que le commandant Bertrand leur envoyait, à la faveur d'une accalmie dans les tirs de barrage. Cet appoint ne comblait pas tout à fait les pertes subies. On l'accueillit cependant avec joie.

 

 

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A 15 heures, les Allemands attaquèrent. Protégés par les fractions déjà parvenues dans le ravin et qui firent pleuvoir sur les défenseurs de A, de B, et de d, des grenades auxquelles les nôtres ne pouvaient pas répondre, ils dévalèrent en vagues pressées de la crête d'Haumont et du bois d'Haumont. Ils marchaient alignés, au pas de course.

 

Les premières lignes étaient jalonnées par des fanions mi-partie diagonalement vert et rouge. Des mitrailleuses étaient portées au milieu des tirailleurs.

 

Calmes et ajustées, les salves des nôtres continuèrent, à peine plus rapides, et les vagues ennemies ne tardèrent pas à tourbillonner. Les Allemands ne regagnèrent cependant pas leurs tranchées de départ. Ils se tapirent dans des trous d'obus, à portée immédiate des ouvrages, attendant pour se porter de nouveau à l'assaut, des renforts et la nuit.

 

 

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A 16 heures, de nouvelles vagues dévalaient du bois d'Haumont vers B, vers A et vers R5. Cette fois, elles étaient précédées d'une ligne de gens revêtus de capotes bleues et de casques français. Il y eût chez les nôtres un moment d'hésitation qui cessa très vite, car de cette ligne bleu horizon partirent bientôt des jets de flammes qui léchaient le sol et brûlaient tout à une trentaine de mètres en avant.

 

L'ouvrage B, enveloppé, disparut dans une fumée acre et épaisse. Le commandant Mazin, malgré trois blessures qui l'immobilisaient, y avait conservé son commandement. Cet héroïque officier et la poignée de survivants, groupés autour de lui, se défendirent jusqu'à la dernière cartouche. Ils furent submergés.

 

La garnison de l'ouvrage A, en voyant approcher l'ennemi, se porta en avant. La baïonnette au canon, accompagnés des mitrailleurs qui portaient leurs machines, ces braves gens se jetèrent au-devant des flammes. Ils furent décimés, refoulés vers le bois des Caures. De la section de mitrailleuses enveloppée, un caporal et un homme purent seuls se dégager.

 

Les défenseurs de la batterie d, menacés par le nord, l'étaient aussi, vers 16 heures, par le sud, l'ennemi s'étant glissé en forces vers E3. Le capitaine Furioux entraîne à un suprême assaut tous les hommes disponibles. Le terrain est difficile. Les obus l'ont raviné ; il est jonché de débris de toutes sortes et de cadavres ; on s'y empêtre dans les réseaux de fils de fer détruits.

 

 

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Le capitaine Vauquelin, le lieutenant Le Guern, l'adjudant Piérard, le sergent Richalot, impriment tout de même à cette charge un magnifique élan. Les artilleurs sans projectiles, les mitrailleurs sans cartouches, suivent leurs camarades à l'assaut.

 

Impressionné, l'ennemi s'arrête ; les flammes s'éteignent ; seules, des mitrailleuses crépitent, couvrant les nôtres de balles. Sur le point d'être enveloppé, le capitaine Furioux ne pouvait guère rien espérer de mieux que ce répit de quelques instants. On se replie en rampant.

L'adjudant Piérard fait sauter ses pièces, puis, en tirailleurs, se soutenant les uns les autres de leurs dernières cartouches, les groupes se dirigent vers le bois des Caures, de plus en plus éclaircis, sous la grêle des projectiles.

 

Le capitaine Vauquelin et le lieutenant Dresch étaient tombés. Le capitaine Furioux atteignit le bois vers 17 heures avec une dizaine d'hommes. Un groupe de 5 hommes vint à lui. C'étaient les survivants de la section Babillotte, de la compagnie Derome (3e) du 165e, qui, entourés dans la tranchée 2 du boqueteau 307.8 avaient résisté pendant quarante-huit heures aux obus, aux mitrailleuses, aux minenwerfer, aux lance-flammes et aux baïonnettes.

 

 

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Ils n'avaient plus ni vivres ni munitions, mais ils étaient très fiers d'avoir arrêté si longtemps les masses ennemies, et tout prêts à se battre encore.

Le bois était plein d'Allemands et on n'y entendait plus que des coups de feu isolés. L'obscurité permit de se glisser dans les taillis et de se diriger sur Mormont, en échappant aux patrouilles qui garnissaient la lisière sud.

 

Derrière la crête séparant Mormont d'Anglemont, on se heurta au groupe d'artillerie du 61e régiment. Le capitaine Girardot, commandant la 26e batterie, demanda au capitaine Furioux de protéger ses canons et à 20 heures, dans la nuit, ces braves se déployaient le long de la crête, face au nord, se partageant les cartouches qui leur restaient.

 

Depuis 17 heures, à la suite d'un combat dont les péripéties nous sont inconnues, mais qui dut être acharné, si l'on en juge par les pertes du 165e et par la lenteur des progrès de la XXIe division allemande, tous les ouvrages des R des Caures étaient perdus.

 

Le capitaine Delaplace, le capitaine Guyon, le lieutenant Quaegebeur étaient morts, blessés ou enlevés avec les débris de leurs unités. Les survivants des compagnies Valette (7e), Gabriel (8e) du 165e, Jacob (21e) du 365e, Lambert (7e) du 60e, avaient formé un faible groupement qui, complètement entouré, luttait encore à 23 heures, dans les taillis entre R3 et R4.

 

 

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Le commandant Bertrand, blessé, put, à minuit, quitter la ferme d'Anglemont avec les débris de la compagnie Mauduit (4e) et quelques isolés des 7e et 8e compagnies du 165e. Le souslieutenant Aujard venait aussi de le rejoindre, ramenant du bois une cinquantaine de survivants de la 23e compagnie du 324e.

 

Cette unité, qui avait été chargée de couvrir le flanc droit de la ligne des R, avait été enveloppée et c'est à la baïonnette que le sous-lieutenant Aujard avait réussi à se frayer un passage avec sa section. Il ramenait un prisonnier.

 

Dans le bois Le Pays.

 

L'agent de liaison que le lieutenant-colonel de Pirey avait envoyé à 14 heures demander des renforts, avait rencontré au carrefour 240, le bataillon André du 2e zouaves. Mis au courant, et sans autre intervention, le commandant André achemine la compagnie Cordier vers le bois Le Pays. A cette unité, se joignit une section du 2e tirailleurs, appartenant sans doute au bataillon Logerot, et venue en patrouille dans cette région, qui, ayant perdu ses officiers et ses gradés, ne trouva rien de mieux à faire que d'aller, elle aussi, où l'on se battait.

 

 

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Quand ce renfort arriva dans le bois, ayant traversé un barrage de gros obus qui occasionna quelques pertes, le détachement de Pirey attendait le choc de l'ennemi. La compagnie Colin (8e) était face à Beaumont, dans une tranchée, à l'est de la route de Ville ; la compagnie Pertuis (6e) et la compagnie de mitrailleuses Walbert barraient cette dernière route ; la compagnie Boivin (5e) ou plutôt ses débris, dont le lieutenant Schmidt venait de prendre le commandement, tenait le chemin d'Anglemont ; la 24e compagnie du 365e était disponible dans le bois. La compagnie Cordier reçut l'ordre de grossir cette réserve. Un caisson de munitions était arrivé de Vacherauville ; chaque homme remplit de cartouches ses cartouchières et ses poches.

 

A 15 heures, l'ennemi cherche à attaquer. Dé-ci, dé-là, dans le bois, des groupes feldgrau se lèvent. Des salves les clouent au sol et nulle part, aucune fraction ne parvient jusqu'aux fils de fer de la défense.

 

A 21 heures, en pleine obscurité, un nouvel assaut. Encore une fois, pour ménager les munitions, car on ne sait pas ce que sera la nuit qui commence, le commandant Peyrotte a donné l'ordre de ne tirer que par salves et seulement quand on distinguera l'ennemi. Ceci aura l'avantage de maintenir le moral, au point où il est et où il doit rester.

 

 

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Au total, à minuit, devant le bois Le Pays que ses colonnes débordaient de partout, l'ennemi n'avançait pas. Seules, ses patrouilles continuaient à se glisser, tenaces et hardies, entre nos unités, à la faveur des buissons, le long des fossés.

L'artillerie.

Artillerie de campagne.

 

Au cours de ces mêlées, les combattants des premières lignes, agissant dans le fracas des explosions, sous la grêle des gros obus et des torpilles, ont eu l'impression que leur artillerie ne les appuyait pas ; que tous leurs appels demeuraient sans effet.

Certes, la destruction des observatoires, des postes optiques et des téléphones, l'épaisse fumée qui couvrait le champ de bataille et l'extrême difficulté de communiquer par coureurs, rendit fort délicate la tâche des artilleurs toujours mal orientés sur la marche du combat et toujours exposés, par conséquent, à tirer sur leurs camarades.

 

 

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Pourtant, ils agirent de leur mieux et ils obtinrent des résultats. Il est bien certain que les barrages exécutés pendant tout le cours de la journée par le groupement Rourneguère sur la côte des Roches, paralysa, au moins jusqu'à 16 heures, l'ennemi maître de Brabant et l'empêcha de se porter tout de suite sur Samogneux.

 

A 16h35, l'idée d'une contre-attaque sur Brabant ayant été définitivement abandonnée, le commandant Roumeguère obtenait l'autorisation de replier sur la côte du Poivre, la batterie maintenue dans le ravin des Côtelettes. Le flanquement de la lisière nord de Samogneux fut demandé à l'artillerie de campagne et même à l'artillerie lourde de la rive gauche de la Meuse. La situation de Samogneux qui, vu de la côte du Poivre, paraissait en feu, étant mal connue, il fut spécifié qu'aucun obus ne devait encore être tiré sur la localité.

 

 

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Quant au groupement Gillier, il n'avait pas cessé, dans tout le courant de la matinée, de couvrir de projectiles les débouchés sud et est du bois d'Haumont, paralysant par ses barrages, l'action de la XIIIe division de réserve dans les ravins du bois d'Haumont et du bois des Caures, et celle du XVIIIe corps dans le bois des Caures.

 

La magnifique résistance de B, de A et des R des Caures, contre un ennemi disposant d'une supériorité numérique et de matériel écrasante, ne fut certainement possible que grâce à l'action redoutable de ses canons.

 

A 16 heures, le commandant Gillier, prévenu de la présence de l'ennemi dans le bois de la Wavrille, donnait ce bois pour objectif à la batterie Méric (21e) du groupe Chappat (18e régiment).

A 17h30, la 21e batterie du 41e régiment recevait l'ordre de rallier son groupe dans le groupement Roumeguère, déjà replié sur la côte du Poivre et une batterie d'Afrique remplaçait la 21e batterie dans le groupement Gillier.

 

 

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Et à 19 heures, sur l’ordre du lieutenant-colonel Bigot, le groupement profitant d'une accalmie momentanée dans les tirs de barrages de l'ennemi, se repliait tout entier sur les positions reconnues le matin.

 

A 600 mètres au sud-ouest de la cote 342, un petit bois carré marquait l'emplacement à occupa Le groupe Chappat (18e) s'établit au nord de ce petit bois ; le groupe Gillier (61e) au nord-est. Le commandant Gillier établit le P. C. du groupement sur la crête, à hauteur du camp Roland. Toute l'artillerie de campagne de la division était sur ses nouvelles positions, prête à agir à 21 heures.

 

Artillerie lourde.

 

Malheureusement, le changement de position des pièces lourdes, dans des conditions difficiles, compliqué encore par des flottements dans le commandement, avait réduit à peu près à néant l'effet de nos grosses pièces dans ces heures critiques.

 

 

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A 9 heures, ayant mandé à son P. C. de Souville les commandants Gros et Blanck, le lieutenantcolonel Wasser, commandant l'artillerie lourde du corps d'armée, insuffisamment éclairé sur la situation et la croyant moins grave qu'elle n'était à ce moment, avait décidé que les batteries, non encore ramenées à Bras, réoccuperaient leurs anciennes positions, ainsi que les canons courts des batteries H et F.

 

A midi, il désignait le commandant Blanck, commandant l'artillerie lourde longue de la division, pour exécuter cette remise en place et diriger l'action des batteries armées et à réarme) Le commandant Blanck, avec son P. C. à Bras, allait ainsi prendre sous son commandement les batteries 27 et 28 de 155mm long, les batteries C, C3, D et E de 120 long, H de 155 court et F de 120 court. Quant au commandant Gros, ancien commandant de toute l'artillerie lourde de la 72e division, il devait conduire à Froideterre, les canons des batteries A de 95mm, et B de 120 long.

 

Le commandant Blanck se trouva dans l'impossibilité de remplir la tâche qui lui avait été assignée. Les attelages étaient à bout de forces ; de formidables barrages d'artillerie de gros calibres paralysaient tous les mouvements.

 

 

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Arrivé à Bras à 15 heures, le commandant se rendit compte tout de suite qu'il ne disposait d'aucun moyen matériel pour remettre en place les batteries H et D et qu'il ne pouvait même pas se mettre en communication avec les batteries Cl, C3, F et E, non encore désarmées.

 

Il rendit compte de sa situation, et à 17 heures, il était invité à se conformer à l'ordre de repli de la veille. Or, il se trouva encore dans l'impossibilité d'exécuter entièrement ce nouvel ordre. Le matériel des batteries H et D put être reporté en arrière, mais faute de moyens, les batteries Cl, C3, D et F ne furent pas désarmées.

 

Quant au commandant Gros, il était arrivé à 18 heures à la batterie de Froideterre avec le matériel des batteries A et B. Il trouva là le général de Bonneval, commandant la 37e division, qui lui donna l'ordre de se tenir prêt à tirer, le lendemain matin, dès la première heure.

 

 

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A minuit, les 6 pièces de 95mm de la batterie A et les 6 pièces de 120mm long de la batterie B étaient en position près de la batterie de Froideterre. Les 2 pièces de 155 mm long de la batterie H, du capitaine Lamort, les y rejoignaient quelques instants plus tard et le 24, à 1 heure du matin, les munitions des batteries A et B commençaient à arriver.

Appelé à 3h30 à la batterie de Froideterre, le commandant Gros y recevait du général de Bonneval l'ordre d'ouvrir le feu, à partir de 7 heures, sur le bois de la Wavrille, où d'importantes masses ennemies paraissaient se concentrer. Une nouvelle bataille commençait…

 

à suivre ...

 

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des lions acculés.................

 

 

... et commandés par des ânes!

 

la phrase n'est pas de moi mais est réelle

 

il reste deux postes à éditer, ils auront aussi des photos, aucune n'est prises sur web, elles proviennent de mes livres

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9 ème poste

 

 

 

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La nuit du 23 au 24 février

 

La situation à minuit.

 

A minuit, dans la nuit du 23 au 24 février, il ne restait plus grand'chose de ce qui avait été la 72e division, et même, les régiments qui étaient venus les premiers à son aide dans la lutte soutenue depuis le 21 février, étaient fort éprouvés.

 

Dans Samogneux en flammes, les restes du 351e, environ 500 hommes, et ceux du bataillon Goachet (5e), du 324e, environ 300 hommes, sont répartis parmi les ruines, depuis le canal jusqu'aux ouvrages Cl C2 où est aussi le peloton de mitrailleuses.

 

 

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La compagnie de mitrailleuses Bebert, du 351e, appelée de Champ, vient d'y arriver et ses sections doublent les sections de mitrailleuses déjà placées dans le village, à l'écluse et sur la ligne des C. Le colonel Parés avait autorisé le lieutenant-colonel Bernard à réserver cette unité pour forcer l'obéissance de ceux qui oublieraient leur devoir.

 

L'ennemi qui se glisse dans les intervalles des ouvrages, serre de près ces débris épuisés et à court de munitions. Les éléments du bataillon Mazin (6e) du 324e, échappés de B, et la section Estrade, de la 22e compagnie laissée dans le ravin du bois d'Haumont pour assurer la liaison entre B et C, se sont repliés sur C3 et sur E4, talonnés par les éclaireurs allemands.

 

Les 10e, 11e et 12e compagnies du bataillon Maugras (3e) du 165e et la 23e compagnie du 365e, tiennent encore la ligne C4 E5 et Mormont ; mais décimées par le bombardement, sans avoir été engagées, elles vont être relevées à partir de 2 heures du matin par le bataillon Logerot (2e) du 2e tirailleurs venu de Louvernont.

 

 

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Le détachement du lieutenant-colonel de Pirey tient ferme dans le bois Le Pays, mais il y est à peu près entouré.

L'ennemi toujours prudent, heureusement pour nous, ne s'est pas encore présenté devant la ferme d'Anglemont où le médecin-major de 2e classe Durieux continue, avec un dévouement héroïque, à assurer son service auprès d'une centaine de blessés, Français et Allemands.

 

A minuit, un convoi d'évacuation pouvait être constitué, avec lequel le commandant Bertrand, blessé et hors d'état de conserver son commandement, partait. Mais ce fiit le dernier. Un infirmier, envoyé quelques minutes plus tard à Mormont pour demander du secours, revint, le bras fracturé par une balle, déclarant que l'on était cerné.

 

 

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Derrière cette ligne de combat, les bataillons Duffet (1e1) et Falconnet (3e) du 60e, le bataillon Le Villain (5e) du 365e et la 22e compagnie du bataillon Savary (6e), du même régiment, tiennent la position Moulin des Côtelettes, 344 (338).

 

Le bataillon Duffet s'est installé de son mieux à 500 mètres au sud de Samogneux, derrière une crête barrant la route. Disposée perpendiculairement au canal, la compagnie Dropez (lere) est en situation d'empêcher l'ennemi d'utiliser le chemin de halage ; la compagnie Montaudon (2e) barrant la route, la tient sous son feu, jusqu'à la lisière du village ; la compagnie Leroux (3e) sur la croupe à l'est, a rallié des éléments perdus du 324e et un détachement assez important s'est constitué de ce côté. La compagnie Grave (4e) creuse des tranchées sur une autre crête, à 300 mètres en arrière, pour y servir de repli.

 

Le bataillon Falconnet (3e) du 60e tient toujours par sa 11e compagnie les ouvrages à l'ouest de la cote 344 (338) et une section de la 12e le relie, au moins par la vue, à Samogneux, mais point au bataillon Duffet, dont le commandant Falconnet ignore la présence au Moulin des Côtelettes.

 

 

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Deux compagnies et demie de ce bataillon et la section de mitrailleuses Courtot sont disponibles derrière la crête, dans un petit ravin, dit « ravin de Vaudoine ». La situation de ces troupes souffrant du froid dans la nuit glacée, non ravitaillées et subissant des pertes sensibles, est pénible sous les rafales des gros projectiles.

 

La situation du bataillon Le Villain (5e) du 365e, occupant les ouvrages de la partie orientale du mamelon 344 (338), est également très difficile et les unités maintenues là sous un bombardement auquel elles savent ne pas pouvoir répondre, par un froid très vif, doivent faire appel à tout leur patriotisme et à tout leur esprit de devoir pour surmonter l'épreuve qui leur est imposée. Et c'est tout…

 

 

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L'artillerie lourde change de position ; l'artillerie de campagne s'installe sur la côte du Poivre pour une nouvelle bataille. Les ordres sont déjà donnés pour rallier au camp Flamme les 600 hommes restant des bataillons Delaplace, Bertrand et Maugras. Au total, le 165e a perdu 30 officiers, 119 sous-officiers et 1337 hommes de troupe.

 

Des deux beaux bataillons de chasseurs de Driant, il reste quelques isolés de la compagnie Quaegebeur (10e) du 56e, qui se battent encore dans les bois ; 200 hommes environ du 56e bataillon ralliés au camp Flamme par les capitaines Berweiller et Hamel, le lieutenant Raux et le sous-lieutenant Grasset, et dirigés sur Bras ; enfin 45 chasseurs du 59e, avec le lieutenant Simon et les sous-lieutenants Leroy et Malavault, au camp Rolland.

 

Ces derniers sont d'ailleurs tout prêts à se battre de nouveau. Ils ont une mitrailleuse et le lieutenant Simon, en faisant chercher des cartouches, demande où il doit s'employer. Le moral, sur le champ de bataille, déconcerte quelquefois les conclusions de la statistique.

 

 

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Quant au commandement, il est désorganisé et sans moyens d'action. A Vacherauville, le colonel Parés ne reçoit que très irrégulièrement des nouvelles contradictoires de Samogneux, d'où refluent toujours des isolés plus ou moins déprimés, qui prétendent être les seuls survivants de leur compagnie.

 

A la batterie C, le colonel Bourgues, commandant de la 73e brigade, est venu de Louvemont, prendre le commandement du sous-secteur Vaulet, vers 20 heures, en pleine nuit, sous le bombardement. Il cherche à étudier la situation, cependant que des blessés et des isolés, refluant du bois des Caures, disent les progrès de l'ennemi, de ce côté. Il sait qu'à sa droite, dans le secteur de la 51e division, l'ennemi tient le bois de la Wavrille et menace Beaumont Heureusement, toute la 73e brigade est là, à pied d'œuvre.

 

 

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Du 2e zouaves, le bataillon André est au carrefour 280, avec une compagnie déjà engagée en avant et deux bataillons dans le bois des Fosses, en soutien de la 51e division.

 

Du 2e tirailleurs, le lieutenant-colonel Barbayrac de Saint-Maurice va envoyer, à 1 heure du matin, le bataillon Logerot (2e) relever le bataillon Maugras à Mormont. Les trois autres bataillons de ce régiment sont encore au bivouac, dans la neige glacée, autour de Louvemont, non encore employés, mais distribués : les bataillions de Maniort (1er) et Melou (3e) à la 51e division, le bataillon Richier (1er) en réserve de corps d'armée.

 

 

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Le général Bapst est arrivé, à 14 heures dans l'abri M F, de la côte du Poivre, son nouveau P.C. Il va s'y trouver pendant quatre heures sans téléphone, sans aucune possibilité de travail, sans aucun moyen ni de recevoir des ordres, ni d'en donner. Il sait bien, d'ailleurs, qu'il ne dispose plus d'un seul bataillon frais pour s'opposer à la ruée ennemie qu'il sent prochaine.

 

Dispositions prises en vue de la relève de la 72e division.

Le commandant de la 72e division n'avait pas attendu ce dernier degré d'usure de ses régiments, pour attirer l'attention du commandement sur la gravité de la situation.

 

Dès 9 heures du matin, avant de quitter Bras et comme le général commandant le 30e corps lui prescrivait de ramener en arrière ses éléments les plus fatigués et de les remplacer par des réserves partielles, il avait répondu en faisant nettement ressortir que la 72e division, au feu depuis le 21 au matin, dans des circonstances particulièrement pénibles, n'était plus en état de fournir un effort utile.

 

 

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De sorte qu'à 10 heures, le général Chrétien autorisait le retrait du front des unités les plus éprouvées et demandait que des propositions soient faites pour les remplacer.

 

De retrait, certes on n'en peut effectuer aucun, durant cette terrible journée du 23. La situation a d'effroyables exigences. Il faut réoccuper Brabant, contenir l'ennemi au sud d'Haumont et du bois des Caures, se préparer à faire face à une nouvelle attaque torrentielle, appuyée par un bombardement infernal, qui ne cesse pas, paralysant tout.

 

Et finalement, si les projets de contre attaque doivent être abandonnés, l'un après l'autre, les unités décimées et à bout de souffle, s'accrochant de leur mieux à tous les obstacles, sont bien obligées de rester là, attendant le choc suprême.

 

 

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Pourtant des renforts arrivent. Depuis le 22 au soir, toute la 37e division, une division d'Afrique que le général Herr a mise à la disposition du général commandant le 30e corps, a été poussée dans la région nord de Verdun.

 

Ce soir-là, à 23 heures, le général de Bonneval, commandant cette division, installait son P.C. dans l'ouvrage de Froideterre et le colonel Bourgues, commandant la 73e brigade, installait le sien à Louvernont, d'où nous l'avons vu venir à la batterie C, le soir du 23, prendre le commandement du sous-secteur Vaulet. Ses deux régiments, le 2e zouaves et le 2e tirailleurs, sont, nous le savons, prêts à intervenir dans la bataille.

 

Le général Dégot a établi le P.C. de la 74e brigade à la ferme de Thiaumont et si un de ses régiments, le 3e zouaves, a été envoyé vers Fleury, l'autre, le 3e tirailleurs, est à sa disposition dans les carrières au sud de la côte du Poivre, tandis que deux bataillons du 35e régiment d'infanterie, une unité de la 14e division, sont bivouaques près de la ferme Haudromont.

 

 

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Le général Chrétien peut donc, à 23h30, sans craindre de voir s'ouvrir une brèche irréparable dans le front du 30e corps d'armée, prescrire au général Bapst de reconstituer, en arrière, le plus d'éléments possible de sa division, et même de rappeler les unités poussées en avant, qui n'auraient pas été engagées. Décidément, il faut faire la part du feu :

 

c'est sur les côtes du Talou et du Poivre qu'il faut songer à concentrer les moyens d'une défense énergique.

Voilà pourquoi le 24 février, à 1 heure du matin, le général Dégot est mis à la disposition du général Bapst. Il prend le commandement du sous-secteur ouest, en remplacement du colonel Parés, qui lui demeure provisoirement adjoint.

 

 

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La mission du général Dégot est d'assurer la défense des côtes du Talou et du Poivre. Pour l'assurer, il dispose des trois bataillons de son 3e régiment de tirailleurs et des 2 bataillons du 35e, disponibles à Haudromont. En cas de besoin, le général Bapst pourra faire appel aux bataillons du 2e tirailleurs bivouaques près de Louvernont.

 

Les Allemands se préparent à attaquer Samogneux

 

Ainsi, à minuit, dans la nuit du 23 au 24 février, à peu près toutes les unités de la 72e division, disloquées, décimées, épuisées, à court de munitions et sans ravitaillement possible, sont encore à leur poste de combat, sous un bombardement intermittent, attendant, dans la neige, l'ordre de la relève. C'est dans ce cadre que va se dérouler, à l'extrême gauche de notre dispositif, le drame de Samogneux.

 

 

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La résistance du bois des Caures avait cessé à 22 heures et tout de objectif final du Vile corps de réserve.

L'opération est d'importance. Le lieutenant-colonel von Abercron, commandant le 57e régiment de réserve, est chargé de l'exécuter avec les trois bataillons de son régiment et les unités de pionniers et de flammenwerfer de la division. Un officier de l’état-major de l'armée l'accompagne.

 

Terrain inconnu et bouleversé. Reconnaissances impossibles. En outre, les batteries du groupement Roumeguère bombardent vigoureusement Haumont et le 57e y subit des pertes sérieuses. Deux bataillons sont mis en ligne, précédés de flammenwerfer. Celui de droite arrive jusqu'à la batterie a abandonnée, où les Allemands trouvent deux canons de 75mm hors de service.

 

 

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Celui de gauche, arrêté devant la ligne des C, s'infiltre, à la faveur de la nuit, par petits détachements, entre Cl et El et peu à peu, un groupement de trois compagnies se trouve rassemblé dans le ravin du bois des Caures.

 

A minuit, les éclaireurs de ce bataillon sont sur la crête qui domine Sarnogneux à l'est. La tenaille est ouverte dans les dents de laquelle les sept compagnies françaises, décimées et tapies près des maisons en feu, vont se trouver broyées au premier signal.

 

 

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La perte de Samogneux

 

Dans ces ruines, à ce moment, le calme est revenu, car l'artillerie ennemie a cessé son tir : le calme, non, mais une sorte de torpeur faite d'extrême fatigue et d'angoisse.

Le froid est vif ; il neige ; le village brûle lentement. Devant, tout autour, l'ennemi s'est infiltré à une cinquantaine de mètres des tranchées bouleversées.

 

Devant C2, on entend les Allemands s'interpeller et manier la pioche. On voit aussi leurs silhouettes glisser rapidement le long des berges du canal. Nos sentinelles veillent, les yeux scrutant l'obscurité, le doigt sur la détente ; nos mitrailleurs aussi, tirant sur tout ce qui bouge. Les hommes qui ne sont pas de service, entassés dans des trous d'obus ou dans des abris défoncés, donnent profondément.

 

 

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Tout à coup, à minuit 15, des obus de gros calibre, venus de l'arrière, s'abattent sur la lisière nord du village et sur les abris de mitrailleuses, encore intacts, qui permettaient d'enfiler le canal. Ce sont des projectiles de 155mm !

 

Le désastre qui arrivait est trop explicable par le désarroi des services ; l'incertitude sur le tracé de la ligne de combat et en particulier sur le sort de Samogneux ; la difficulté de la transmission des ordres.

 

Nous avons dit que l'aide de l'artillerie de la rive gauche avait été demandée, la veille, vers 20 heures, pour protéger le village qu'une attaque imminente menaçait et que le groupement Roumeguère, replié sur la côte du Poivre, n'allait plus pouvoir protéger.

 

 

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On avait bien expliqué téléphoniquement alors, que la situation était encore incertaine de ce côté et que Samogneux ne devait pas être atteint par le tir, mais depuis, au gré de multiples fuyards, les nouvelles les plus contradictoires avaient circulé, de sorte qu'à 21 heures, le général Bapst croyait le village évacué et donnait, à 23 heures, l'ordre de le reprendre.

 

En approuvant cette initiative, le général Herr faisait prescrire à l'artillerie de la rive gauche d'appuyer la contre-attaque et si elle ne réussissait pas, d'écraser Samogneux. Justement, à minuit 15, comme les premiers obus arrivaient, le lieutenant-colonel Bernard rendait compte que le 351e occupait toujours ses positions.

 

 

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Le tir des gros canons du fort de Vacherauville fut malheureusement efficace. En un instant, les suite, le général von Kùhne, commandant la XHIe division de réserve allemande, avait reçu l'ordre d'enlever Samogneux, mitrailleuses de la compagnie Bebert qui surveillaient le canal sont détruites et un épaulement du pont Détruit démoli, ensevelissant 6 hommes sous ses décombres.

 

Un moment de panique résulte de cette catastrophe. Puis, de nombreuses fusées vertes sont lancées, pour avertir les artilleurs de leur méprise. En vain le feu continue. Des hommes se précipitent à pied, à travers les décombres fumants, pour avertir le lieutenant-colonel Bernard.

 

 

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L'officier d'artillerie de liaison auprès du colonel Parés, informé, téléphone directement au fort. Il est plus de 2 heures quand le tir cesse.

 

Le mal est irréparable. Nos hommes se sont entassés dans les vastes abris qui longent la route, mais l'ennemi qui était là, aux aguets, a profité de cette préparation imprévue d'artillerie, dont il a saisi le sens. A la faveur de la nuit, il s'est précipité le long des berges du canal que nos mitrailleuses ne gardent plus et dès 2h30, des fractions importantes pénétraient dans Samogneux par l'ouest, tandis que la lisière nord est vigoureusement attaquée.

 

 

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Surpris dans leurs abris et attaqués au lance-flammes, plusieurs de nos groupes sont dans l'impossibilité de se défendre. Ceux restés dans les tranchées vendent chèrement leur vie. Le commandant Lehugeur qui, sorti de son abri, visitait la lisière sud quand l'irruption de l'ennemi se produisit, entendant des hurrahs, rentra dans le village, pour tâcher de rallier quelques unités et d'avertir le lieutenant-colonel Bernard. Les deux officiers furent enlevés par une patrouille allemande.

 

Vers 3 heures, tout était terminé. C'est par le capitaine Bebert, commandant la compagnie de mitrailleuses du 351e, que le commandant Duffet apprit le désastre. Il en informa le colonel Parés et se tint prêt à empêcher l'ennemi de déboucher de Samogneux.

 

Quand la nouvelle de la perte de Samogneux lui parvint, à 4 heures, le général Bapst allait téléphoner ce message du Commandement à l'adresse du lieutenant-colonel Bernard : « Le général Herr et le général Chrétien ont chargé le général Bapst de transmettre au lieutenant-colonel Bernard l'expression de leur admiration pour sa conduite héroïque et celle de ses troupes à Samogneux. Ils demandent qu 'on fasse le nécessaire pour le lui faire savoir ».

 

 

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Le lieutenant-colonel Bernard ne devait prendre connaissance de cette haute marque de sympathie et d'estime de ses chefs qu'à son retour de captivité ; mais avant de partir pour l'Allemagne, il avait reçu d'autres félicitations. Le Kronprinz d'abord, l'Empereur ensuite, avaient voulu s'entretenir avec lui et avec le commandant Lehugeur.

Après les éloges les plus flatteurs pour l'attitude des défenseurs de Verdun, il arriva à Guillaume II de dire ce qu'il comptait faire quant il serait entré dans la « forteresse ».

 

« Vous n 'entrerez jamais à Verdun », lui riposta avec vivacité le lieutenant-colonel Bernard. Et à cette réponse d'un prisonnier, l'Empereur devenu rêveur, parut un instant avoir la vision de la défaite possible.

 

 

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L'ennemi, maître de la ligne Cl C2

 

Ajoutons que la chute de Samogneux, ne parut nullement à la compagnie Garavel (22e) du 35l1 et à la section de mitrailleuses Boyer, défendant la ligne Cl C2, une raison suffisante pour évacuer leur position prise à revers. Le lieutenant Garavel était en C2 ; le lieutenant Carotte et l'adjudant Pract en Cl ; le lieutenant Boyer était parti en reconnaissance vers Samogneux.

 

Fantassins et mitrailleurs, assaillis à la baïonnette, débordés sur leurs deux flancs, sont écrasés de projectiles. Une mitrailleuse, qui tirait à toute vitesse, s'enraye. L'armurier l'examine, la refroidit, la démonte, la graisse, la remonte et reprend tranquillement son tir, après un quart d'heure de travail méthodique. Qu'eut dit Lassalle de ce conscrit ?

 

 

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Vers 4 heures, les dernières cartouches ont été brûlées ; il faut se retirer. Les Allemands ont largement débordé la droite et sont derrière la mitrailleuse en position de ce côté. On croit cette pièce perdue. Le lendemain, le capitaine de Warreux, de l’état-major de la brigade, rencontre le pointeur et s'étonne « Eh bien, quoi ? répond l'autre, on vaut bien les Boches, peut-être ! ».

 

Et il raconte comment il s'est servi de sa pièce comme d'une massue et comment, à trois, ils l'ont emportée avec l'affût, grâce à l'obscurité et à la méprise de l'ennemi. Mais quand l'officier lui annonce qu'il va le proposer pour la croix de guerre, ce brave ne peut retenir des larmes.

 

C'est parce que le moral était celui-là chez les hommes qui reçurent le premier choc à Verdun, que les conceptions du commandement ont pu s'exécuter et que l'ennemi n'est pas passé.

 

 

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Contre-attaque du bataillon Dufïet (1er) du 60e sur Samogneux.

Il était à peine 4 heures, quand le capitaine Bebert informa le commandant Duffet de l'occupation de Samogneux par l'ennemi. Celui-ci lance immédiatement des patrouilles le long du canal, vers le village et plus à l'est, jusqu'au contact de l'ennemi.

 

Très vite, sur le canal et au sud du village qui brûle, des coups de fusil ont crépité. La croupe à l'est de Samogneux parait inoccupée. Bien qu'un léger brouillard estompe l'horizon, la nuit est claire de ce côté, le champ de tir très suffisamment visible, et aucune surprise ne paraît être à redouter. Le bombardement continue, mais lent et causant peu de pertes. Le moral de ce bataillon est excellent.

 

 

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A 4 h 45, un cycliste porte l'ordre du colonel Parés d'attaquer Samogneux. Le commandant de la 143e brigade n'a pas encore reçu la confirmation de la prise du village par l'ennemi, mais il sait la localité encerclée et il prescrit d'attaquer immédiatement, « pour dégager le lieutenant colonel commandant le 351e ». Cet ordre est daté de 4hl5.

 

Tentative hasardée. Le général Bapst, en l'annonçant au général Chrétien, à 6 heures demande « si elle échoue, que Samogneux soit écrasé par l'artillerie pour empêcher l'ennemi de s'y installer et pouvoir le reprendre ».

 

Le terrain d'attaque comprend deux zones : à l'ouest, entre le canal et la route, c'est un tapis de billard, en partie recouvert par l'eau et que battent les fusils de la lisière nord du village ; à l'est, c'est un contrefort du mamelon 344 (338), montant à pente raide et dont la crête militaire domine la route de 50 m, à une distance de 500 m.

 

 

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Cette crête se prolonge à l'est de Samogneux qu'elle surplombe. C'est par là que le commandant Duffet va attaquer.

 

Une troupe de manœuvre est constituée : la compagnie Leroux (3e), la section Jannin, prise à la lere compagnie et la section de La Rochemulon, prise à la 4e. La compagnie Dropez (1e) réduite à 3 sections, cherchera à progresser entre la route et le canal. La compagnie Montaudon (2e) et la compagnie Gauthier, du 324e, tiendront les positions occupées jusque-là par les compagnies de 1e ligne. La compagnie Gave (4e), réduite à 3 sections, continuera à occuper la position de repli.

 

Pas de mitrailleuses. Le commandant en a demandé, mais le temps presse ; on ne peut les attendre, car il faut attaquer avant le jour, l'obscurité constituant notre meilleure chance de succès.

 

Le commandant conduit lui-même sa troupe de manœuvre. Sur le versant, depuis la route jusqu'à la crête, une ligne d'éclaireurs est poussée en avant. La section Jannin, en petites colonnes échelonnées, couvre le mouvement du côté de Samogneux ; la section de La Rochethulon, disposée de la même manière, le couvre face à l'est. Le gros, 4 sections de la compagnie Leroux (3e), en ligne de colonnes, se glisse à travers les carrières, utilisant les innombrables trous d'obus.

 

 

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A hauteur de Samogneux, le commandant compte redresser son dispositif à angle droit, face à droite et aborder la localité par l'est. L'attaque progresse rapidement et sans perte jusqu'au changement de direction, mais à ce moment, elle est accueillie par des feux nourris d'infanterie et de mitrailleuses, de front et de revers, partant du village et de la direction de l'ouvrage Cl.

 

Les éclaireurs se sont couchés ; d'un bond, les groupes de soutien viennent se coucher auprès d'eux et devant l'extrême violence d'un feu auquel elles ne peuvent répondre, les sections du gros s'abritent de leur mieux ou vont se fondre dans la ligne des tirailleurs. On tire, mais sans but car on n'aperçoit rien d'autre que le village qui brûle avec de grandes flammes, éclairant tout le versant d'une lueur rougeâtre.

 

Cette situation ne durait pas depuis dix minutes qu'un violent tir de barrage de l'artillerie ennemie se déclenchait, réglé justement sur la crête et causant des pertes graves aux unités encore groupées.

 

 

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Celles-ci lâchent pied sous cette rafale subite et se replient en désordre sur la compagnie Gauthier, du 324e qui les recueille dans les tranchées d'où elles étaient parties. Blessé, le commandant Buffet peut regagner nos lignes et conserve son commandement, mais les sous-lieutenants Championnet et Rivasson, grièvement atteints, sont restés sur le terrain.

 

Comme le jour se levait, le bombardement ennemi a repris. Ce sont des salves de 210 qui bouleversent nos tranchées sommairement construites et font de nombreuses victimes, sans cependant que le moral de ce beau bataillon soit sérieusement ébranlé. Le commandant Duffet réclame des renforts, surtout des mitrailleuses.

 

En lui confirmant, à 7h20, l'ordre d'empêcher l'ennemi de déboucher de Samogneux, le colonel Parés l'informe qu'il met à sa disposition la 1e compagnie de mitrailleuses de la 143e brigade. La promesse de cet appoint est saluée avec satisfaction car deux déserteurs allemands qui avaient traversé le canal et s'étaient présentés à nos sentinelles, ruisselants d'eau et de vase, viennent d'annoncer une nouvelle attaque d'infanterie pour 13 heures.

 

 

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Organisation de la défense de la boucle de Champneuville.

 

A 6h45, le général Bapst téléphonait le message suivant au colonel Parés : Champ-Neuville est important à conserver, du moins momentanément, pour empêcher l'ennemi de déboucher de Samogneux.

 

Cherchez à y pousser une unité de celles qui peuvent être à Champ, et si possible, des auto-mitrailleuses. La 67e division est avertie de la situation et son infanterie doit tirer sur Samogneux. L'artillerie lourde des deux rives de la Meuse reçoit l'ordre d'écraser Samogneux. Continuez à empêcher l'ennemi de déboucher de Samogneux.

 

Malheureusement, le colonel Parés n'avait plus que des moyens très insuffisants pour faire face à cette nouvelle situation. Dès 5h50, à la demande du général Dégot, commandant la 74e brigade, chargé de la défense de la côte du Talou, il avait donné l'ordre au capitaine Crosse qui des débris du bataillon Delos (6e) du 351e, avait, tant bien que mal, fait 3 faibles compagnies, d'aller sur la côte du Talou, se mettre à la disposition du commandant du 3e tirailleurs.

 

Il n'y avait plus à ce moment à Neuville qu'environ 200 hommes des 4 compagnies du 44e territorial et à peu près autant des 17e et 20e compagnies du bataillon Lehugeur (5e) du 351e, avec une section de mitrailleuses, seul reste de la compagnie de mitrailleuses Bebert. Il y avait aussi dans le ravin du Monument de 1870, au nord de Bras, environ 300 isolés, appartenant à tous les régiments de la division, que l'officier des détails du 165e, organisait là.en unités constituées et qui n'étaient pas utilisables encore.

 

C'est donc le capitaine Bebert qui reçut la mission de garder Neuville et d'empêcher l'ennemi de déboucher de Samogneux. Il n'avait même plus de munitions pour ses mitrailleuses. Heureusement, la compagnie de mitrailleuses de brigade, du capitaine Gardet, que les tirs de barrage avaient empêchée de rejoindre le bataillon Duffet, se trouvait près de là et put ravitaille ce détachement.

 

Situation de la 72e division à 10 heures.

 

Cette situation, quelques documents la définissent, qui n'ont besoin d'aucun commentaire

Un rapport du colonel Parés, daté de 10h20, disant la situation de la 143e brigade, situation exacte dans ses grandes lignes, mais non dans les détails :

 

Troupes restantes : 2 bataillons du 60e et 4 sections de mitrailleuses ; fractions du 324e (effectif inconnu). Ces corps n'appartiennent pas organiquement à la 143e brigade ; 3 compagnies du 351e ; 2 compagnies du 44e territorial (G.V.C.R.) ; 3 sections et demie de mitrailleuses.

 

 

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Disposition des troupes :

 

1° - Un bataillon (3e) du 60e : 1 compagnie et 2 sections de mitrailleuses dans les tranchées à l'ouest de 344 ; 1 compagnie entre 344 et Samogneux ; 2 compagnies et 2 sections de mitrailleuses dans le ravin de la Cage.

 

2° - Un bataillon (1er) du 60e et 2 sections et demie de mitrailleuses de la 143e brigade, face à Samogneux, la gauche au canal, se relie par sa droite avec le 3e bataillon, qui est aux prises ave l'ennemi.

 

3° - A Champneuville : 1 compagnie du 351e ; 1 compagnie du 44e territorial (G.V.C.R.) ; 1 section de mitrailleuses.

 

4° - A la disposition du commandant Leclercq, du 3e tirailleurs, sur la côte du Talou : 1 compagnie du 351e ; 2 compagnies du 44e territorial.

 

5° - Des isolés et des petites fractions appartenant à la 143e brigade, dirigés sur le ravin de 1870, au nord de Bras. Ils vont être dirigés ultérieurement sur Froméréville.

 

Observation. Pour le moment, il est impossible de fixer les effectifs des différentes unités des coips de la brigade.

Un rapport du commandant Falconnet, commandant le 3e bataillon du 60e, adressé à 10h50, au colonel Parés, de la cote 344 (338). dont ce bataillon avait la garde :

 

Le bombardement incessant de la cote 344 a amené la compagnie (la 21e) envoyée en liaison entre Samogneux et 344, à abandonner sa position devenue intenable. Les tranchées indiquées sur le plan n'ont pu être utilisées, car elles conduisent dans la direction des Allemands. Il a fallu en amorcer d'autres sur la première crête.

 

 

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Il va donc se produire un trou entre 344 et le bataillon Duffet, dont j'ignore l'emplacement. La croupe longue descendant de 344 vers la Meuse est intenable. De plus, nous sommes peu soutenus par l'artillerie qui a disparu du ravin de la Cage. Je ne sais plus qui est à ma gauche.

 

Je ne sais pas si je suis encore protégé en avant, j'ignore qui est placé en arrière. Je ne suis en relation qu'avec le bataillon Le Villain (5e) du 365e qui est à ma droite. Que faire ?

 

Un deuxième rapport du commandant Falconnet, daté de midi 50.

 

Je suis avisé par le commandant Le Villain, du 365e, que les Allemands prononcent une attaque sur 344, de front et par l'ouest. Je dispose de 2 compagnies, à gauche de 344, en tirailleurs, 1 section de mitrailleuses à chaque flanc, la 3e compagnie en réserve, une deuxième compagnie dans les ouvrages de 344, avec 2 sections de mitrailleuses. Je crains pour mon flanc gauche qui n'atteint pas la route nationale. Je vous ai envoyé, ce matin, deux comptes rendus qui n'ont pas encore de réponse.

 

A droite du bataillon Falconnet, le bataillon Le Villain (5e) du 365e tient le versant est du mamelon 344. Il a 2 compagnies 3/4 en première ligne : la 17e dans le réduit 300 ; la 18e et 3 sections de la 19e, s'étendant vers l'est, appuyées par 2 sections de mitrailleuses.

 

 

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Une section de la 19e compagnie, la 20e et une section de mitrailleuses sont disponibles à contre-pente, au sud de 344.

La 22e compagnie du bataillon Savaiy (6e) du 365e, qui assurait la liaison entre 344 et la ferme de Mormont, a été relevée dans la nuit et repliée en réserve dans le ravin de la Cage, ainsi que la 23e qui occupait Mormont.

 

Sur la ligne 344-Mormont, avec le bataillon Le Villain (5e) du 365e, non encore engagé, mais déjà épuisé par un bombardement de vingt-quatre heures, et avec le bataillon Logerot (2e) du 2e tirailleurs qui a relevé le bataillon Maugras (3e) du 165e, il n'y a plus que quelques débris des 165e et 324e, arrivés au dernier degré de la fatigue, et dont la relève s'impose.

 

Autant dire que la 72e division n'existe plus. Les débris des corps qui en faisaient partie organiquement, réduits à quelques centaines d'hommes, sont dispersés un peu partout à Champneuville, à Vacherauville, à Bras, dans le ravin de la Cage, dans les camps Flamme et Roland.

 

Les bataillons du 60e, encore capables d'un effort, ne lui appartiennent pas. Même le 324e, renfort de la première heure, n'existe plus ; le colonel Clédat de Lavigerie, commandant la 107e brigade, réussira vers midi à rallier 10 officiers et 383 hommes des deux bataillons de ce régiment sur les péniches de Bras.

En revanche, depuis 8 heures du matin, l'artillerie est en état d'intervenir dans une nouvelle bataille.

 

 

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Le groupement d'artillerie lourde du commandant Gros, en position sur la côte de Froideterre, agit même déjà vigoureusement. La batterie de 95mm a pris pour objectifs la sortie sud de Samogneux et les pentes ouest de 344, tandis que le 155 court arrose de projectiles le bois des Fosses où l'on signale de dangereux progrès de l'ennemi et la région au nord de Louvemont. Quant à la batterie de 120 long, elle exécute des barrages au nord de 344, devant Beaumont, dans le bois de la Wavrille et dans le bois des Fosses.

 

 

Des batteries lourdes sont malheureusement restées sur leurs premières positions dans la région de Mormont. Celles-là, le capitaine Lautraibecq a reçu l'ordre de les faire sauter.

à suivre ...

 

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Autant j'aime bien les histoires, autant y'a bien trop à lire pour moi.

Je sais pas si j'aurais un jour le courage et/ou la patience de vraiment tout lire autrement qu'en diagonale ...

 

 

je vais te rassurer ;)

 

en clair et nettoyé, il n'y a pas plus de 130 pages, soit, un livre de gare

 

moi même, j'ai sélectionné que ce passage de la 72è dans le livre car c'est le plus prenant et le plus puissant de tout ce que j'avais lu depuis des années

 

je ferai l'épilogue se soir, ensuite, tu pourras faire comme tu veux mais il te seras difficile de t'arrêter en court de route :p

 

comme j'ai vraiment pris goût à faire du scan, j'vais m'amusé pour des futurs sujets :)

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10 ème poste et épilogue

 

 

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Après la chute de Samogneux et la capture des compagnies décimées du 351e, la 72e division n'existe plus. Le général Bapst va encore exercer, pendant quelques heures le commandement de ce secteur désorganisé, mais aucune des unités qu'il va employer ne seront plus les siennes.

 

C'est donc simplement comme épilogue à notre travail que nous allons exposer la fin de cette rude journée du 24 février. Cela, pour montrer comment la bataille continue de faire rage sans arrêt et parce que nous ne pouvions pas abandonner en pleine action les régiments venus les premiers, relever la 72e division de sa mission de sacrifice total et rendre possible le repli de ses derniers débris.

 

Nous le ferons, d'ailleurs, à une échelle plus petite que celle adoptée jusqu'ici car, des unités de la 37e division, nous n'avons sollicité le témoignage d'aucun camarade.

Nous ne parlerons des régiments engagés que d'après leurs historiques et leurs journaux de marches.

 

 

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Dispositions prises pour la défense de la cote 338 (344).

A 10 heures, le général Bapst a rendu compte au général commandant le 30e corps que l'infanterie de sa division, accrochée au terrain, était incapable de fournir l'effort d'une contre attaque sur Samogneux ; qu'une offensive ennemie était en préparation sur 344 et qu'aucun autre moyen n'existait d'y parer que des tirs d'artillerie.

 

Dans ces conditions, le général Chrétien prescrit de surseoir à tout effort sur Samogneux. Il ordonne seulement de tenir le village sous le feu de l'artillerie des deux rives de la Meuse, mais il insiste encore au nom du général Herr, commandant la R.F.V pour qu'on ne perde plus désormais « un pouce de terrain ». Il demande en même temps à la R.F.V. de porter une des batteries de 155 long des bois Bourrus à 1 km au sud-est du fort de Marre, pour tirer sur le bois des Caures, où l'ennemi parait masser des forces importantes.

 

A Ilh25, l'aviation communiquait au poste de T.S.F. de Souville que de l'infanterie se groupait dans les ravins au sud d'Haumont, vers la cote 212 et au sud-ouest d'Anglemont. Le général Chrétien se hâte de mettre deux bataillons du 3e tirailleurs à la disposition du général Bapst pour contre-attaquer l'ennemi quand celui-ci se portera à l'assaut.

 

Même, quelques minutes plus tard, sur l'avis du poste téléphonique de Forges annonçant pour 11 heures une attaque de une et peut-être de deux divisions allemandes contre 344, il donne encore à la 72e division les deux bataillons du 35e qui sont dans les carrières d'Haudromont et aussi l'un des bataillons du 2e tirailleurs qui sont près de Louvemont.

 

 

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L'entrée en ligne du 3e tirailleurs et du 35e de ligne

Le 3e régiment de tirailleurs était arrivé, le 23, à 19 heures dans les carrières au sud de la côte du Poivre. La neige tombait ; le froid était vif. Craignant cette température pour ses Africains, le général Dégot prescrivit à ce régiment, à Ih30, d'aller s'abriter dans les baraquements de Froideterre.

 

Le lieutenant-colonel de Gouvello mettait donc son régiment en route à 2 heures. A 3 heures, à hauteur de Bras, il était rejoint par le capitaine Fontan, agent de liaison de la 74e brigade, qui lui portait l'ordre d'aller occuper la crête du Talou et d'en organiser la défense.

 

 

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Changement de direction immédiat. On va vers Vacherauville, non par la route, violemment bombardée à ce moment, mais par les pentes sud-ouest de la côte du Poivre et en cheminant à grand'peine dans des fonds inondés par la Meuse.

 

L'artillerie allemande écrasait Vacherauville d'obus de gros calibres. Les tirailleurs y subissent des pertes. Le lieutenant-colonel de Gouvello a son cheval tué et est si violemment contusionné qu'il doit, justement, pour ce jour de combat, céder le commandement au commandant Leclerc.

 

 

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Le bataillon Gonnel (4e) s'établit, sous les obus, derrière la crête 288, face au moulin des Côtelettes, auprès duquel on apercevait les minces lignes de tirailleurs du bataillon Duffet. Le bataillon Leclerc (1er) prolongeait cette ligne à gauche, le long de la crête.

Le jour n'était pas encore levé quand, dans la neige, ces deux bataillons occupèrent leurs positions et commencèrent à creuser des tranchées.

 

Le bataillon Farret (2e) était scindé. Avec ses 6e et 8e compagnies et la compagnie de mitrailleuses de la 74e brigade, le commandant était envoyé à Champneuville, pour organiser et tenir ce point d'appui. Les 5e et 7e compagnies étaient maintenues en réserve en arrière du chemin de Vacherauville à Champneuville, sur lequel le commandant Leclerc avait installé le P.C. du régiment. Champneuville, bombardé, ne put être occupé que vers midi.

 

C'est à midi 45, le 24 février, que le lieutenant-colonel Delaperche, commandant le 35e, reçut du général Dégot l'ordre de porter ses deux bataillons à la cote 344 « en utilisant le ravin à l'ouest de la grande route, et de contre-attaquer vigoureusement toute attaque qui pourrait se produire sur la ligne Samogneux-344 ».

 

 

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Le 1er et le 2e bataillon étaient seuls disponibles et avaient passé la nuit au bivouac dans le ravin de la ferme d'Haudromont ; le 3e bataillon avait reçu une mission particulière vers Eix.

 

Le mouvement commença immédiatement à 15hl5, par suite d'instructions données en cours de route, le bataillon Lalauze (2e) prenait position non pas à 344, mais sur la côte du Talou, à la droite du bataillon Gounel (4e) du 3e tirailleurs. Quant au bataillon Lalloz (Ier), il n'arrivera qu'à 16 heures dans le ravin de la Cage.

L'offensive allemande sur 338 (344).

 

Les ordres.

 

Si à défaut de renseignements officiels, on en croit le témoignage peu suspect ici du général von Zwehl, commandant le Vile corps de réserve, le 57e régiment de réserve, maître de Samogneux, fut fort éprouvé dans ces ruines par l'artillerie française. Les pertes en hommes furent importantes ; de nombreux officiers furent tués et des 6 mitrailleuses du régiment, une seule resta utilisable.

 

Aussi le 57e fut-il obligé d'évacuer la localité et de prendre position à l'extérieur, le long de la lisière sud, face au bataillon Duffet.

 

Le Vile corps de réserve, fort malmené, allait d'ailleurs être laissé en arrière. Un ordre de la Ve armée reporta la XlVe division, de réserve, dans la région Murvaux, Dun, Brandeviîle, Mouzay, pour s'y refaire. Un autre confia à la XHIe division de réserve, la garde de la Meuse et des positions conquises, dans les conditions suivantes : le 3e bataillon du 39e tenant le fleuve depuis Brabant jusqu'à Samogneux ; le 57e gardant Samogneux ; le 13e, réservé jusque-là à la disposition du commandement, occupant le village et le bois d'Haumont.

 

 

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La 77e brigade était retirée au Vile corps de réserve et mise à la disposition du XVIIIe corps, avec la mission de s'emparer de la côte du Talou. Le XVIIIe corps reçut comme objectif Beaumont et la cote 338 (344). Le Ille corps, l'Herbebois. Le Ve corps de réserve aussi, diminué de la 77e brigade qui combattait à l'aile droite, fut poussé en avant, sur Fromezey,

 

Le bataillon Duffet (1er) du 60e.

 

L'attaque allemande, déclenchée à 14 heures, trouve le bataillon Duffet très réduit et épuisé par le bombardement. Depuis 7 heures, surtout, sa situation a été pénible, sous une grêle invraisemblable de gros projectiles. Les hommes sont hébétés. Ils tiennent parce que, l'instinct de la conservation dompté, ils ne songent à rien, même plus à s'abriter. Ils seraient incapables de partir à l'assaut, mais rien ne les ferait reculer. Ils tirent aussi, machinalement, sur tout ce qu'ils voient.

 

Le capitaine Bebert a installé une section de mitrailleuses à droite, à côte de la compagnie Leroux (3e), mais un vide existe, à la droite de ce maigre dispositif et sous les rafales, il a été impossible de se relier au bataillon Falconnet, que l'on croit en position sur la hauteur.

 

A 14 heures, le bombardement cessait et presque aussitôt le détachement Leroux était pris d'écharpe par une attaque massive allant du nord-est vers le sud-ouest.

 

 

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C'est une marée qui submerge tout. Ces masses qui progressent en chantant atteignent la route, coupant le détachement Leroux du reste du bataillon et menaçant d'acculer à la Meuse les 1e et 2e compagnies, prises à revers. Le capitaine Leroux, blessé, n'a pu dégager que quelques débris de ses sections.

 

Ces débris, avec des éléments de la compagnie Gauthier, du 365e, et la section de mitrailleuses, se replient, en combattant, sur la côte du Talou.

 

Voyant sa droite découverte par ce mouvement, le commandant Duffet fait exécuter à la compagnie Grave (4e), qui occupe les tranchées de repli, un crochet défensif face à l'est. Les feux de la 4e compagnie, calmes et bien dirigés, arrêtent un instant la ruée allemande à bout de souffle. Le commandant Duffet allait profiter de ce moment de répit pour dégager ses 1e et 2e compagnies compromises, en les faisant glisser le long du canal, quand la 77e brigade débouche à son tour de Samogneux, attaquant de front.

 

Il faut un sacrifice. Le lieutenant Montandon entraîne la 2e compagnie dans une brillante charge à la baïonnette qui intimide l'ennemi et le fait refluer, avant l'abordage, dans ses tranchées de départ. Alors, sous les rafales de fer, les deux compagnies se replient par groupes échelonnés, derrière la compagnie Grave (4e) qui, décimée elle aussi, tient tête héroïquement face au nord et face au nord-est.

 

Du nord-est, l'attaque reprenait. A 50 m de l'ennemi qui, indécis, n'ose arriver au corps à corps et se terre, le sous-lieutenant Grave veut renforcer par une section le crochet défensif constitué à droite. Il est tué et au cours de cette manœuvre difficile, les pertes sont énormes.

 

 

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Pourtant, ce n'est que sur l'ordre du commandant Duffet que ces braves gens se replieront vers Champneuville, en tenant toujours l'ennemi sous le feu de quelques tirailleurs. Retraite infernale, au cours de laquelle la mort faucha dru, mais où les actes du plus splendide héroïsme ne se comptent pas.

 

La liaison était difficile, entre la compagnie Grave (4e) qui cheminait par la plaine et les compagnies Dropez (1e) et Montaudon (2e) qui se glissaient le long du canal. Le clairon Berge, de la 1e compagnie, marcha droit sous les balles, monté sur l'accotement du chemin de halage, de façon à être vu de tous. Les balles qui s'acharnaient autour de lui, épargnèrent ce héros.

 

A 16h40, les débris du bataillon Duffet se terraient derrière la crête du Talou, à la gauche du bataillon Leclerc (1er) du 3e tirailleurs, et le commandant adressait ce compte rendu laconique au colonel Parés : 16h40. Tourné sur ma droite et mes tranchées prises d'enfilade, j'ai dû me replier sur la crête du Talou, où je reforme des éléments de combat, les pertes étant sévères. J'ai perdu 8 officiers. Je suis légèrement blessé à la jambe et je marche difficilement, mais je puis continuer à commander. Le 3e tirailleurs tient Champneuville et la crête du Talou. J'ai l'honneur de vous demander des ordres.

Dix minutes plus tard, l'appel fait, un rapport plus explicite : Les 4 commandants de compagnie sont tués ou blessés, et 6 lieutenants et 4 adjudants. II reste un effectif moyen de 50 hommes environ. Le bataillon, entouré par sa droite, s'est replié sur la crête du Talou, où il est en ce moment.

 

 

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De ce bataillon énergiquement commandé, mais très réduit et épuisé, pas un homme n'aurait échappé, devant l'attaque convergente venant à la fois du nord-est et du nord, si l'ennemi avait fait preuve de mordant. Mais l'ennemi, autant la 77e brigade que le XVlIIe corps, hésita, et des souvenirs du général von Zwehl, se dégage l'impression nette que cette hésitation fut le résultat de « pertes sensibles » infligées aux assaillants, d'une part par l'artillerie française occupant les hauteurs de Cumières et le fort de Vacherauville, de l'autre par les mitrailleuses des défenseurs du Talou.

 

Au premier compte rendu du commandant Duffet, le colonel Parés avait répondu, dès 16h50 par l'ordre suivant : Repliez-vous sur Champneuville. Vous vous mettrez à la gauche du 3e tirailleurs et vous vous mettrez sous les ordres du colonel commandant ce régiment.

C'était fait.

 

Quant au capitaine Gardet, il avait reçu l'ordre, avec sa compagnie de mitrailleuses de brigade, de rallier le bataillon Duffet sur sa position du moulin des Côtelettes. N'ayant pu, à cause des barrages, exécuter cet ordre en temps utile, il alla spontanément, à 18 heures, dans le désordre général, se mettre à la disposition du commandant Farret, du 3e tirailleurs, chargé de la défense de Neuville.

 

 

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Initiative particulièrement heureuse, grâce à laquelle deux sections de mitrailleuses se trouvèrent à point nommé sur la croupe au sud-est de cette localité, entre elle et la côte du Talou, face au ravin des Côtelettes, quand l'ennemi se présenta dans le ravin. Des rafales l'y clouèrent.

 

c) Les bataillons Falconnet (3e) du 60e et Le Villain (5e) du 365e.

Au moment où se déclencha l'offensive allemande, la 11e compagnie du bataillon Falconnet (3e) du 60e, occupait un ouvrage à l'est de la cote 344 ; les 9e et 10e, avec, chacune, deux sections en tirailleurs dans des tranchées sommaires et deux sections en colonne en arrière, à contre-pente, avec une section de mitrailleuses sur chaque flanc, prolongeaient la 11e vers la gauche, à l'ouest de 344. La 12e, en ligne de colonnes, était en arrière, à contre-pente, avec deux sections de mitrailleuses.

 

 

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Le commandant Falconnet avait un P.C. sommaire à côté de cette compagnie disponible ; il le partageait avec le lieutenant Courtot, commandant la compagnie de mitrailleuses.

 

Depuis midi, les effets du bombardement sur ce point culminant, repéré par toutes les batteries lourdes de l'ennemi, étaient effroyables. La section Weill, de la 12e, qui avait été détachée au sommet du mamelon, avait dû être rappelée, réduite de moitié.

 

Le sol était retourné profondément. L'air vibrait et était empesté. A 13h30, le frêle abri du commandant Falconnet est écrasé par un obus de 210 ; le commandant et le lieutenant Courtot demeurent écrasés sous les gravats.

 

Ici aussi, à 14 heures, les rafales avaient à peine cessé depuis cinq minutes, que l'ennemi attaquait en colonnes massives, malgré les tirs précis des groupements Roumeguère et Gillier, postés sur les côtes du Talou et du Poivre.

 

Or, nos batteries tiraient à vue et à toute vitesse ; nos servants poussaient des hurlements de joie en voyant des rangs entiers d'Allemands fauchés comme blés murs. Et pourtant, sans rien voir, avec la précision d'une machine à broyer, la masse des assaillants continuait d'avancer.

 

 

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Les deux sections de tête de la 10e, commandées par le sous-lieutenant Tesseur, entièrement hébétées par le bombardement, sont enlevées. Les tirailleurs de la 9e, surpris, refluent sur la 12e, pour ne pas être coupés. Une partie de la 11e, avec le lieutenant Maurice, est enlevée comme la 10e et les débris de cette compagnie sont rejetés vers la droite.

 

 

La 12e tient ferme. Des officiers et des sous-officiers d'une rare énergie, les lieutenants Dartigues, Brochet, Lhote, l'adjudant Viennet, rétablissent l'ordre et organisent une ligne de défense, face au nord et face à l'ouest, avec les fusils et les mitrailleuses encore utilisables.

 

On brûle toutes les cartouches sur tout ce que l'on voit, à bout portant. Les mitrailleuses sont rouges.

Sur la sinistre cote 344, les cadavres feldgrau recouvrent maintenant les cadavres bleu horizon, par centaines. Mais l'ennemi monte toujours. Il y a là plus d'une brigade.

 

Le sous-lieutenant Bernard, de la 11e, entraîne à la charge sa section, dix hommes. Ils sont enveloppés et disparaissent. La trombe est passée, que les fusils de nos braves continuent de crépiter, les mitrailleuses de faucher les colonnes profondes prises à dos.

 

 

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Nous ne savons rien de précis sur la terrible mêlée où le bataillon Le Villain (5e), du 365e, a été décimé, lui aussi. Nous savons seulement que la première ligne, écrasée de projectiles, a été submergée ; que la 20e compagnie et la section de la 19e, réservées, furent arrêtées par les tirs de barrage et ne purent exécuter la contre-attaque sur laquelle le chef de bataillon comptait pour rejeter l'ennemi.

 

Pourtant, pris à revers par les unités restées accrochées aux pentes méridionales du mamelon 344, et par la mitraille qui lui vient de la côte du Talou, les Allemands, près d'atteindre le bois de la Cage, se sont arrêtés.

 

Dans cette crise suprême, les débris des bataillons Falconnet et Le Villain, dont une partie est au contact immédiat de l'ennemi et dont le reste se rallie dans la région de la cote 300, sur le point d'être submergés par de nouvelles vagues d'assaut, vont être sauvés par une intervention sur laquelle ils ne comptaient plus, résolus qu'ils étaient à vendre chèrement leur vie.

 

 

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La contre-attaque du 35e.

 

Vers 15 heures, le bataillon Lalauze (2e) du 35e, était en position derrière la crête descendant de la côte du Talou dans le ravin de la Cage, quand des isolés du 60e refluèrent, disant que la cote 344 avait été enlevée par l'ennemi. Bientôt, en effet, on vit des groupes feldgrau franchir, au grand pas de course, la crête à l'est du moulin des Côtelettes, se grouper sur la route et pousser des éclaireurs sur les pentes du Talou.

 

En ce point, la route, formant obstacle, était bordée par des haies de ronces artificielles. Pris sous le feu du bataillon Lalauze, l'ennemi s'y arrêta, essayant de se retrancher et aussi de s'infiltrer à gauche, dans le ravin boisé de la Cage.

 

A 16 heures, le bataillon Lalloz (1er) du 35e, arrivait et se massait à contre-pente, en arrière et à droite du bataillon Lalauze. Le colonel Bourgues, chargé par le général Bapst de régler l'exécution des contre-attaques prévues en cas d'une avance de l'ennemi sur 344, lance ces deux bataillons à l'assaut.

 

Le moment est bien choisi. Quoique en forces, l'ennemi, très éprouvé et encore en désordre, est hésitant ; il n'a pas eu le temps de se reconnaître. L'exécution est brillante. Les canons des groupements Roumeguère et Gillier couvrent de projectiles le revers sud du mamelon 344, empêchant les renforts allemands de dépasser cette crête. Les deux bataillons du 35e se sont précipités en avant, la baïonnette haute, avec un tel entrain que la compagnie Flèche (13e) du 3e tirailleurs, unité de droite de ce dernier régiment, est partie avec eux.

 

 

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Les Allemands, qui ont amené des mitrailleuses, ouvrent un feu violent, mais l'élan n'en est pas arrêté, en dépit de pertes sérieuses. Les officiers étaient au premier rang ; ils tombent l'un après l'autre : le sous-lieutenant Thourner, le lieutenant Oeuvrard, le lieutenant Colle, le lieutenant Gojon, le sous-lieutenant Huard, le capitaine Bart, le capitaine Vallot.

 

Le sabre à la main, loin en avant, le lieutenant-colonel Delaperche servait de guide à son régiment. Un moment il s'arrêta, croyant avoir perçu un mouvement débordant de l'ennemi sur sa droite. La jumelle à l'œil, le vaillant officier cherchait à se rendre compte de la situation de ce côté, quand une balle l'atteignit en plein cœur.

Le commandant Lalauze prend la place du lieutenant-colonel Delaperche, le lieutenant Py celle du commandant Lalauze, et on marche toujours, ceux qui tombaient étant immédiatement remplacés par d'autres.

 

Le journal de marche du 3e tirailleurs déclare que ce fut « magnifique » et ils s'y connaissaient, ces arbitres au drapeau desquels scintillait l'étoile de la Légion d'honneur.

Le drame n'a pas duré une demi-heure. Les Allemands n'ont pas attendu le choc de ces deux bataillons. En hâte, ils ont repassé sous les obus la crête qu'ils avaient franchie tout à l'heure, et ils sont allés se terrer dans les trous jalonnant le chemin de Samogneux à Mormont.

 

 

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Le jour baissait. Le commandant Lalauze arrête ses compagnies et sous les balles des mitrailleuses, les installe le long de la crête descendant de 344 vers le moulin des Côtelettes où il fait creuser des tranchées.

 

La cote 344, zone de mort.

 

Au total, il semble bien qu'à la suite de ces terribles combats, la cote 344, jonchée de cadavres, n'appartenait à personne.

A l'est, le bataillon Le Villain (5e) du 365e, avait conservé ses positions, bien que décimé. A l'ouest, non loin du point culminant, des éléments des 9e et 11e compagnies du bataillon Falconnet (3e) du 60e, avec le lieutenant François, étaient demeurés au contact immédiat de l'ennemi, dernière un frêle réseau de fils de fer, à portée de grenades. La 12e compagnie de ce bataillon sans chef, commandée par le lieutenant Bertsch, était à contre-pente du côté sud, à l'endroit même où elle avait héroïquement résisté à l'assaut des masses allemandes.

 

De sorte qu'encore à 21 heures, dans l'obscurité profonde éclairée seulement par la lueur fugitive des obus et par l'incendie de Samogneux, derrière l'horrible rempart que lui faisaient 500 cadavres, le jeune lieutenant Bertsch se croyait seul.

 

 

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Fidèle au devoir, jusqu'au bout, il griffonnait au crayon le billet suivant au colonel Parés : Lieutenant commandant 3e bataillon 60e à 143e brigade. — Le chef de bataillon et les commandants de compagnie sont tués. Mon bataillon est réduit à 180 hommes environ. Je n 'ai plus ni munitions ni vivres. Que dois-je faire ?

 

Le colonel Parés ne put déchiffrer la signature apposée au bas de ces lignes, mais à ce héros inconnu, il répondit cette simple phrase, digne de l'antique : A lieutenant commandant 3e bataillon du 60e. Restez en position. C'est indispensable cette nuit. De grands renforts vont arriver.

 

Or, à la même heure, obéissant à d'autres instructions, le colonel Bourgues, commandant le secteur est, donnait au bataillon Le Villain (5e) du 365e, l'ordre de se replier sur Vacherauville. En effet, depuis 16 heures, le bois des Fosses était aux mains de l'ennemi.

J) Le détachement de Pirey dans le bois Le Pays.

 

L'attaque allemande avait déferlé aussi sur le bois Le Pays. Là, la nuit a été fort agitée pour le détachement du lieutenant-colonel de Pirey, resté au contact immédiat de l'ennemi, menacé d'encerclement et coupé de toute communication avec l'arrière. Cette communication, le lieutenant-colonel a plusieurs fois essayé de la rétablir. Six coureurs sont partis successivement aucun n'était revenu.

 

 

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Au surplus, les hommes ont beaucoup souffert du froid qui a été très vif. Au point du jour, la neige est tombée et le ravin montant d'une paît vers Beaumont, de l'autre vers le bois des Caures est recouvert d'un linceul blanc sur lequel les cadavres des chasseurs marquent des taches sombres.

 

Vers 7 heures, le bombardement a recommencé, d'abord lent, puis de plus en plus violent. A midi, les explosions se succédaient avec une rapidité effrayante. Les obus de 210 arrivaient par séries de quatre, broyant tout. A 13h30, ce fut l'attaque une attaque torrentielle.

Dans le bois, la compagnie Permis (6e) et les débris de la compagnie Lambert (7e), groupés par le lieutenant Ronjod, sont tout de suite au corps à corps et luttent à coups de baïonnette.

 

A l'est, c'est Beaumont qui est débordé. Du poste d'observation du commandant Peyrotte, où le lieutenant-colonel de Pirey était venu s'installer, on a vu d'abord des groupes de 50 hommes franchir au pas de course la crête dominant le village au nord, puis des masses. Deux mitrailleuses étaient en batterie de ce côté ; une partie de la compagnie Colin voyait l'objectif.

 

 

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La compagnie Cordier du 2e zouaves y fut mise en ligne aussi et pendant trois quarts d'heure, sur toute la lisière orientale du bois Le Pays, une fusillade acharnée crépita, prenant en flanc les masses allemandes qui tentaient de marcher sur Beaumont et leur occasionnant des pertes visibles.

 

A 14h30, l'ennemi refluait vers le nord. Mais d'autres colonnes étaient entrées dans Beaumont par l'est. Vers 15 heures, une puissante ligne de feu se constituait à la lisière ouest du village, à 400 m de la lisière du bois, interdisant au surplus toute retraite au détachement de Pirey par la route de Ville et 240.

 

Au nord, dans le bois, la pression continuait, violente, et un moment, la frêle ligne de la compagnie Pertuis (6e) parut sur le point de céder. Le commandant Peyrotte conduisit lui-même de ce côté la compagnie du 365e, la seule réserve qui lui restât, et encore une fois, la progression de l'ennemi fut arrêtée sur ce front, au moins pour quelque temps.

 

Alors, un danger se révèle à gauche. Une patrouille envoyée vers Anglemont pour chercher la liaison avec le 165e, vient rendre compte que l'ennemi creuse des tranchées sur la crête séparant Anglemont du bois Le Pays. C'est donc que l'ouvrage C5 a été abandonné et que la tenaille se ferme sur les défenseurs du bois. Le sergent Cahen va vérifier ce renseignement alarmant, et il le confirme. N'importe, on tiendra encore !

 

 

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Entre temps, incident banal, un gros obus a écrasé le P.C. du lieutenant-colonel de Pirey, et celui-ci va s'installer plus au sud, dans les ruines de l'épaulement d'une pièce de marine démolie.

Cet exode, effectué par la route sous les rafales de mitrailleuses établies vers la crête 317, au sud de Beaumont, coûte cher.

 

Le lieutenant-colonel passe ; le commandant Peyrotte aussi, mais le médecin-major Aubertin, un jeune homme d'un magnifique courage qui, déjà atteint d'une balle à la cuisse, continuait sa mission auprès des blessés, est frappé d'une balle au cœur. L'aumônier, l'abbé Roux, reçoit une balle dans la cuisse ; 8 coureurs ou cyclistes et avec eux le maréchal des logis Meunier, chef des éclaireurs, et le caporal infirmier Gaillard sont plus ou moins grièvement blessés.

 

Mais l'opération est fructueuse : on trouve dans le nouveau P.C. 90 000 cartouches qui avaient échappé aux recherches. Les munitions se faisaient rares ; cet appoint va permettre de tenir encore.

A 18 heures, pourtant, comme la nuit venait, en dépit du prolongement d'une accalmie angoissante et lourde de menaces, il parut bien que la fin approchait. L'air était empesté par les obus lacrymogènes.

 

Au nord, la lutte continuait dans le bois, silencieuse, à la baïonnette et au couteau ; à l'ouest, les débris de la compagnie Schmidt (5e), de plus en plus clairsemés, ne maintenaient plus que très difficilement l'ennemi cherchant à déboucher de la crête d'Anglemont. Tout à coup, deux compagnies allemandes sortent de Beaumont en poussant des hurrahs, bousculent les quelques zouaves restant de la compagnie Cordier et atteignent la route. Cette fois la retraite est coupée.

 

 

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Le lieutenant-colonel de Pirey et le commandant Peyrotte, sans un mot, brûlent leurs papiers personnels et tous les documents que contenait le P.C. Puis, le commandant Peyrotte, aidé du capitaine Pertuis et du lieutenant Ronjod, rallie quelques débris de toutes les compagnies du détachement : au total une soixantaine d'hommes, fait sonner la charge par un clairon encore valide, et le long du chemin d'Anglemont, à la tête de cette poignée de braves, se jette au devant de F ennemi.

 

Geste instinctif, pour bien finir. Contre toute attente, l'ennemi s'arrête, intimidé. Il ne tire même pas, et il reflue. Bien mieux, ignorant le degré d'épuisement des nôtres, il ne renouvellera pas ses tentatives, car ses pertes, à lui aussi, sont lourdes. En outre, la sonnerie claire de la charge et les salves exécutées maintenant correctement par nos soldats, pour économiser les munitions, lui ont prouvé que le moral des défenseurs du bois était intact.

 

Une chance inespérée maintenait donc le chemin de Mormont ouvert encore pour quelques instants. A la faveur de l'obscurité, on pourrait s'y glisser. Le lieutenant-colonel de Pirey n'estime pas avoir le droit de profiter de cette circonstance ; son devoir est ici.

A minuit 25, il recevait le renseignement suivant porté, par un agent de liaison hors d'état de parler, aveuglé par les gaz lacrymogènes et qui avait mis trois heures à venir de 240 : 21 heures- Le commandant du 2e zouaves au colonel du 60e : Le colonel Bourgues, parti pour Belleville, a communiqué verbalement à l'agent de liaison du 273e de battre en retraite.

 

Le commandant du 273e ne fait pas état de cet ordre, mais s'appuie sur le départ de la division de Louvemont et du reste du régiment qui s'y trouvait encore à 17 heures. Le détachement du 273e battra en retraite sur Vacherauville. Le bois des Fosses est occupé par les Allemands, qui nous tournent également vers l'est.

 

Où était le colonel Bourgues ? Le lieutenant-colonel de Pirey l'ignorait, n'ayant pas été informé de la mort du colonel Vaulet. Ce renseignement, déjà vieux de quatre heures, lui prouvait seulement que la présence de son détachement dans le bois Le Pays, au milieu des masses ennemies, peut-être bientôt sous le feu de notre artillerie, était sans utilité. Il décida donc de sauver les quelque 250 hommes qui lui restaient.

 

A 2hl5, dans un brouillard de neige que l'obscurité rend encore plus opaque, les compagnies les moins engagées partent les premières et se glissent en silence sur le chemin de Mormont, les hommes à la file indienne, tenant le fourreau de leur baïonnette, la neige amortissant les pas. Le lieutenant-colonel de Pirey et le commandant Peyrotte sont en tête, guidant ce mouvement difficile.

 

La compagnie Schmidt (5e) ouvre la marche ; la compagnie de mitrailleuses Walbert suit ; puis la compagnie du 365e et la compagnie de zouaves. La compagnie Pertuis (6e) et les quelques hommes du lieutenant Ronjod (7e) sont restés en ligne, face à l'ennemi, prêts au sacrifice, pour sauver les camarades.

 

L'ennemi est à Mormont ; il accueille nos éclaireurs à coups de fusil. On se rabat vers l'est. Heureusement, la route de Vacherauville est libre, à hauteur de 240, et on passe. Vers 4 heures, on atteignait la côte du Poivre. Le bataillon Peyrotte avait perdu les deux tiers de son effectif.

 

Le général Bapst quitte la 72e division.

 

Le général Bapst n'avait pu que donner les ordres préparant les belles contre-attaques dont nous avons vu le développement autour de la cote 344. Il n'avait pas vu le dénouement victorieux de ces opérations.

 

Le 24 février, à 16 heures, il avait été appelé au fort de Froideterre, pour conférer avec le général de Bonneval, commandant la 37e division. Cette division, devait relever la 72e et la plupart de ses régiments, se battaient déjà.

 

 

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Le rôle de la 72e division est donc terminé.

 

Ce rôle, qui était de résister au premier choc de deux excellents corps d'armée allemands, pourvois de moyens tellement puissants qu'aucune bataille antérieure n'en avait donné la plus faible idée, elle l'a rempli jusqu'à l'extrême limite des forces humaines, jusqu'à la destruction complète de toutes ses unités.

 

Elle l'a rempli efficacement d'ailleurs, car tout désastre a été évité. Le front s'est écrasé dans ce secteur, nulle part il ne s'est rompu ; nulle part, il n'a donné passage à un ennemi vingt fois supérieur en nombre et en moyens.

 

Sur les ruines d'Haumont, de Samogneux, du bois des Caures, de la cote 344. Au milieu des tombes des 351e et 362e, des territoriaux du 44e, gardes-voies de communications relevées, du 165e et des 56e et 59e bataillons de chasseurs, ainsi que des 365e. 324e, 60e, 35e, 2e zouaves, 2e et 3e tirailleurs, les camarades de combat de la première heure de la 72e division, la première page est écrite sur le sol bouleversé, de ce qui sera dans l'histoire la victoire de Verdun, le symbole immortel de la valeur et de la ténacité françaises.

 

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voilà un sujet fini, cela fut un honneur pour moi de remettre à la vie ses hommes totalement inconnus de nous qui ne pensaient qu'à une chose, survivre et se battre.

 

il était temps aussi car j'ai vraiment manqué de photos

 

bonne lecture car cela vaut le coup maintenant de relire dès le début

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Lu dernier post.......pffffooou! :non:

 

Tu as des doublons de photos......et la dernière se sont des soldats anglais vu le casque. :o

 

Un super travail pour cette bataille apocalyptique! juluch.gif.016d0f0e1d88df81b2b81039b1c06558.gif

 

 

 

un clin d'oeil cher Juluch, la bataille de la Somme arrive avec un boucher au commandement....

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un clin d'oeil cher Juluch, la bataille de la Somme arrive avec un boucher au commandement....

 

 

Là je crois qu'il faut faire attention à ce qu'on dit.

Dans les premiers temps de la bataille de Verdun c'est d'abord ( 3 mois ) le général Pétain qui commande et initie le ralentissement de l'offensive allemande avec la résistance de l'armée française.

Ensuite, à partir de juin 1916 c'est le général Nivelle qui stoppe définitivement l'offensive allemande et ensuite entame la contre-offensive française à

Verdun avec son adjoint le général Mangin jusqu'au mois de novembre 1916.

La bataille de la Somme a débuté en juillet 1916 avec à sa tête le général Foch.

Le général Nivelle s'est ensuite " illustré " comme boucher dans l'offensive du chemin des dames, mais c'était en 1917 et ce n'était donc plus la bataille

de la Somme

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Là je crois qu'il faut faire attention à ce qu'on dit.

Dans les premiers temps de la bataille de Verdun c'est d'abord ( 3 mois ) le général Pétain qui commande et initie le ralentissement de l'offensive allemande avec la résistance de l'armée française.

Ensuite, à partir de juin 1916 c'est le général Nivelle qui stoppe définitivement l'offensive allemande et ensuite entame la contre-offensive française à

Verdun avec son adjoint le général Mangin jusqu'au mois de novembre 1916.

La bataille de la Somme a débuté en juillet 1916 avec à sa tête le général Foch.

Le général Nivelle s'est ensuite " illustré " comme boucher dans l'offensive du chemin des dames, mais c'était en 1917 et ce n'était donc plus la bataille

de la Somme

 

 

tu as raison mais je causais du contingent anglais et de son commandant, Douglas Haigt car l'essentiel des combats seront eux :jap:

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tetanos-46.gif.762a4ae50d99f732ff0202197a36d609.gif Aujourd'hui j'ai eu une envie subite de... vieux couteau titevoiturerouge.gif.cb6b159f67aa826bb855bb2691982811.gif

amdbs9.gif.697130524e28ea33cd701bed52b32449.gif J'ai pioché dans ma p'tite collection et j'ai sorti çui-ci pour manger.

 

24,5 cm ouvert, 11 cm de lame.

 

 

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Maison fondée en 1818 par Jean Baptiste Guerre (couteaux, canifs et rasoirs coupe-choux)

Charles Guerre, le fils, a pris la suite et a eu en 1876 la légion d'honneur qui devient le poinçon de la marque.

La maison Guerre a fourni nos "bidasses" comme beaucoup de couteliers à l'époque de la Grande Guerre.

On retrouve ce genre de couteau sous l'appellation "couteau de touriste" à partir de 1895 dans le catalogue Manufrance.

Il est déconseillé d'utiliser le tire bouchon, l'axe a du jeu et il est attaqué par la rouille unvacancier.gif.ffbe612383c10b91da2b57ee36e01749.gif

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tu as raison mais je causais du contingent anglais et de son commandant, Douglas Haigt car l'essentiel des combats seront eux :jap:

 

 

OK, je comprends mieux, parce-que pour moi le commandant en chef de la bataille de la Somme à partir du 1 juillet 1916 était bien le général Foch qui

n'a jamais eu cette réputation.

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